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20/10/2016 09:57 EDT | Actualisé 23/10/2016 05:16 EDT

Énergie: la bataille navale

La marine marchande, dans son ensemble, est la source d'environ 4% de toutes les émissions de gaz à effet de serre sur la planète.

La décarbonisation des transports est un des enjeux majeurs du 21e siècle. Cette affirmation ne fait plus aucun doute. Avec raison, le déplacement des biens et des personnes cause 26% de toutes les émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis. Il est, maintenant, très inspirant de voir une majorité de manufacturiers automobiles s'attaquer à ce problème. Actuellement en tête de liste, Tesla continue d'innover avec des distances parcourues de plus en plus proches des voitures à essence. Sans oublier Chevrolet et le géant chinois BYD, tous deux, de plus en plus compétitifs sur le marché. Il est aussi encourageant de voir que des pionniers s'attaquent maintenant à l'électrification des autobus et des camions.

Cependant, un aspect majeur de ce problème, aux conséquences cataclysmiques, est actuellement ignoré. En effet, une seule statistique suffira à étayer l'argumentaire de mon texte. À eux seuls, les 15 plus gros bateaux porte-conteneurs émettent autant de polluants que la totalité des 760 millions de voitures sur la planète. Nul besoin d'ajouter que plus de 6 000 de ces navires circulent aujourd'hui sur les mers et les océans. La marine marchande, dans son ensemble, est la source d'environ 4% de toutes les émissions de gaz à effet de serre sur la planète.

La majorité de ces embarcations sont propulsées par du mazout ou fioul. Un carburant fossile excessivement peu raffiné. À titre comparatif, ce liquide contient 2 000 fois plus de soufre que le carburant diesel de nos voitures.

Toutefois, pour les navires de cette envergure, il n'est techniquement pas possible d'appliquer une solution similaire aux voitures électriques. L'espace requis et le temps de recharge des batteries nécessaires seraient tout à fait hors-norme et impraticables.

Il existe actuellement quelques groupes tablant à développer une nouvelle option, à première vue, prometteuse. En effet, certains experts proposent de remplacer le mazout, carburant actuel, par du gaz naturel liquéfié. Techniquement possible et certes beaucoup moins polluant lorsque brûlé, ce combustible semble un pas dans la bonne direction. Cette option est d'ailleurs excessivement promue par les multinationales de l'industrie pétrolière et gazière. Malheureusement, le gaz naturel comporte des risques pour l'environnement excessivement élevés durant son extraction, son transport et sa distribution. L'extraction pouvant même causer des fuites méthaniques catastrophiques, telle que la Californie a connues en octobre 2015. Ces fuites causèrent l'équivalent, en émissions de GES, de 4,5 millions de voitures supplémentaires durant une journée. Encore plus inquiétant, un problème en mer, sur un navire de ce type, pourrait causer des fuites de GNL à bord et potentiellement asphyxier l'équipage en très peu de temps.

Une solution technique pratique existe pourtant déjà, et ce, depuis plus d'un demi-siècle. Il suffit de regarder du côté de la Russie et de la marine militaire. Voici le USS Gerald R. Ford, pouvant naviguer sur les océans et alimenter en énergie son équipage de 4660 marins, pendant plus de 20 ans, sans être alimenté de carburant. Il n'en faut pas plus pour démontrer ses capacités exceptionnelles.

Neuf sous-marins nucléaires ont coulé sans aucune conséquence pour l'environnement.

Le secret de ce porte-avion est pourtant simple, il transporte à son bord deux réacteurs nucléaires. La propulsion, par la fission des atomes, est très populaire dans la marine militaire d'aujourd'hui et d'hier et n'émet aucun gaz à effet de serre. D'ailleurs, la majorité de ces embarcations utilisent cette source d'énergie. Ayant vu le jour dans les années 1950, cette technologie est mature, économiquement viable et sécuritaire.

Sans entrer dans les détails techniques, l'aspect sécurité peut être facilement démontré. En effet, les catastrophes nucléaires sont causées par un événement très précis, la fusion du coeur d'un réacteur par surchauffe. Dans l'éventualité d'une catastrophe en mer menant au naufrage d'un navire, le réacteur nucléaire se retrouverait donc au meilleur endroit possible, au milieu d'un refroidisseur infini. Il ne serait donc pas possible pour un réacteur en mer, de déclencher la réaction en chaîne redoutable vécue à Fukushima ou Tchernobyl. À ce jour, 9 sous-marins nucléaires ont coulé sans aucune conséquence pour l'environnement.

En somme, si nous voulons être conséquent avec notre désir d'un commerce mondial bouillonnant, nous devons nous attaquer à ce problème rapidement. Les eaux internationales sont souvent le théâtre d'une panoplie d'excès. Les émissions de gaz à effet de serre de la marine marchande en sont un bon exemple.

Avec une puissante législation internationale et une mince fraction du montant d'investissement de 100 milliards prévu dans l'accord de Paris, un programme de coopération mondiale, à ce sujet, est tout à fait plausible. Ce fut d'ailleurs le cas lors du développement des navires militaires nucléaires, dans les années 1950, entre Britanniques et Américains. Il est tout à fait raisonnable de croire que les nouveaux navires marchands pourraient être équipés d'un système de propulsion nucléaire efficace. Plus encore, les embarcations d'un certain âge pourraient même remplacer leurs mécanismes au mazout désuets par cette solution et continuer de naviguer sans impact négatif pour l'environnement et l'espèce humaine.

Reste à savoir qui s'engagera dans cette bataille navale.

Ce texte n'engage que mon opinion citoyenne et les sources sont parfois anglophones afin de fournir l'information la plus précise possible.

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