LES BLOGUES
03/08/2015 10:42 EDT | Actualisé 03/08/2016 05:12 EDT

La conversion de Michel Onfray au paganisme

Dans son dernier livre intitulé Cosmos, le philosophe de gauche Michel Onfray développe une vision du monde qui rappelle beaucoup les élans romantiques des penseurs conservateurs.

Dans son dernier livre intitulé Cosmos, le philosophe de gauche Michel Onfray développe une vision du monde qui rappelle beaucoup les élans romantiques des penseurs conservateurs opposés au désenchantement du monde. Dans ce volumineux ouvrage publié chez Flammarion en mai dernier, Onfray adopte une conception païenne de l'univers aux antipodes de la pensée judéo-chrétienne. Doté d'une fibre écologiste et d'un net penchant pour l'Antiquité, Cosmos est un vaste plaidoyer en faveur du retour d'une religiosité première enfouie sous l'héritage monothéiste de l'Occident.

Dans le premier tome de cette trilogie «encyclopédique», Onfray invoque d'abord des expériences personnelles pour tisser la toile de son nouveau rapport à l'univers. Par exemple, il parle du souvenir de son père - un homme proche de la nature dont il admire la sensibilité paysanne et l'enracinement. Il parle aussi du deuil de sa compagne comme d'un moment terrible, mais aussi comme d'un événement révélateur sur le plan philosophique.

Michel Onfray développe ensuite l'idée centrale «d'une sagesse sans morale» - c'est-à-dire d'une sagesse détachée de la tradition judéo-chrétienne fondée sur la maîtrise de la nature et l'humanisme. En renonçant aux rêves de délivrance issus des religions abrahamiques, le philosophe s'éloigne alors sensiblement de l'idée de progrès dont il est toujours l'un des grands représentants en France. Il vaut la peine de rappeler qu'aucune idéologie progressiste n'aurait pu voir le jour sans cette véritable révolution que fut l'apparition du monothéisme sur Terre. Avec le christianisme naissait tout simplement la marche de l'Histoire.

Ce revirement semble tellement inusité qu'il faut nous demander si Michel Onfray réalise vraiment les implications idéologiques que comporte sa conversion au paganisme - car c'est bien d'un changement de mode de représentation dont il s'agit ici. Réalise-t-il au moins que de renouer avec ce «mythe de l'éternel retour» l'emmène à adopter une posture conservatrice allergique à la domination de la nature prônée par toutes les idéologies de gauche soucieuses de l'avènement d'un ordre plus égalitaire?

Réalise-t-il que ce paganisme dont il fait la promotion dans ce livre est parfois allé de pair avec la montée de l'extrême droite en Europe?

Car si l'émergence d'un néo-paganisme ne fait plus aucun doute dans nos sociétés, il faudra accepter que ce renouveau du religieux s'inscrive dans une quête d'authenticité hostile à la modernité. Une quête d'authenticité propulsée en grande partie par les théories écologistes à la mode et par l'angoisse que vivent au quotidien les Modernes au creux de cette civilisation désireuse de retrouver ses repères. Je souligne que j'ai dressé les contours de ce «réenchantement du monde» dans un livre qui paraitra aux Éditions du Boréal le 22 septembre prochain: Le Retour du bon sauvage : La matrice religieuse de l'écologisme.

Finalement, c'est toujours d'un certain essoufflement de la pensée judéo-chrétienne dont il est question. Nous y reviendrons toujours, inlassablement. La fin de ce rayonnement bimillénaire coïncide avec l'instauration de la postmodernité. D'ailleurs, Cosmos de Michel Onfray est moins une œuvre originale que le symptôme apparent de cette nouvelle ère. Une nouvelle ère païenne qui a été, bien avant lui, analysée et théorisée par des penseurs comme Michel Maffesoli.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Des églises du Québec qui ont changé de vocation Voyez les images