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À toi, la femme moderne

Ton ancien rôle de femme au foyer, duquel tu t'es finalement libérée, doit bien être comblé par quelqu'un. Et si l'homme ne peut prendre cette place maintenant, qui le fera? L'état, l'école, les CPE?
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À toi, la femme moderne.

À toi, la femme moderne, qui clames haut et fort ton égalité avec l'homme sur le marché du travail et dans la vie en général. À toi, femme d'aujourd'hui, qui veux qu'en tant qu'égaux nous partagions ensemble les tâches ménagères, la gestion de la maisonnée et l'éducation des enfants. À toi qui réclames l'abolissement de ton rôle prédéfini, celui de mère au foyer, seule responsable de l'instruction de sa progéniture. Moi, l'homme d'hier, j'ai terriblement besoin que tu m'expliques quelque chose, s'il te plait.

Pourquoi, quand je te croise dans un lieu public, moi, l'homme, le gars, le père, je perçois si souvent dans ton regard une forme de désapprobation, souvent à la limite du mépris lorsque je m'affaire à accomplir une tâche qui t'était jadis réservée? Et je ne crois pas divaguer ici quand je parle de mépris ou de malveillance, car il s'agit d'une situation que je vis très fréquemment.

Ton ancien rôle de femme au foyer, duquel tu t'es finalement libérée, doit bien être comblé par quelqu'un. Et si l'homme ne peut prendre cette place maintenant, qui le fera? L'état, l'école, les CPE?

Car il m'apparait clair que quand, à mon grand plaisir, je l'assume, je le fais beaucoup trop souvent sans ton support.

Voici un petit exemple, vécu lors d'une situation dernièrement, qui n'illustre que trop bien ce que je constate malheureusement très souvent.

Un mardi où j'étais en congé, je devais aller cueillir mes filles à l'école pour le dîner. Suivant les précises instructions de ma conjointe, je me présente en voiture dans le stationnement côté sud de l'école à l'heure prévue.

À ma sortie du véhicule, j'entends un «Heille, monsieur!» plutôt sec venant de derrière. Un peu pressé, je n'y porte pas attention et je commence à marcher en direction de la sortie de la cour d'école.

«Heille là, monsieur» (prise deux, plus bête et plus fort).

Je me retourne, pensant apercevoir une surveillante qui aurait eu quelque chose à me dire, mais non. Au coin de la rue, quelques femmes sont alignées, cordées, et attendent leurs gamins pour le dîner.

«Vous n'avez pas le droit de vous mettre là, c'est interdit!»

Avant de répondre, je regarde autour de moi à la recherche d'un panneau quelconque ou d'une allée que ma voiture pourrait gêner. Rien, je suis sur le côté de la rue, tout est peinard.

«C'est l'entrée des autobus, tassez-vous!» (encore le même ton «plaisant»).

Une vraie petite dictatrice. Je jette alors un regard sur la filée de mamans debout à ses côtés, m'attendant à plusieurs regards complices, compatissant à mon sort du genre : «ouin, on la connait elle, méchante folle». Mais ce n'est pas le cas. La seule chose que je vois, ce sont des femmes aux sourires narquois, me fixant avec mépris, certaines même moqueuses.

Je passe clairement pour un innocent, nullement au fait des consignes de ramassage des enfants le midi. Je rembarque donc en voiture et quitte pour me stationner plus loin, beaucoup plus loin.

De retour quelques minutes plus tard, au pas de course, je croise les mêmes femmes avec leurs enfants qui se dirigent vers leurs voitures et j'ai encore droit aux mêmes regards. Vous savez, ceux qu'on lance à celui qui roule à l'envers dans un sens unique ou au gars bizarre qui se trompe de toilettes dans un endroit public. Le regard qui dit : «Pas fort, le grand!»

J'entends même la dictatrice du stationnement chuchoter à son amie (qui doit être sa chef de la Gestapo) : «Les hommes savent jamais où aller chercher les enfants à l'école, ils font n'importe quoi».

Je t'ai entendu, madame Staline, et si j'avais eu deux minutes, je t'aurais volontiers dit ce que je pense de ton attitude sexiste.

Mes filles étaient avec la professeure, près de la clôture et m'attendaient. La plus vieille, un peu trop sensible, au bord des larmes, croyant que papa les avait oubliées.

Des situations comme celles-ci, j'en vois toutes les semaines. Des regards malveillants à l'épicerie, quand je laisse ma fille courir dans les allées, des commentaires désobligeants sur les papas qui «gardent» leurs enfants.

Il y a même eu ce blogue qui se moquait des papas fréquentant les parcs et qui ignoraient le code de conduite appropriée. Sérieusement, juger des pères au parc avec leurs enfants... les mots me manquent.

Je vous comprends, les femmes, de combattre le sexisme de toutes vos forces. Les commentaires désobligeants de certains hommes sur les lieux de travail, les remarques sexistes sur votre façon «féminine» de faire les choses. Les chuchotements machistes sur votre silhouette ou votre tenue vestimentaire.

Le fait de se sentir jugée et critiquée chaque fois que vous accomplissez une tâche que notre société réservait autrefois au sexe opposé.

Je vous comprends.

On vous comprend. Parce que maintenant, c'est nous qui sommes critiqués, diminués ou jugés quand nous essayons de faire ce qui, autrefois, vous était injustement réservé.

Vous diriez quoi si, comme ça, on abolissait nos rôles prédéfinis et on tentait simplement de s'accepter, dans nos différentes façons de voir et de faire les choses? Parce que dans le fond, on ne sera jamais pareils. Ensemble et différents?

Moi, je trouve que ça sonne bien.

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