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08/01/2015 11:18 EST | Actualisé 10/03/2015 05:12 EDT

Pour Letycia, Léon, Jules, Mathilde, Raphaëlle, Maxim et l'avenir...

Cher Québec,

Toi qui souhaites ce qu'il y a de mieux pour tes jeunes, toi qui regardes pousser fils, nièce, petits-enfants et qui te dis que le temps passe beaucoup trop vite, toi qui décrocherais la lune pour ces gamins qui te remplissent de bonheur, toi qui deviens soudainement très protecteur lorsque tes petits sont menacés, toi qui parles avec tant de fierté de leurs grandes réussites, je t'écris aujourd'hui pour te demander un coup de pouce.

Tu sais, la situation n'est pas rose au Québec de ces temps-ci. Élever un enfant et vouloir s'assurer du meilleur avenir possible pour celui-ci est en train de devenir un sport extrême. Les tarifs des garderies que l'on a jadis appelés à sept dollars ont récemment explosé, les frais divers continuent de monter en flèche et durant ce temps-là, nos services publics se détériorent petit à petit. Tu sais quoi ? Ça me rend triste. Vraiment.

J'ai toujours cru que nous étions une véritable société distincte. L'endroit au monde où il fait bon élever une famille, un petit bout de continent pas comme les autres, là où les gens se serrent les coudes et sont fiers de leurs réussites tant individuelles que collectives. Tu sais, aujourd'hui, quand je regarde le système d'Éducation dans lequel je travaille quotidiennement, je me dis que nous nous sommes perdus quelque part sur le chemin du progrès social. J'espère sincèrement que ce qui est devant nous, c'est un brouillard passager, pas un trou noir sans fin.

Tu sais Québec, parfois je t'ai entendu colporter certains préjugés sur mes collègues enseignants et moi-même. Nous serions soi-disant gras durs avec nos deux mois de vacances en été, notre boulot serait de la petite bière à comparer d'autres corps de métiers, après tout, nous ne sommes que des gardiens d'enfants m'as-tu affirmé. Je ne t'en veux pas trop puisque la méconnaissance amène parfois les gens à juger ou à interpréter une réalité qu'ils ne maitrisent pas très bien. Je t'invite dans ma classe. Quand tu veux. Choisis le jour ! Après, on s'en rejasera.

Néanmoins, je ne t'en veux pas trop. Je me dis que c'est à la mode en 2015 au Québec d'en mettre beaucoup sur le dos des employés du secteur public. Pour ma part, je suis capable d'en prendre. Ma carapace commence à s'endurcir. Mais aujourd'hui, si je prends le temps de t'écrire, c'est pour t'inviter à mes côtés à défendre tes enfants. Le gouvernement actuel tente sans vergogne de s'attaquer à leur avenir, de rapetisser leurs rêves.

Je ne pourrai jamais te dire à quel point tes enfants me rendent fier, ils sont beaux, brillants, passionnés, et quand ils apprennent, ils ont les yeux brillants. Ils méritent ce qu'il y a de mieux. Et ce qu'il y a de mieux, disons-nous-le, ce n'est assurément pas d'être 34 élèves dans une classe qui peut à peine en contenir 25 ! Ce qu'il y a de mieux, ce n'est pas non plus d'intégrer des élèves en difficulté dans les groupes réguliers alors que ces derniers auraient des besoins particuliers !

Et je t'épargne le topo sur l'état de nos classes. Écoute, je suis sur le point de porter un casque de football pour aller travailler le matin. C'est plus d'une dizaine de tuiles qui sont tombées du plafond de mon local. À mon retour des vacances des Fêtes, deux autres avaient cédé. Le nombre de fois aussi que j'ai frotté et frotté certains bouts de murs en croyant qu'ils étaient sales, mais en réalisant finalement que c'était la peinture qui était trop usée. De plus, j'ai dû attendre pas moins de deux ans pour avoir de nouvelles toiles pour mes fenêtres, ce qui commençait à urger. Je ne te parle même pas du matériel pédagogique. Bientôt nous devrons faire des soupers spaghettis pour pouvoir s'acheter des dictionnaires. Faut le faire !

Que puisses-tu faire dans tout cela, me demanderas-tu ? Informe-toi, questionne, soulève-toi, proteste, peste ! Tes enfants méritent mieux. Si tu nous as parfois habitués au tempérament moutonnier, tu nous as aussi pas mal étonnés lors du printemps érable. Tu n'as pas courbé l'échine, tu as foncé. Maintenant, il est temps de te soulever, mais cette fois-ci, c'est pour la pérennité de nos services publics, particulièrement de notre système d'Éducation.

Tu sais, prochainement, mes collègues et moi négocierons avec le gouvernement qui ne propose rien de moins que de diminuer nos salaires tout en augmentant nos tâches. Qui en 2015 accepterait une diminution de salaire ? Dans un domaine aussi crucial que celui de l'Éducation de surcroit ! Avant de juger nos actions, dis-toi que nous sommes d'abord et avant tout des alliés. Que nous voulons la même chose. Le meilleur avenir pour les prochaines générations. Pour tes enfants et tes petits enfants.

Cher Québec, au plaisir de marcher à tes côtés cette année !

Signé un des tiens,

Jerry

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