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23/12/2017 08:00 EST | Actualisé 23/12/2017 08:00 EST

L'envers du décor

J'ai simplement le sentiment, comme beaucoup d'autres, que la générosité ne devrait pas être réduite à une époque de l'année.

AleksandarNakic via Getty Images

Je me rappelle comment, enfant, je comptais les jours, puis les heures, avant Noël. Comment je pouvais passer de longues périodes devant le sapin, à tenter de deviner ce qui était emballé. Déjà, à l'époque, j'étais plus excité par ce que je donnais que par ce que je recevais, mais j'étais en mode attente, il n'y a pas à tortiller. Les lumières, les chansons, les sapins, tout le bataclan m'attiraient. Je ne croyais peut-être pas au Père Noël, mais quelqu'un allait nécessairement m'offrir ce foutu avion où embarquer mes G.I. Joe quand même. J'étais un gamin de Noël.

Aujourd'hui? Un peu moins.

Les lumières, je trouve toujours ça joli. Quand elles ne sont pas posées le 15 octobre, voire plus tôt... Entendre résonner Vive le vent, le 1er novembre, a toutefois le don de me filer le cafard. Chaque fois, je pense à un de mes premiers boulots où il y avait chaque année, au bénéfice des clients, un bonhomme de neige, un Père Noël ou un sapin en plastique, dansant et chantant, qui se déclenchait et se déhanchait chaque fois que quelqu'un passait devant, ce qui ne le mettait en marche que quelques centaines de fois par jour, pendant un mois et demi. Le gagnant du tirage, au party des fêtes, avait le droit d'éclater cette saloperie à coups de pieds. J'étais déjà, à seize ans, moins enthousiasmé par les célébrations de fin d'année, disons...

Les années où j'étais avec des conjointes qui avaient des gamins, j'essayais très fort de me mettre dans l'ambiance, et j'y réussissais parfois, mais être parent, dans le temps de Noël, c'est comme regarder un spectacle de magie en connaissant tous les trucs. Tu peux sans doute saluer le résultat, mais tu sais à quel point le prestidigitateur en a bavé pour arriver là. Tu sais ce que ça a coûté. Tu sais que le Père Noël de centre d'achats, que tu as attendu durant trois heures, rentre chez lui dans Centre-Sud boire sa Molson tablette, après son quart, et que le plus proche du Pôle Nord dont il ait approché, c'est Matane.

Je n'ai rien de Scrooge, je vous promets.

Je n'ai rien de Scrooge, je vous promets. J'ai même failli accepter un poste de lutin du Père Noël, pour dépanner un pote, il y a quelques années. Après tout, j'avais déjà fait l'ours des Pattes d'Ours à la fête des neiges, et je ne pouvais guère descendre plus bas... Jusqu'à ce que je comprenne que l'elfe en question devait porter des collants. Comme le gros du groupe est censé être habillé de rouge, et non de vert, j'ai passé mon tour pour ne pas effrayer les gamins...

J'ai simplement le sentiment, comme beaucoup d'autres, que la générosité ne devrait pas être réduite à une époque de l'année. Que les banques alimentaires ne devraient pas déborder dans le temps de Noël, pour ensuite en arracher durant les onze mois suivants. Que si les enfants sont francs dans leur joie annuelle de retrouver un obèse habillé de fourrure rouge, les parents, eux, sont souvent sur un mode corvée, et même panique, quand vient le temps de s'acquitter de leurs obligations annuelles, les uns envers les autres. Qu'une certaine hypocrisie règne, dans la bonne humeur et les bonnes intentions, parfois un peu forcées. Qu'on se perd dans une habitude d'acheter toujours un peu plus, de dépenser au point que janvier tout entier devient un fardeau à porter, quand arrive le compte de la carte de crédit. Sans parler du désir de nos rejetons d'obtenir toujours plus.

Un casse-tête, un ballon de foot ou des figurines me rendaient heureux pour des semaines. Aujourd'hui, c'est un drone ou une tablette de plusieurs centaines de dollars qu'attendent certains, sous le sapin. Je ne juge en rien les parents qui peuvent se permettre de les offrir, mais ça rend la période des fêtes difficile, pour des tas d'autres, de ne pouvoir satisfaire aux rêves de leur progéniture. Les mieux élevés comprennent, et n'en font pas de cas, mais c'est difficile de contrôler un désir, quand tu as neuf ans...

Chaque Noël, ça me fout le moral par terre de penser qu'il y a des milliers de personnes qui sont seules. Demandez autour de vous ce que prévoit votre entourage pour les fêtes, et vous pourriez être très surpris des réponses. On s'imagine toujours que tout le monde a des partys mur à mur, entre le 21 décembre et le 2 janvier, mais pour nombre de gens qui n'ont pas la chance d'avoir de famille, c'est la solitude, d'autant plus pénible qu'on sait très bien qu'autour, tous se réunissent. Cette année, pourquoi ne pas offrir un cadeau de moins, et prévoir une assiette de plus, pour un proche ou une connaissance que vous n'auriez pas nécessairement pensé à inviter?

Si votre enfant a déjà soixante-quatre cadeaux sous le sapin, pourquoi ne pas acheter le prochain pour un gamin coincé dans un hôpital?

Si votre enfant a déjà soixante-quatre cadeaux sous le sapin, pourquoi ne pas acheter le prochain pour un gamin coincé dans un hôpital? Ste-Justine ne se vide pas de ses bénéficiaires parce que c'est Noël, vous savez? Et si je sais exactement ce que c'est que de passer Noël dans un hôpital, pour y avoir longtemps travaillé, je ne peux même pas imaginer ce que ça peut être, quand on a six ans.

Idem pour les banques alimentaires. Je salue la générosité de tous ceux qui donnent, chaque année, pour permettre à des familles défavorisées de s'offrir au moins un repas décent en décembre, mais pourquoi ne pas en acheter un peu plus, et le leur offrir en février, quand leurs réserves sont à sec?

Parce qu'on peut ou non être dans l'esprit des fêtes, aimer les lumières et les sapins, et se sentir généreux un 23 décembre, mais nous sommes humains à l'année.

Prière de ne pas l'oublier.

Pour consulter le blogue de Jean-Michel David: jeanmicheldavid35.wordpress.com

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