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22/01/2014 12:12 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Charte des valeurs: le jour où la crise est née

Parfois, pour comprendre ce qui motive un parti politique à débattre d'un enjeu aussi déchirant que la Charte, il faut connaître un peu son histoire. Pourquoi le Parti québécois tient mordicus à faire de la Charte des valeurs un enjeu électoral? Faisons ensemble un voyage dans le temps.

L'Action démocratique du Québec traverse des moments difficiles. La plupart des maisons de sondages mettent la formation adéquiste à environ 12% à l'automne 2006. Les journalistes spéculent sans ambages à propos de l'avenir de son chef Mario Dumont et Amir Khadir se voit déjà à la tête du troisième parti à l'Assemblée nationale. Bref, les vieux partis avec à leur tête Jean Charest et André Boisclair vont se disputer le pouvoir encore une fois, l'ADQ va disparaître et le nouveau jouet médiatique issu de Québec solidaire va prendre du galon.

Tout le monde est heureux.

Tout à coup, arrive le mois de novembre 2006. Montréal est confrontée à des cas d'accommodements raisonnables qui laissent une partie de la population pantoise. Dans le même mois, un YMCA de Montréal obtempère aux demandes de la communauté juive hassidique et givre les fenêtres de son centre d'exercice pour éviter que les enfants de la communauté voient des femmes s'entrainer en legging. Ensuite, les policières de Montréal doivent laisser leur place à un collègue masculin si un juif hassidique le demande. Finalement, toujours au mois de novembre 2006, un CLSC de Montréal refuse à des hommes de participer à des cours prénataux pour ne pas offusquer des femmes musulmanes.

C'est dans ce contexte que la «crise» des accommodements raisonnables est née. Une année 2006 chargée qui avait aussi vu la Cour suprême accorder le droit au jeune Gurbaj Singh Multani de porter son kirpan à l'école. Rien pour rassurer le Québécois inquiet de l'affirmation de son identité. Pourtant ces événements ne semblent pas susciter chez les politiciens un intérêt quelconque. Les leaders politiques laissent aux responsables de ces établissements l'odieux de gérer ces incidents délicats qui se multiplient. Le Québec semble être laissé sans boussole face à cette réalité qu'un jour ou l'autre il devra affronter comme toutes les autres nations qui accueillent des immigrants.

Pendant ce temps, Mario Dumont et l'ADQ préparent leur congrès du mois de décembre 2006. Le congrès de la dernière chance. Vivotant dans les limbes, Mario Dumont espère que le lancement de sa plate forme électorale en vue de l'élection du printemps 2007 lui permettra de se repositionner favorablement alors que les sondages lui prédisent un destin électoral funeste.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne en vue du congrès, le journaliste aborde de façon imprévue la question des accommodements raisonnables et demande à M. Dumont son opinion face aux derniers cas rapportés dans les médias. C'est alors que pour la première fois, un politicien prenait fermement position face aux accommodements et dénonçait «l'à-plat-ventrisme» dont fait preuve parfois la majorité en choisissant de s'effacer devant des minorités.

C'est à ce moment que la «crise» des accommodements raisonnables est née. Le débat était rendu à l'Assemblée nationale. Le sujet devenait inévitable. Les événements, les débats et tout le battage médiatique autour de cette question mèneront les troupes de l'ADQ aux portes du pouvoir au mois de mars 2007. Cela fera naître un débat au Québec qui n'est toujours pas terminé. Un débat qui doit se faire et qui sera douloureux pour l'ensemble des parties impliquées. Est-ce que c'est parce qu'il est douloureux que l'on ne doit pas le faire? Non. Est-ce que le PQ doit sciemment utiliser une si importante question pour en faire une stratégie électorale partisane? Non, évidemment. Mais est-ce que le PQ se rappelle de la sévère défaite de 2007 alors que Dumont menait le débat sur les valeurs québécoises? Bien sûr que oui...

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