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05/10/2015 09:15 EDT | Actualisé 05/10/2016 05:12 EDT

Marcel Aubut: quand les puissants ont les mains longues

Je m'interroge sur la pertinence de créer une avenue nouvelle pour traiter les cas de comportements sexuels inappropriés en milieu de travail.

Si au départ une seule femme, officiellement, se plaignait, les informations se succèdent ces derniers jours au sujet de ses présumées habitudes plus que malaisantes à l'égard des femmes. Ce qui ajoute au malaise, c'est que le Comité olympique canadien (COC) savait depuis longtemps que Marcel Aubut affichait des comportements inappropriés envers plusieurs femmes, puisque le comité lui avait fait parvenir une lettre sur le sujet. Après réception de cette lettre, Aubut s'était engagé à cesser ce genre de comportement et, en échange, le comité laissait tomber les accusations.

J'utilise ce cas précis pour vous amener à élargir la réflexion.

En matière de crimes sexuels en milieu de travail... parce que, disons-le, le comportement allégué de maître Aubut, s'il devait être prouvé devant la cour hors de tout doute raisonnable, serait de nature criminelle. Donc, en matière de crimes sexuels, pourquoi est-ce que si peu de victimes portent plainte, et pourquoi mettent-elles autant de temps à le faire?

Je tente une réponse en 3 volets.

Le rapport de forces

Au travail, on est vulnérable parce qu'on a quelque chose à perdre. On est là pour mettre du pain et du beurre sur la table. Et la personne qui abuse est un patron, un confrère de travail, un client... Si on se plaint du comportement de l'un d'entre eux, on risque fort de tomber en disgrâce devant tous les autres.

Si c'est le patron qui a un comportement abusif, on se plaint à qui? Si c'est un client, le patron aura financièrement avantage à ne pas nous croire; et si c'est un collègue, on risque le rejet par les pairs.

La pire des ententes vaut mieux que le meilleur des procès

La seule option qui s'offre à nous, bien souvent, c'est la plainte au criminel. Or, au criminel, c'est long, c'est lourd, notre vie et notre passé seront inspectés au peigne fin et il faudra subir un contre-interrogatoire afin de faire la «preuve hors de tout doute raisonnable» que...

Finalement, c'est la parole de l'abuseur contre la sienne. Bref, on double la victimisation. Alors pour porter plainte au criminel, on attend que la situation soit invivable. Et bien souvent, rendue à ce point, on n'en a plus la force.

Constat de l'échec des interventions non-criminelles

Comme on a pu voir dans l'exemple de maître Aubut, même si on porte plainte à l'interne, qu'on est crue et que des démarches sont faites pour corriger la situation, l'histoire se répète. Il a été averti en 2011, et comme la journaliste Karine Gagnon l'affirme:

«Je suis persuadée que très peu de femmes journalistes qui ont côtoyé Marcel Aubut ont été surprises d'apprendre que le Comité olympique canadien (COC) menait une enquête à la suite d'une plainte pour harcèlement sexuel.»

On comprend donc entre les lignes que ça fait quatre ans que le COC a posé un geste, mais qu'aucun suivi n'a été fait. Parce que vu le grand nombre de femmes qui se plaignent de son comportement, il aurait été facile de savoir que le problème était toujours d'actualité en questionnant occasionnellement le personnel féminin.

Une cour non-criminelle de la gestion des ressources humaines

Je m'interroge sur la pertinence de créer une avenue nouvelle pour traiter les cas de comportements sexuels inappropriés en milieu de travail, à tout le moins pour les personnes qui n'ont pas accès à un service de conseillers en ressources humaines.

Une avenue non pas criminelle, mais une avenue pour intervenir en milieu de travail afin d'aider les personnes qui subissent ces terribles injustices, aider les entreprises à mieux gérer de telles situations et savoir comment faire le suivi.

Parce que dans mon esprit, le COC a une part de responsabilité pour ne pas avoir fait de suivi après l'épisode du «promis, je ne le ferai plus».

De nombreuses femmes ont subi inutilement ce traitement, parce que c'était évitable.

Et pour tout vous dire, je suis un peu triste pour ces athlètes qui ont un rêve olympique, et qui voudraient que ces jeux se tiennent ici. Marcel Aubut était probablement la personne qui avait le meilleur potentiel de réussite pour ce projet.

Mais au final, tout le monde a toujours un intérêt à fermer les yeux. Alors pourrait-on nous offrir une avenue impartiale et orientée vers une solution?

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