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16/04/2015 10:46 EDT | Actualisé 16/06/2015 05:12 EDT

Comprendre n'est pas justifier

On ne s'est pas gêné, dans les médias, pour critiquer les dérapages et les maladresses du mouvement de grève étudiant contre l'austérité. Mais bien peu a été dit sur le contexte qui a contribué - certains diront provoqué - de tels écarts.

On ne s'est pas gêné, dans les médias, pour critiquer les dérapages et les maladresses du mouvement de grève étudiant contre l'austérité. Mais bien peu a été dit sur le contexte qui, au grand plaisir du PLQ, a contribué - certains diront provoqué - de tels écarts.

À l'UQAM, il y a eu vandalisme et intimidation. Des gestes déplacés, posés par quelques personnes seulement, mais qui font image de l'ensemble. Pour plusieurs observateurs proches des péripéties de la grève, cependant, les gestes posés par la direction de l'université (appel ostentatoire à des gardiens de sécurité musclés, usage de caméra pour filmer des manifestants, consignes pédagogiques farfelues et alarmistes aux professeurs et aux chargés de cours, refus de négocier, appel à des injonctions) ne pouvaient que mener à ce résultat. Ainsi, celles et ceux à qui il incombait de favoriser la paix sociale semblent avoir, à l'inverse, jeté de l'huile sur le feu.

Scénario connu, variation sur le thème de 2012. On refuse d'écouter, on sort les gros bras, on «judiciarise» et on se scandalise ensuite des excès de certains - qui, soit dit en passant, ne sont pas tous étudiantes ou étudiants!

Mais il n'y a pas que la provocation qui soit en cause.

Vendredi 31 octobre 2014. C'est l'Halloween. Plusieurs milliers de personnes manifestent dans les rues de Montréal. Manifester, ce n'est pas exprimer une opinion en répondant à la sauvette à un sondage téléphonique: il faut partir de chez soi - on aurait sans doute d'autres choses à faire - emmener parfois les enfants, la pancarte ou les deux, prendre le métro, bref y consacrer plusieurs heures de sa journée. Que plusieurs milliers de personnes fassent précisément cela, en sachant qu'il n'y a rien d'autre à gagner dans l'immédiat, justement, que d'exprimer une opinion qui leur tient à cœur, c'est un geste citoyen engagé et admirable. Mais...

Samedi 1er novembre 2014. La manifestation de la veille fait la Une du Devoir, avec une photo. Dans La Presse, au tirage plusieurs fois supérieur, au bas de la page A4, un entrefilet. Un titre mou, du genre «manifestation nocturne à Montréal». On y relate qu'un peu plus d'une centaine de personnes avaient arpenté les rues de Montréal, en soirée... ah oui, en écho à une autre manifestation ayant eu lieu en journée.

Quoi, des milliers de personnes se sont déplacées et l'évènement n'a droit qu'à deux lignes? Et il faudrait vraiment se surprendre que, pour se faire entendre, des jeunes et des moins jeunes soient parfois tentés d'en mettre un peu plus?

La violence sert rarement les causes qu'elle prétend défendre. En particulier parce qu'elle fait peur alors que, pour l'opinion publique, la forme l'emporte sans appel sur le fond. Et ça, malheureusement, le pouvoir politique qui se réclame de la majorité silencieuse le sait fort bien. Et il est tout à fait capable de s'en servir à son avantage.

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