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18/08/2015 11:12 EDT | Actualisé 18/08/2016 05:12 EDT

Énergie: l'insulte, l'évidence et l'espoir

Il revient aux Québécois, leaders mondiaux des énergies propres et renouvelables, de mettre de l'avant leurs richesses pour le bien commun.

Quelques nouvelles intéressantes concernant le domaine de l'énergie ont récemment fait surface. Historiquement très calme, tant au niveau des annonces qu'au niveau de l'auditoire, la fin juillet et le début août ont été le théâtre de déclarations à analyser.

L'insulte

Le 20 juillet dernier, Derrick Dalley, ministre des Ressources naturelles de Terre-Neuve-et-Labrador, et son homologue ontarien, Bob Chiarelli, annonçaient la création d'un groupe de travail afin d'étudier les possibilités de vendre l'électricité du Bas-Churchill à l'Ontario. Les deux provinces veulent créer une nouvelle politique énergétique au service de tous les citoyens canadiens.

Cependant, cette annonce met en lumière un problème majeur.

En effet, ce groupe de travail de «haut niveau» n'inclut aucun membre québécois. Il est composé entièrement d'experts ontariens et terre-neuviens.

Est-ce que les deux ministres auraient omis de consulter une carte géographique dernièrement? Le Québec et son réseau électrique sont bel et bien entre l'Ontario et T-N-L.

Lors de la rencontre, le ministre ontarien a d'ailleurs affirmé que le Québec avait été antérieurement un obstacle au développement énergétique pancanadien. Il semble en fait que les deux provinces étudient toutes les possibilités, même celle d'acheminer l'électricité du Labrador vers l'Ontario en contournant le Québec. Bien que le gouvernement québécois se dit ouvert à participer aux discussions, envisager d'outrepasser notre province démontre l'approche politique mesquine de nos voisins.

Techniquement, le contournement du Québec impliquerait un passage obligatoire par les États-Unis. «Politique énergétique pancanadienne», affirment les ministres ontarien et terre-neuvien. Difficile de prendre leur discours au sérieux dans le contexte. T-N-L travaille actuellement sur la construction d'une ligne sous-marine qui passera par l'île de Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, pour ensuite rejoindre la Nouvelle-Angleterre. Le désir des Terre-Neuviens d'intégrer le marché de l'électricité américain via cette ligne est certainement légitime. Par contre, faire transiger cette électricité par les États-Unis, pour ensuite revenir vers l'Ontario, est ridicule, tant au niveau politique que technique.

Cette situation démontre l'attitude provocatrice émanant de Terre-Neuve-et-Labrador en matière d'énergie. Toutefois, il ne faut pas nous surprendre d'une telle manoeuvre. Historiquement, la province maritime a connu plusieurs échecs dans ce domaine. Le premier étant l'entente contractuelle pour la vente d'électricité de la centrale Churchill Falls dans les année 1960 et 1970. En résumé, le contrat prévoyait la vente de pratiquement toute l'électricité du complexe de T-N-L à Hydro-Québec. Le prix de vente du kilowatt-heure était relativement bas à l'époque et ne serait jamais modulé en fonction du marché ou de l'inflation. En échange, les Québécois devaient prendre une part du risque et financer le projet. Cette entente a donc permis, et permet toujours, au Québec d'engendrer d'énormes profits en comparaison de ceux de T-N-L. Plusieurs fois contesté par les Terre-Neuviens devant les tribunaux, la Cour suprême du Canada trancha ultimement en faveur de Québec.

Cette entente, très favorable pour la province francophone, nous force à poser la question: est-ce que les négociateurs de T-N-L étaient corrompus, ou tout simplement incompétents?

Le deuxième échec, plus récent, fait suite aux nouveaux pourparlers pour la transmission de l'électricité du Bas-Churchill à travers le réseau électrique québécois. Ce qui mena T-N-L à aller de l'avant son projet de ligne sous-marine coûteux et techniquement complexe discuté ci-haut.

Chose certaine, la discorde n'est pas prête de s'atténuer. Dans le cas où le groupe de travail de nos deux voisins propose de contourner le Québec, il ne restera qu'à espérer une réaction ferme de notre gouvernement.

L'évidence

Dans un autre volet de la scène canadienne, il est encourageant de noter que le Québec et l'Ontario se sont récemment entendus sur des échanges d'énergie. Lors d'une rencontre en novembre 2014, les premiers ministres voisins ont signé un protocole qui allait en ce sens.

L'entente fut rédigée en fonction de la demande électrique variable au gré des saisons. Il s'agit là d'une bonne nouvelle, mais surtout d'une évidence géopolitique indéniable. En effet, des interconnexions entre les deux provinces étant déjà en place, l'entente pourra répondre aux besoins immédiatement. Puisque le Québec requiert de l'énergie à bas prix durant l'hiver, et que l'Ontario se trouve dans la même situation durant l'été, la complémentarité de nos besoins met en lumière la lucidité de cette entente.

Dans la même lignée, l'Ontario est en réflexion quant à la remise à neuf de certains réacteurs nucléaires. Plusieurs étant arrivés à leur fin de vie utile, la province devra investir des dizaines de milliards pour mettre à jour ses équipements. La demande énergétique grandissante de sa région métropolitaine met d'ailleurs une pression supplémentaire sur le gouvernement en place. Avec les nouvelles options en matière d'énergies renouvelables ou encore la disponibilité de l'hydroélectricité québécoise, plusieurs voix s'élèvent contre le nucléaire en Ontario. Bien que le nucléaire soit une source d'énergie propre et fiable, en comparaison avec le charbon et le gaz, son acceptabilité sociale n'est jamais garantie. De plus, les coûts exorbitants fréquents dans l'industrie ne séduisent guère les politiciens.

L'espoir

Du côté américain, la Maison-Blanche présenta la nouvelle version de son plan de production d'électricité propre au début du mois. La réglementation forcera les centrales électriques à limiter largement leurs rejets de carbone dans l'atmosphère. L'objectif est une diminution de 32% en 2030 par rapport aux émissions de 2005.

Cette annonce ouvre la porte à de nouvelles exportations d'électricité chez nos voisins du sud. En effet, les centrales au charbon représentent actuellement 34% de la production d'électricité américaine. Plusieurs d'entre elles seront incapables d'atteindre l'objectif de réduction d'émissions et devront simplement fermer. De plus, ces centrales sont concentrées, pour la plupart, dans le Midwest américain. Il s'agit d'un marché accessible et déjà visé par la société d'État Hydro-Québec. Par contre, il faudra prévoir beaucoup de résistance envers ce plan dans les États plus conservateurs. Voilà pourquoi notre gouvernement devra être combatif dans la promotion de notre énergie propre et renouvelable au sud de la frontière.

Dans un même ordre d'idée, les Américains devraient bientôt réaliser que la transition actuelle du charbon vers le gaz naturel ne se veut pas une solution viable à long terme. Dans ce contexte, il est raisonnable de croire que des actions similaires à celles décrites dans le plan Obama soient prises. Cependant, il serait utopique de voir un plan à court terme dans ce dossier. Actuellement en pleine expansion, le gaz naturel représente maintenant 30% de la production électrique totale américaine.

En conclusion de ces trois analyses, il en revient aux Québécois, leaders mondiaux des énergies propres et renouvelables, de mettre de l'avant nos richesses pour le bien commun.

Ce texte n'engage que mon opinion citoyenne et les sources sont parfois anglophones afin de fournir l'information la plus précise possible.

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