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17/08/2018 10:10 EDT | Actualisé 22/08/2018 11:09 EDT

Est-ce que voyager nous rend Canadien?

Je crois qu'un Québec indépendant est, aujourd'hui, un passionné qui veut se partager avec le monde, qui veut faire partie du tout.

En tant que Québécois, j'ai souvent eu l'impression d'être né avec un trou dans l'âme.
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En tant que Québécois, j'ai souvent eu l'impression d'être né avec un trou dans l'âme.

En tant que Québécois, j'ai souvent eu l'impression d'être né avec un trou dans l'âme. L'impression qu'il me manquait la pièce la plus importante du casse-cœur. C'est peut-être la passion de ma famille pour l'indépendance, le fait d'avoir assisté à la défaite d'une identité en 1995, alors que j'étais à un âge où on commence à s'en chercher une si désespérément. Je ne peux honnêtement pas dire si l'on naît avec cet abîme, ou si l'on se le creuse soi-même en pleine poitrine à force d'être exposé à l'opinion des générations précédentes.

Je voyage depuis 13 mois; mon passeport est canadien. Je viens de Montréal, au Canada: c'est le pays que les gens connaissent. Je rencontre à l'occasion un Américain qui me dit: «Oh, you are Québécois!». C'est plaisant, mais exceptionnel.

Le français sera toujours la langue qui me permettra d'exprimer mes sentiments et idées avec le plus de fidélité.

Je parle majoritairement anglais: cette langue est le point de rencontre par défaut entre les étrangers de partout dans le monde. Il m'arrive de penser en anglais, d'écrire en anglais. And I think it's fine. Ça ne me fait pas oublier qui je suis. Le français est et sera toujours la langue qui me permettra d'exprimer mes sentiments et idées avec le plus de fidélité.

Je cuisine de la poutine pour mes hôtes, c'est toujours un mets québécois que je leur fais découvrir. Quand je partage de la musique avec mes amis, ce sont des groupes du Québec que je choisis. Mon tatouage de fleur de lys, ce n'est pas le symbole du nord sur les cartes, ce n'est pas le logo des Saints de New Orleans: la fleur emblème du Québec est en fait l'iris versicolore.

Ça me fait toujours plaisir d'expliquer à un étranger pourquoi je parle «un autre français» que celui de la France ou de préciser, à ceux (plus rares) qui croient que le tout le Canada parle français, que c'est loin d'être le cas. Il y a certainement une partie de fierté québécoise dans ça, mais c'est surtout la simple vérité.

Comme bien des utopistes, je rêve d'un jour où il n'y aura plus qu'un seul pays, ou, plutôt, aucun. J'espère que ce ne sera pas à la suite d'une guerre de conquête. Si un langage universel voit le jour, je souhaite que ce soit parce que l'évolution de nos cerveaux permettra l'apprentissage de toutes les langues à la fois, et non parce que l'une aura supplanté les autres.

Il serait plus simple et bénéfique de prendre soin de notre coin de planète, de partager notre culture et nos richesses en tant que Québec souverain.

En ce sens, faire partie du Canada est pour moi une étape vers une unification complète au sens de la paix, pas au sens d'oblitérer toutes les cultures du monde. Sauf que le monde est encore loin de là. Le monde en est peut-être à une ère où justement, il serait plus simple et bénéfique de prendre soin de notre coin de planète, de partager notre culture et nos richesses en tant que Québec souverain.

Au fédéraliste qui me dira qu'il est possible de faire ça au sein du Canada, je lui demanderai s'il accepterait d'écrire et de publier sa propre biographie en tant qu'écrivain fantôme, au profit d'un autre, et de diluer par le fait même son identité dans un collectif.

Je crois qu'un Québec indépendant est, aujourd'hui, un passionné qui veut se partager avec le monde, qui veut faire partie du tout, mais en faisant bien respecter ses droits d'auteur. C'est un entrepreneur, un travailleur autonome, propriétaire de son entreprise et de son destin; pas un ouvrier dans une usine.

Je crois qu'un Québec indépendant est, aujourd'hui, un passionné qui veut se partager avec le monde, qui veut faire partie du tout.

Donc, voyager rend... quoi? Je passe les frontières en tant que Canadien parce que la bureaucratie exige une nationalité. Je dis «I am from Canada», car c'est ma (très grosse) région administrative du monde. Mais je serais plus heureux de passer des frontières naturelles en tant que simple animal nomade. J'ai rencontré des Canadiens, Américains, Mexicains, Guatémaltèques que je prendrais comme frères et sœurs. J'avais des voisins dans Hochelaga ou Rosemont avec qui je ne fonderais même pas une équipe de balle-molle.

À 9000 kilomètres de la maison, je vois de merveilleux coins du monde affectés par la pollution humaine et j'en ai honte comme si c'était ma propre cour. L'éthique, la philosophie, les rêves, ça n'a pas de frontières, pas de nation. La stupidité non plus. On choisit ses amis, pas ses compatriotes. Alors je crois, j'espère que voyager rend simplement humain, terrien.

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