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02/05/2015 08:07 EDT | Actualisé 02/05/2016 05:12 EDT

Lettre à mon fils

Tu as dû entendre, dans les médias, le premier ministre Couillard dire que son gouvernement travaillait «pour la jeunesse», pour les générations futures. J'aimerais te dire deux ou trois mots sur ce sujet-là.

Salut mon beau Antoine,

C'était il y a quelques jours, un peu après les événements de l'UQAM. Tu as dû entendre, dans les médias, le premier ministre Couillard dire que son gouvernement travaillait «pour la jeunesse», pour les générations futures.

J'aimerais te dire deux ou trois mots sur ce sujet-là, qui revient souvent dans l'actualité, toujours formulé de la même manière: quel genre de province on va léguer à nos enfants, avec cette dette faramineuse qui augmente sans cesse, qui grève le développement du Québec et qui empêche la prospérité qu'on doit, bien évidemment, obtenir avant de partager.

Ben voilà, je voudrais que tu saches qu'en ce qui me concerne, je n'ai pas honte une seule seconde du Québec que je vais te laisser. Notre société est loin d'être parfaite, mais on a su y conserver un minimum de solidarité sociale. Tu jouis d'un système de santé perfectible, mais universel, pour l'instant du moins. D'un système d'éducation qui, grâce aux cégeps en particulier, pourrait faire l'envie de nombreux pays industrialisés. On a des infrastructures dont on oublie soigneusement de comptabiliser la valeur quand on évoque la dette et, parlant de cette dernière, elle est moins importante en proportion du PIB qu'elle ne l'était pendant ma génération...

Antoine, le Parti libéral du Québec, ne travaille pas pour ton bien. Si ce gouvernement était aussi épris d'équité inter-générationnelle qu'il le dit, il serait tout aussi préoccupé de l'équité intra générationnelle et des inégalités qui affectent maintenant la société québécoise. Qu'un politicien soit obsédé par le déficit zéro, c'est une chose; mais quand il fait porter tout le poids de l'exercice sur les épaules des moins nantis, tu peux parier qu'il n'en a rien à foutre, de l'équité. Ce gars-là ne veut pas te laisser un meilleur Québec: il veut seulement y diminuer le rôle de l'État et l'austérité est un beau prétexte. Si t'es riche plus tard, tu en seras plus riche. Et si tu es pauvre plus tard, tu en seras plus pauvre.

Je sais que tu n'as pas beaucoup de temps pour lire des textes politiques. Tu n'as certainement pas eu beaucoup d'occasions de lire qu'il y a, en matière de finances publiques, plein de solutions de rechange, auxquelles un gouvernement féru d'équité sociale aurait pu recourir. Les Québécois n'en entendent pas parler souvent, évidemment, mais elles existent.

Non, vois-tu, si j'éprouve un jour du regret politique, ce sera probablement de ne pas avoir combattu assez fort cette folie furieuse de la recherche du profit tous azimuts, qui structure là-dessus les rapports sociaux en spoliant la planète au passage. À ce chapitre, j'espère sincèrement que ta génération fera mieux que la mienne.

Bonne journée. Je t'aime gros. Viens souper de temps en temps.

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