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13/11/2013 12:02 EST | Actualisé 12/01/2014 05:12 EST

Un cynisme grimpant

Vous le sentez, vous aussi. J'en suis persuadé.

La classe politique actuelle - et ce, peu importe de quel palier il provient - vit un mal grandissant. Celui du cynisme populaire. En effet, le citoyen semble être de moins en moins attaché à sa classe politique, la qualifiant de toutes les injures possibles. En surface, il semble possible de qualifier le tout de chialage. Ça, c'est si on prend tout au premier degré.

Quand on s'y penche, cependant, on ne peut pas vraiment en vouloir au citoyen. En effet, la classe politique actuelle peine à suivre le rythme demandé par la population. Que ce soit en matière d'accès à l'information, de rectitude politique ou de simple honnêteté et de bon vouloir, on sent que, pour le politicien, lui demander de se fier sur sa population s'apparente à lui arracher une dent (lire «pouvoir»).

On pourrait énumérer des milliers d'exemples, ici. Citons-en simplement un: quand un gouvernement utilise les techniques obscurantistes d'un autre gouvernement qu'il vient tout juste de remplacer pour des raisons électorales, il va de soi que le citoyen se sent pris entre la peinture et le mur.

Le vide et le flou pour éviter les explications et le concret?

J'ai soulevé une formule un peu plus tôt: rectitude politique. Son absence des débats actuels est une des nombreuses sources du cynisme populaire. Le politicien préfère les formules creuses et vagues, qu'elles soient vraies ou fausses, à la pédagogie et à l'explication. C'est d'ailleurs ce que dénonçait récemment un des candidats à la mairie de Montréal à la suite de sa défaite, dans une entrevue donnée au journaliste de La Presse Yves Boisvert.

À un point tel qu'on assiste maintenant beaucoup plus à des concours de popularité politique que de réelles campagnes électorales informatives. Nul besoin de citer quelconque exemple, ici: vous pouvez tous et toutes vous faire un portrait de qui ou de quoi je parle.

Ajoutons une couche à tout cela. La politique est devenue crasse, pénible. Elle semble ne plus avoir en son sein l'aspect noble qu'elle est censée avoir. Tant et si bien que les organisations politiques ont de la difficulté à recruter de bon(ne)s candidat(e)s. Alors, qu'il s'agissait d'un honneur d'être approché par un parti politique jadis, l'action politique est devenue plus un problème qu'autre chose. À un point tel qu'on dit souvent à un nouveau politicien qu'il est très courageux, voire qu'il sait «se sacrifier».

Et le malheur, c'est que c'est vrai. Quand on oublie de parler des qualités d'une personne qui se présente en politique au profit d'une destruction publique de l'individu dû à son passé, on se demande bien quel espèce de suicidaire voudrait donner sa vie au public.

Alors que l'action politique devrait aller de soi dans l'élaboration d'une société de droit qui se respecte, n'est-ce pas?

Et le plus malheureux dans cette situation, c'est que les différents partis utilisent ce cynisme ambiant pour mousser leurs desseins électoralistes, plutôt que de combattre ce cynisme. Faites le test: visionnez de nouveau un récent débat entre des candidat(e)s. Lorsque celui-ci est terminé, notez le nombre de choses que vous avez appris sur la vie publique ou qui vous a donné le goût de voter pour quelqu'un. Si vous êtes capable de remplir les doigts d'une main, vous êtes chanceux.

Et comme dirait Fred Pellerin, «on se vote comme on se vend...et les partis oublient de nous faire un tout».

Il faudrait donc se rappeler que l'engagement politique est d'abord activiste, social. Il a un but précis, un objectif à atteindre, des citoyens à accompagner vers un monde qui leur ressemble et qui les rassemble. On dit souvent qu'au moment où un politicien ne se considère plus comme un activiste de quelque forme que ce soit, il est temps pour lui de faire autre chose. Prenez les 125 députés de l'Assemblée nationale: pouvez-vous me nommer cinq activistes?

Et c'est à ce moment que des partis, sachant très bien qu'il y a un cynisme ambiant, promettent de le combattre avec des mesures concrètes. Seulement pour oublier ou mettre la hache dans ces mesures dès leur arrivée au pouvoir.

Alors, peut-on vraiment en vouloir au citoyen?

Oh!, il peut bien aller voter. Il peut bien participer. Mais si on lui ment à répétition en plein visage, il n'y croit plus. Alors l'excuse simpliste qui dit «allez voter sans quoi vous ne pouvez pas vous plaindre» devient de moins en moins pertinente.

Et l'ennui, c'est que si on ne s'occupe pas de la politique, elle s'occupe de nous. Et on sait très bien qui a des intérêts bien précis en utilisant la politique pour arriver à ses fins.

Peut-être est-ce le temps de ne plus se contenter de participer...mais de prendre possession de ce qui appartient au citoyen.

Pour la suite du monde.

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