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16/02/2014 07:47 EST | Actualisé 18/04/2014 05:12 EDT

Mieux vaut aider les gens à construire leurs maisons que subventionner des logements sociaux

J'habite une maison centenaire. Pas centenaire pour le look, centenaire pour le prix. Une bonne vieille maison, construite pièce sur pièce, avec du gros bon sens et de l'huile de bras. Avec toutes les surprises qui révèlent la créativité de ceux qui m'ont précédée, dès que j'ai le courage - ou la folie -d'ouvrir un mur. Elle m'a certes occasionné quelques épisodes de bruine dans les yeux et de «broue dans le toupet».

À l'époque, les constructions n'étaient pas soumises aux normes actuelles. En fait, ces maisons sont des insoumises, point! Des insoumises vendues sans garantie légale, puisqu'autrement, on les accuserait d'un festival complet de vices de construction. Je ne ferai pas la liste exhaustive des «vices» de mon insoumise, ce serait lourd, long et fastidieux. Malgré tout, je suis plutôt admirative devant la solidité des constructions de l'époque.

Ma maison est située dans le quartier Sainte-Marguerite, à Trois-Rivières, quartier du curé Chamberland et de ses coopérants. Les gens de la place étaient pauvres à l'époque, tellement que le quartier ressemblait à un bidonville, m'a-t-on raconté. Mais les gens avaient du cœur au ventre, un curé qui voyait grand et qui comprenait bien le pouvoir extraordinaire de la coopération bien structurée, même avec de simples gens.

Ainsi, il regroupa ses fidèles aux revenus modestes et les mobilisa autour d'un projet commun: construire son chez-soi. Une vraie maison, digne de ce nom. Et c'est ce qu'ils firent, bâtir. Une maison à la fois, jusqu'à ce que le dernier des coopérants ait la sienne. Une solidarité salvatrice, très peu d'argent, de l'huile de bras, et c'est tout un quartier qui a poussé et tous ses habitants qui ont créé de la richesse. Les maisons de la coopérative sont réputées pour être très bien construites, d'ailleurs.

Ma maison baignant dans le quartier depuis plus de 50 ans, j'en ai appris l'histoire, entre les branches. Rien de scientifique, ni de documenté. Que l'histoire vivante d'un beau quartier qui a poussé, contre toute attente, sur un bidonville.

Si vous n'avez jamais vu un «deux par quatre» de l'époque, c'est à se demander si notre ruban à mesurer a rétréci au lavage... Mais bien au-delà des matériaux, je trouve renversant de voir à quel point monsieur tout le monde pouvait bâtir sa maison. Comme si à l'époque, construire une maison était une connaissance générale, comme faire fonctionner un iPhone de nos jours.

Mais encore aujourd'hui, il arrive qu'on voit ces hommes dont on pourrait croire que l'ADN est marqué du gène du bâtisseur. J'en connais un qui a construit sa maison sur ma rue, cette année, et il affirme qu'elle lui a coûté 60 000 dollars à bâtir. C'est une maison modeste, sur dalle de béton, qu'il a construite avec son fils. Donnez-vous la peine de comparer combien coûtent les plus modestes maisons usinées: le double, au bas mot. Et je vous rappelle qu'on parle d'une maison modeste, pas d'une piaule pour voisin gonflable.

Là où je veux en venir, c'est que sur plus de 120 000 prestataires d'aide sociale sans contrainte l'emploi, on compte plus de 74 000 hommes. Qu'adviendrait-il du «manque de logements sociaux» dénoncé maintes fois par François Saillant, le coordonnateur du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), si ce dernier décidait d'organiser une coopérative comme celle du curé Chamberland au lieu d'organiser des manifestations?

Si au lieu de mettre les pauvres dans des ghettos à pauvres, qui sont en fait des trappes à pauvreté avec valve «anti-retour», on en faisait des coopérants qui œuvrent à bâtir la maison dont ils deviendront propriétaires? Si au lieu de materner les assistés sociaux sans contrainte à l'emploi, comme des enfants incapables, on leur servait de levier pour augmenter leur mobilité sociale?

Si au lieu de subventionner une partie de leur logement tant et aussi longtemps qu'on les juge suffisamment pauvres, on créait un véritable programme d'accès à la propriété? Du genre, on te crédite tes heures de «workfare», (si le concept ne vous est pas familier, j'en ai traité dans un billet précédent) et au-delà, on te crédite l'équivalent sur le prix de tes matériaux.

Parions que de telles maisons auraient une durée de vie utile qui ressemblerait nettement plus à celles du curé Chamberland et à la mienne, qu'à celles des logements sociaux actuels?

Impossible, on doit protéger l'industrie de la construction, (so-so-so!) «créatrice de richesse» au Québec. On doit «protéger nos acquis», quitte à ce que les pauvres restent pauvres (plus de 9 ans, en moyenne). Alors subventionnons le FRAPRU, comme bien d'autres programmesliés au logement, pour que François Saillant réclame encore plus de subventions pour la construction de logements sociaux, pour ensuite subventionner à vie le loyer de ceux qui vont l'habiter. C'est ça, au Québec, qu'on appelle la solidarité et la création de richesse.

Suis-je la seule à croire qu'on a perdu le sens des mots et de la réalité?

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