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06/03/2015 07:53 EST | Actualisé 06/05/2015 05:12 EDT

Les premières fois

La première fois, on se dit que ça fait bizarre. On se dit qu'on n'a pas assez profité de l'instant. Et puis tout se dissipe. Celles qui suivent sont toujours mieux, n'est-ce pas? Oui, la première fois que j'ai traversé un train entier avec ma fille dans les bras, je me suis vraiment interrogé.

La première fois, on se dit que ça fait bizarre. On se dit qu'on n'a pas assez profité de l'instant. Qu'on a trop réfléchi et pas assez agi, qu'on est passé à côté de l'événement. Et puis tout se dissipe. On n'y pense plus, on intériorise, on se dit qu'on a surtout de la chance et que tout va bien se passer la prochaine fois. Celles qui suivent sont toujours mieux, n'est-ce pas? Oui, la première fois que j'ai traversé un train entier avec ma fille dans les bras, je me suis vraiment interrogé. Les gens avaient l'air surpris. "Ah, il s'occupe de sa petite sœur, c'est gentil ça" ou "à qui il a piqué cette petite, bordel?" J'allais simplement changer ma fille de bientôt deux mois à l'autre bout du wagon. Et j'ai vu vos yeux, tous: je vous ai même observé. Ça m'a bien fait marrer.

La première fois que je me suis promené au parc avec elle, ça m'a fait pareil. La première fois que j'ai emmené ma fille chez la gardienne, ça m'a encore fait pareil. Et la première fois que j'ai invité des amis à la maison, que je leur ai montré des photos, j'étais trop fier. Bon, c'est sûr qu'à 25 ans, pour l'image... Mais après, on s'habitue. Je n'ai pas passé le cap de l'écharpe de portage, la marche est encore trop haute. Pas facile de se voir comme un père, surtout quand on a vécu jusqu'ici sans trop s'imaginer ce que ça allait donner. À chaque occasion, j'ai donc joué le profil du type décomplexé, du genre «ouais, avoir des enfants jeune, c'est bien». Mais je ne pense pas que les gens aient compris.

Les premières fois, pas facile de «s'enlever les crocs les uns des autres», comme dit le psychanalyste Serge Hefez. C'est pourtant la clé du succès, paraît-il, et l'assurance de ne pas étouffer son enfant. Ça permet en prime de ne pas se laisser déborder par l'arrivée d'un enfant, car on est vite tentés, père et mère, de ne plus rien faire d'autre que de s'en occuper. Je crois surtout que les premières fois, il s'agit surtout de subvenir aux besoins primaires (et parfois ça peut être très difficile). L'éducation a-t-elle vraiment commencé à cet âge-là? J'essaie bien de lui faire écouter des musiques que j'aime, j'essaie de lui parler, de l'emmener dans des endroits jolis. Peut-être que dans 10 ans, qui sait, elle se souviendra de ces premières fois?

Et vous, c'était comment vos premières fois?

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