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14/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 14/03/2018 09:00 EDT

Le choix qui s’offre à nous: continuer à subir la réforme ou nous mobiliser

Le ministre Barrette dit qu'il n'y a pas lieu de remettre en question sa réforme.

Getty Images/iStockphoto

Le vendredi matin 9 mars, la Fédération de la Santé et des Services sociaux (CSN) a rencontré le ministre Barrette. Il était, comme d'habitude, assez franc lors de nos échanges. Nous avons retourné la politesse en lui donnant notre évaluation de la situation, et ce, sans ambiguïté.

Une rencontre pour défendre l'ensemble du personnel du réseau

On peut qualifier le ton de ces échanges de près de 2 heures comme étant respectueux. Cette rencontre a été une confrontation de positions dans le respect qui nous permet de voir là où c'est possible de travailler et là où nous ne nous entendrons pas avec le ministre Barrette.

Essentiellement, nous avons échangé sur 3 sujets importants :

  • Les dégâts, causés quant à nous par la réforme ;
  • Les non-négociations aux tables locales ;
  • Les projets pilotes (ratios) pour les équipes de soins.

Il faut revoir la réforme pour régler la surcharge du personnel

Sur l'augmentation du niveau de détresse depuis l'implantation de la réforme, nous avons donné des indications très claires quant à notre évaluation de la situation. Nous avons dit au ministre Barrette que nos membres nous racontent dans tous les coins du Québec et dans toutes les catégories d'emploi que la pression commence à jouer sur leur santé.

Le pire, c'est que le personnel du réseau ne voit pas de perspectives pour régler les problèmes de surcharge.

Le pire, c'est que le personnel du réseau ne voit pas de perspectives pour régler les problèmes de surcharge. Nous avons dit que pour régler ces problèmes, nous comprenons que nous ne pouvons revenir à 2014. Cependant, il y a des éléments fondamentaux qu'il faudrait remettre en question. L'hypercentralisation de la gestion et la création des mégaétablissements font en sorte que les directions s'éloignent beaucoup des besoins de la population, ainsi que des besoins du personnel des quatre catégories pour donner les moyens de bien livrer les services. Toute solution qui se fait à l'intérieur des structures actuelles ne sera que des pansements sur des blessures importantes.

Sans surprise, le ministre Barrette dit qu'il n'y a pas lieu de remettre en question sa réforme. Il dit qu'il est prêt à regarder des solutions sur le plan « micro », mais pas sur le plan « macro ». En d'autres mots, selon lui, sa réforme n'a besoin que d'être ajustée sur les marges, pas sur le fond.

De plus en plus, tout le monde commence à constater que la base de la réforme est le problème quant au manque de services et la détresse grandissante du personnel. Vous n'avez pas besoin de prendre ma parole là-dessus. Les statistiques parlent en masse. Depuis le début de la réforme, les demandes d'assurance salaire ont augmenté globalement par 24 % à a le Québec.

Il y a 2 cas notables où on n'a pas vu cette explosion des arrêts de travail. Il s'agit de deux établissements qui n'ont pas été encore touchés par des fusions, soit Sainte-Justine et les Îles-de-la-Madeleine. Quel hasard !

Nous allons continuer de contester la réforme chaque fois que nous en aurons l'opportunité. C'est pour ça que la FSSS-CSN a répondu favorablement à la demande des Médecins québécois pour le Régime public (MQRP). Le 24 mars prochain, ce groupe de médecins, qui remet en question l'entente négociée par les associations de médecins, propose de faire une manifestation qui ne sera pas une de division, mais plutôt une union de toutes les composantes du réseau : les médecins avec toutes les catégories du personnel pour dire aux Dr Couillard et Dr Barrette que ça suffit.

Notre pression pour faire avancer les négociations locales

Le point qui semble donner des perspectives positives dans un relativement court terme, c'est la question des négociations locales.

Nous avons indiqué très clairement qu'il y avait une très grande déconnexion entre ce que le ministre dit publiquement : « je veux beaucoup de stabilité et un peu de flexibilité ») et les orientations du Comité patronal de Négociation de la Santé et des Services sociaux (CPNSSS) et surtout, ce qui se passe à la table de négociation. Le ministre se dit très très surpris de notre constat. Il dit qu'il veut une rencontre rapide pour faire le point avec nous et corriger le tir s'il y a lieu. Nous avons répondu favorablement à cette proposition.

Lorsqu'on regarde les sorties dans les médias régionaux, nous constatons le niveau de non-négociation dans plusieurs régions. Que ça soit dans les Laurentides, le Cœur du Québec, dans l'Outaouais ou à Montréal, pour ne donner que ces exemples, nous ne pouvons que constater qu'il y a une coordination patronale qui vise à empirer les conditions du travail du monde qui sont déjà en détresse. Si la rencontre avec le ministre aboutit avec des vraies négociations locales dans les prochaines semaines, nous allons être très contents d'avoir fait débloquer ce bout important pour l'ensemble du personnel du réseau.

Si la rencontre avec le ministre aboutit avec des vraies négociations locales dans les prochaines semaines, nous allons être très contents d'avoir fait débloquer ce bout important pour l'ensemble du personnel du réseau.

Bien des questions demeurent sur les projets pilotes

Finalement quant aux fameux projets pilotes annoncés sur la place publique, qu'en est-il ? Le ministre nous dit qu'il est en train de travailler un projet pilote par région. Il a clairement indiqué qu'il voyait la lumière au bout du tunnel quant à la question de la surcharge. Nous avons questionné le ministre pour en savoir plus sur le contenu de ces projets.

Le ministre nous dit que ces projets ne seront pas limités aux infirmières, mais plutôt à l'équipe soignante. Nous avons demandé quel rôle il prévoyait pour les syndicats dans leur mise en place. Dr Barrette dit que ces projets sont une question d'organisation des services et non une question de négociation syndicale. Donc, il n'a pas l'intention de négocier leur mise en place avec le syndicat local ou la fédération. Il dit qu'il va nous informer du contenu des projets à une date ultérieure. Il nous dit que la FIQ n'est pas plus au courant des détails. Il doit nous convoquer une fois que les projets sont plus développés, pour nous donner des indications plus spécifiques quant aux endroits et donner plus de détails sur les ratios.

Sur cette question, nous avons indiqué très clairement qu'une des leçons de la mise en place de la réforme est que la meilleure chose serait d'impliquer le syndicat dans l'orientation des projets pilotes. Si le ministre est sérieux dans ce qu'il nous a dit en réunion, il va trouver le moyen pour que les équipes concernées par les projets pilotes puissent les façonner selon la réalité locale. Les syndiqué-es dans les équipes de soins savent non seulement ce qui ne fonctionnent pas, ils savent dans bien des cas, ce qu'il faut faire pour corriger le tir. Pour ça, il faut donner un espace. Sinon, les projets risquent de donner le même résultat que sa réforme en termes de satisfaction au travail. Sans plus de détails, nous avons dit que nous ne voyons pas concrètement ce qui pourrait être bon dans ces projets. Nous lui avons dit qu'on ne voit toujours pas la lumière au bout du tunnel. Nous allons réserver notre jugement pour le moment où il nous donnera plus d'indications.

Donc en terminant, nous allons revoir rapidement le ministre sur les négociations locales. À moyen terme sur la question des projets pilotes. Sur la réforme, nous allons inviter notre monde à participer à la manifestation du 24 mars avec les médecins et les quatre catégories du secteur public afin d'envoyer le message avec insistance qu'il y a des problèmes fondamentaux avec la réforme Barrette.

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