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05/01/2018 09:00 EST | Actualisé 05/01/2018 09:00 EST

À propos de l’homélie de Noël du pape François

Je ne pense pas que la solution à la crise migratoire se trouve dans la bible.

Tony Gentile / Reuters
Dans son sermon de Noël, le pape invite à considérer la situation de migrants de la Sainte Famille dans le style analogique du Christ qui s'identifie aux misérables de la terre.

Dans l'entourage de mes amis nationalistes, plusieurs se sont plaints de l'homélie de Noël du pape François. Ils y ont plaint la complaisance multiculturaliste qu'on rencontre banalement de nos temps chez les politiques et banquiers. Une autre institution, l'Église, s'y embraie maintenant. Plus révoltant est son cas qu'elle ignore ses fidèles souffrant aux mains de membres d'une population à laquelle elle tend la main (ou la joue) – proposition qui vaut bien peu sous toutes les mesures, mais que je reproduis vu sa publicité.

Dans son sermon de Noël, le pape invite donc à considérer la situation de migrants de la Sainte Famille dans le style analogique du Christ qui s'identifie aux misérables de la terre. Il commente alors les premières pages de Saint Luc dans lesquels il est raconté l'histoire fameuse de la crèche. Jésus n'est pas né qu'il se frappe littéralement à une première porte. Nulle chambre pour l'accueillir. Misère! Son existence durant, le sauveur a frayé un chemin au ciel à toutes les misères : les migrations modernes empruntent une route millénaire que Joseph et Marie ont prise quand ils ont quitté leur foyer pour le recensement.

Ainsi, les Saints Parents sont les migrants de leur époque. Et au Saint-Père de l'Église finalement d'extrapoler, il semble, jusqu'à interpréter l'annonce aux bergers de la naissance du Christ comme instructive du mode de révélation de Dieu, qui se révèle devant eux, païens étrangers du culte et étrangers de la terre.

Je ne pense pas que l'absence de frontières soit souhaitable. Mais il est curieux que les enthousiastes du christianisme parmi mes amis nationalistes trouvent tellement aberrante cette homélie.

Je ne pense pas que l'absence de frontières soit souhaitable. Mais il est curieux que les enthousiastes du christianisme parmi mes amis nationalistes trouvent tellement aberrante cette homélie. Cela est curieux par ces deux observations : ces amis soutiennent que le christianisme est une part essentielle de l'occident ; le pape a fait une homélie dans l'esprit du christianisme. Sans être bibliste ou théologien, je crois essentiel d'insister sur ce dernier point. Car associer le sermon papal à la mollesse identitaire de certains politiciens, qui célèbrent la différence avec un enthousiasme dialectique tel qu'il ferait disparaître l'identité à son fondement, manque de réflexion. L'associer à la recherche intéressée des banquiers manque, quant à lui, d'oxygène au cerveau.

Dans le Nouveau Testament, il existe un contraste remarquable entre l'indulgence et la sévérité des prescriptions. D'une part, le Christ insiste sur la légèreté de son fardeau ; d'autre part, il commande une rigueur morale supérieure à celle de la loi mosaïque : arracher l'œil qui est tenté, couper la main qui désire voler. On trouve chez Saint Paul le même contraste. Rien n'est déclaré impur. Ni aliment ni corps. Mais Saint Paul corrige sévèrement les communautés auxquelles s'adressent ses épîtres : il y encourage le célibat, le voilement des femmes, la coiffure courte pour les hommes.

Le secret pour réconcilier ces passages est sans doute le concept de foi. N'attendez pas la même chose d'un croyant aidé de la foi et d'un païen – ou d'un croyant qui manque à sa foi. Kierkegaard affirme ainsi que le contraire du péché n'est pas la vertu, mais la foi. Qui croit doit être élevé et tenu à un niveau de rigueur morale surnaturel. Les miracles physiques sont d'ailleurs très souvent accompagnés d'une profession de foi du miraculé.

Les miracles physiques sont d'ailleurs très souvent accompagnés d'une profession de foi du miraculé.

En revanche, les gens jugés impurs au regard de la loi de Dieu reçoivent une complaisance presque scandaleuse dans les évangiles. Jésus ne condamne pas la femme adultère qu'on lui amène. Pourtant, un adultère en pensée est invité à s'exorbiter l'œil qui le tente. À la fois, Jésus assure que les publicains, les collecteurs de taxes, entreront en premier au paradis et que ceux qui ont de l'argent, quand même ils obéissent aux lois mosaïques, ont des chances très minces d'y entrer. Ce qui est commun aux deux prescriptions rigoureuses juste citées, c'est qu'elles s'adressent à des gens qui ont manifesté la volonté de suivre le Christ : des gens qui professent leur foi. Ce qui est commun aux deux manifestations d'indulgence, c'est qu'elles sont témoignées à des gens qui agissent en pêcheurs ou sont réprouvés et loin de Dieu.

Toute cette interprétation se résume assez bien par la parabole de la brebis égarée. Un berger abandonne son troupeau pour retrouver celle de ses brebis qui s'est égarée. Quand il revient avec celle-ci, et trouve tous les membres de son troupeau rassemblés, il éprouve moins de joie qu'à sa première retrouvaille. On interprète d'habitude ce passage en glosant que Dieu a un amour qui cherche à rejoindre ceux qui en sont le plus éloignés. Après tout, son martyr même l'a amené aussi loin que possible de la dignité d'un Dieu.

Il est désolant de voir, je l'accorde, l'enthousiasme voyeur et satisfait de certains politiciens pour les misères exotiques.

Simplement, je cherche à marquer que le pape est un bon professeur quand il prêche, comme il l'a fait, l'amour de l'étranger. Je ne pense pas que la solution à la crise migratoire se trouve dans la bible. Pas davantage que les équations qui servent à la construction de n'importe quel pont d'acier. Il est désolant de voir, je l'accorde, l'enthousiasme voyeur et satisfait de certains politiciens pour les misères exotiques.

Cependant, je suis d'avis qu'il faut être cohérent avec l'héritage que l'on veut promouvoir et conserver. Le sermon du Pape était chrétien. On doit souhaiter et réaliser une intégration facile. On doit souhaiter et réaliser une cohésion sociale. On doit souhaiter et maintenir un seuil d'immigrants. Malgré tout, les gens passent les frontières maintenant. En chrétien, on doit alors le respect à l'homme qu'il soit une femme, un musulman ou un migrant économique. On doit même une miséricorde spéciale à l'étranger.