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07/02/2017 11:08 EST | Actualisé 07/02/2017 11:08 EST

Lettre à Joël Lightbound, député fédéral

Vous connaissez le dicton: les extrêmes se nourrissent. Pour combattre les discours haineux provenant de l'extrême droite, il faut aussi combattre leurs équivalents.

Monsieur Joël Lightbound,

Ce que vous avez dit dimanche dernier à l'émission Tout le monde en parle au sujet de vos anciens camarades est vrai. Effectivement, comme un peu partout en Occident, les gens originaires du Maghreb et du Machrek sont progressivement devenus «musulmans» aux yeux de la population. Lorsque mon grand-père me parlait de la Tunisie où il a vécu quelques années avec ma mère, il ne me parlait jamais d'un pays «musulman» mais bien d'un pays «arabe». À cette époque, tout le monde parlait d'Arabes et non de musulmans.

Ceci dit, vous n'allez pas au fond des choses. Vous préférez vous pincer publiquement pour un crime que seul déséquilibré peut commettre. Comme Justin Trudeau et Philippe Couillard, vous préférez vous en tenir à une analyse superficielle qui ne fait qu'empirer les choses en désignant tous les identitaires et laïcs québécois comme indirectement responsables de la tuerie.

Malgré votre ouverture sur le monde, vous n'avez pas pensé que les attentats de Paris, Bruxelles ou Berlin aient pu, notamment, avoir un impact considérable sur une personnalité fragile.

Dans les faits, vous ne voulez pas voir ce qui pourrait aller à l'encontre de votre propre vision du vivre-ensemble. Vous ne songez qu'à désigner des acteurs locaux alors que le crime comporte une dimension planétaire. Malgré votre ouverture sur le monde, vous n'avez pas pensé que les attentats de Paris, Bruxelles ou Berlin aient pu, notamment, avoir un impact considérable sur une personnalité fragile.

Car si nos amis arabes sont - comme vous le dites - devenus «musulmans», c'est qu'une force politique majeure a émergé depuis: l'islamisme. Comme vous le savez probablement, cette idéologie violente, conquérante et intolérante tente de prendre en otage tous les musulmans du Québec pour leur imposer un mode de vie rigoriste et traditionaliste. Les islamistes tentent de séparer la population musulmane de la population québécoise conformément à leur obsession de la pureté religieuse.

D'ailleurs, le retour du voile dans l'espace public n'est pas étranger à cette dynamique. Comment expliquer que la majorité des femmes ne le portaient plus dans les grandes villes arabes dans les années 1960 et 1970 alors qu'il revient en force dans les pays occidentaux? Comment expliquer qu'on revendique ici le droit de porter le voile intégral alors que les Iraniennes flânaient dans les rues de Téhéran en robes légères avant la Révolution islamique de 1979?

Plus précisément, l'époque que vous avez évoquée était encore marquée par les derniers élans du panarabisme, ce mouvement politique et laïque qui entendait réunir les populations de culture arabe autour d'une même fédération. Dans les années 1950 et 1960, les grands leaders politiques tels que Nasser (Égypte) et Bourguiba (Tunisie) se méfiaient beaucoup des islamistes. Pour la plupart d'entre eux, l'Occident n'était pas mécréant, il était colonialiste. Contrairement à plusieurs de leurs successeurs, ils pensaient encore que l'Occident pouvait leur apporter du positif.

La montée de l'islamisme, vous devez la prendre au sérieux. D'ailleurs, c'est l'une des premières choses que vous auriez pu faire pour protéger la communauté musulmane. Vous connaissez le dicton: les extrêmes se nourrissent. Pour combattre les discours haineux provenant de l'extrême droite, il faut aussi combattre leurs équivalents.

Sans quoi c'est un coup d'épée dans l'eau.

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