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21/06/2015 12:36 EDT | Actualisé 20/06/2016 05:12 EDT

Santé: mettre un terme au mirage de la privatisation

La présence des cliniques privées n'a pas permis d'améliorer l'accès aux services. Plusieurs compagnies d'assurance ont, par contre, pu s'enrichir.

La semaine dernière, nous voyions comment pour améliorer l'accès aux soins de santé et de services sociaux, il faut d'abord mieux travailler ensemble. Pour y parvenir, il faut une fois pour toutes abandonner le mirage de la privatisation, qui a comme seul effet de nous faire perdre un temps précieux. Plutôt que de travailler à ouvrir des opportunités d'affaires, pourquoi ne pas concentrer nos énergies à promouvoir nos services publics, eux qui sont les meilleurs pour répondre aux besoins de la population?

Qu'est-ce que la privatisation?

Dans le débat qui entoure la place du privé en santé et services sociaux, le premier désaccord intervient sur la définition à donner à la privatisation. Elle apparaît aussi bien dans la gestion, le financement que dans la prestation des services. C'est donc dire que pour préserver nos services publics, il ne s'agit pas uniquement de maintenir un financement public pour des services qui seraient par ailleurs délivrés par un prestataire privé. Il s'agit aussi de maintenir du personnel du secteur public.

Si je défends cette définition englobante du phénomène de privatisation, c'est parce qu'il m'apparaît important de dresser le bilan des cas de privatisation qui ont eu lieu dans les dernières années dans le réseau de santé et de services sociaux. La réalité, c'est que la volonté perpétuelle d'ouvrir la place au privé nous faire perdre un temps précieux qui pourrait plutôt être investi pour améliorer nos services publics.

Quelques exemples des échecs de la privatisation

Les ratés de la privatisation font de plus en plus la manchette et démontrent que le privé n'est qu'un mirage continuellement utilisé par les milieux d'affaires.

Nous constatons que la place du privé augmente depuis plusieurs années. Le financement privé en santé est au Canada de 30%, ce qui est plus élevé que la moyenne des pays de l'OCDE. Les dépenses de soins de santé privés ont atteint au Québec 2520 $ par ménage en moyenne pour 2012, 10% de plus que la moyenne canadienne.

Une des formes de cette privatisation se cristallise avec la croissance des cliniques privées en première ligne. La présence de ces cliniques n'a pas permis d'améliorer l'accès aux services. Plusieurs compagnies d'assurance ont, par contre, pu s'enrichir.

Il est évident que les mieux nantis peuvent facilement avoir accès aux services de santé en misant sur le privé. Toutefois, cela n'a pas pour conséquence d'améliorer l'accès aux services publics pour le reste de la population, et cela, pour une raison bien simple: les ressources ne sont pas illimitées. Les médecins et les infirmières qui quittent pour le privé ne sont plus disponibles pour réduire les listes d'attente dans les établissements publics.

Comme l'explique Alain Vadeboncœur (en se basant, lui, sur une étude publiée dans le Journal of Health Politics): «dans les pays et les régions où le privé a connu une plus grande expansion, on observe une augmentation de l'attente dans le public».

Et que dire de l'expérience PPP (partenariats public-privé)? Cela devait être une manière d'économiser des coûts en misant sur les investissements du privé. Après coup, nous constatons que les PPP en santé nous coûteront beaucoup plus chers que prévu. En octobre dernier, l'IRIS publiait une étude qui démontre que nous économiserions 4 milliards de dollars en rachetant les deux contrats des centres hospitaliers universitaires (CHU) en PPP. C'est donc que les investisseurs privés récoltent les profits, alors que le réseau public prend les risques.

Le privé dans la prestation n'est pas une solution

Nous voyons de plus en plus d'exemples de développement du privé dans la prestation des services en santé et services sociaux. Le gouvernement a annoncé, par la voix du ministre Carlos Leitão, qu'il avait l'intention de privatiser les services qui ne délivrent pas des soins directs à la population. Le gouvernement Couillard défend une vision étroite des services délivrés dans nos établissements publics. Miser sur l'expertise publique pour donner un appui aux équipes de soins permet pourtant d'être plus efficace et d'économiser des fonds publics.

Les établissements de santé et de services sociaux ont par exemple de plus en plus recours au privé pour effectuer le travail des ouvriers spécialisés. Cela nous coûte jusqu'à 45% plus cher au privé en plus de nous faire perdre de l'expertise publique pour l'entretien de nos établissements. C'est ce qui se produit aussi dans les soins à domicile, alors que l'on veut se départir des auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS), qui sont pourtant les meilleures personnes pour suivre l'évolution de la santé des aînés à domicile.

Nous avons été en mesure de démontrer dans plusieurs dossiers que le recours au privé coûte plus cher et offre des services de moins bonne qualité que les services dans le secteur public. Ce qui ressort d'ailleurs des études, c'est que ce sont les services à but non lucratif qui offrent les meilleurs services et la meilleure accessibilité.

Grâce à nos interventions, nous avons notamment réussi à maintenir les services publics de la buanderie à Sorel, nous avons réussi à intégrer une cuisine publique dans le projet de modernisation du CHUM, nous avons obtenu un moratoire sur la fermeture des ressources à assistance continue (RAC) dans les CRDITED (Centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement) et le maintien des services administratifs dans le secteur public en Estrie.

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