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06/12/2018 06:00 EST | Actualisé 06/12/2018 06:00 EST

Les femmes qui construisent la paix valent l’investissement

Selon ONU Femmes, la probabilité qu'un accord de paix d'une durée d'au moins 15 ans augmente de 35% lorsque les femmes sont incluses dans le processus.

Les recherches d’ONU Femmes montrent que 5% seulement des fonds internationaux sont alloués à des programmes visant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans les États fragiles.
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Les recherches d’ONU Femmes montrent que 5% seulement des fonds internationaux sont alloués à des programmes visant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans les États fragiles.

Ce texte a été coécrit par Chantal Bilulu, une militante qui œuvre depuis plus de 14 ans au sein de l'organisme congolais de défense des droits de la personne, Héritiers de la Justice. Elle coordonne une clinique d'aide juridique pour les survivantes de violence sexuelle à Bukavu (RDC) avec le concours de KAIROS et du Fonds de justice sociale de l'AFPC.

La consolidation de la paix a l'air noble et est souvent perçue comme relevant de la responsabilité des dirigeants mondiaux et des acteurs armés. Elle se manifeste aussi assez souvent dans le travail inlassable des femmes et de leurs alliés masculins dans les communautés victimes d'un conflit armé.

Le rôle important des femmes est reconnu dans la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies et la politique canadienne d'assistance internationale féministe, approuvée l'année dernière, identifie les femmes et la consolidation de la paix comme un domaine d'action. Néanmoins, cette politique n'a pas été entièrement financée à ce jour. L'argument en faveur d'un financement complet est convaincant.

Selon ONU Femmes, la probabilité qu'un accord de paix d'une durée d'au moins 15 ans augmente de 35% lorsque les femmes sont incluses dans le processus.

Par exemple, en RDC, qui a été mêlée à deux grandes guerres civiles depuis les années 1990, Héritiers de la Justice (HJ) a mis en place des comités locaux de femmes dans les villes et les villages pour les aider à se soutenir mutuellement et à rompre le silence qui entoure les violences sexuelles. HJ offre une assistance juridique aux femmes victimes de guerre et propose des programmes qui transforment les victimes en promoteurs et défenseurs du changement.

L'organisation assure régulièrement une formation juridique, un accompagnement et une médiation afin de promouvoir la paix et la justice dans la région orientale de la RDC. Elle documente des cas de violence sexuelle et autres violations des droits de la personne qui touchent les femmes et leurs familles, accompagne les femmes tout au long du processus judiciaire et les informe sur les lois congolaises et internationales destinées à protéger leurs droits.

En travaillant directement avec les communautés à risque pour améliorer leurs conditions de vie, HJ et d'autres organisations locales jettent les bases de la résilience et du développement pour améliorer les conditions d'une paix durable.

Une délégation parrainée par KAIROS et composée de cinq organisations (dont HJ) représentant les femmes dans les États fragiles (RDC, la Colombie, la Cisjordanie, les Philippines et Sud-Soudan) était au Canada lors de la campagne des 16 jours d'activisme contre la violence sexiste, qui a débuté le 25 novembre, soit à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes.

Bien que le contexte de conflit dans leurs pays diffère, les impacts sur les femmes sont très similaires.

La violence sexiste telle que le viol est souvent utilisée comme arme de guerre. Cependant, lorsque les femmes victimes ont accès au soutien nécessaire pour guérir, recouvrer leur dignité et faire valoir leurs droits, elles peuvent devenir des défenseurs des droits de la personne encore plus actives et plus efficaces.

Nous demandons au Canada de faire correspondre les dollars aux mots. Alors que le gouvernement fédéral prépare le budget 2019-2020, nous l'exhortons à financer et à mettre en œuvre sa politique d'assistance internationale féministe et à concentrer son soutien sur les organisations locales de proximité qui agissent aux côtés des victimes. Cela ne peut pas arriver si son assistance internationale reste stagnante à 0,26% du revenu national brut. La norme internationale est de 0,7%. Le Canada pourrait égaler cette norme avec une augmentation annuelle de 15% au cours des 10 prochaines années.

Les recherches d'ONU Femmes montrent que 5% seulement des fonds internationaux sont alloués à des programmes visant l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes dans les États fragiles.

Le Canada peut remédier à ce sous-financement chronique en investissant dans les meilleures chances de paix durable dans les régions les plus instables du monde, telle la RD Congo.

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