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Cinéma de genre québécois: 2 millions à la mer?

Le Québec nous offre vendredi un film de genre bénéficiant d'un budget confortable (près de 2 millions de dollars): «Le Scaphandrier». Malheureusement, le visionnement de ce film ne nous laisse pas longtemps d'illusions.

Québec et cinéma fantastique ne font pas forcément bon ménage... À force de se l'entendre répéter, on va finir par le croire. Pour m'en assurer, je me suis tourné vers mon collègue Charles-Henri Ramond, responsable du site internet de référence Films du Québec. Depuis les Frissons cronenbergiens en 1975 (n'oublions pas que le maître a réalisé quelques films québécois comme Shivers, Rabid ou The Brood), sa précieuse base de données comptabilise à peine plus de 20 films fantastiques ayant fait l'objet d'une sortie en salle (nous donnons un sens très large au terme fantastique en regroupant sous cette appellation tous les films appartenant à la Sainte Trinité fantastique / horreur / SF...). Certes, le Québec nous a fourni de bons films de genre (en dehors des Cronenberg, le film le plus souvent cité est probablement La peau blanche de Daniel Roby... mais on pourrait facilement ajouter une demi-douzaine de films dignes de mention!), mais nous devons reconnaître que ce nombre est tout de même assez faible.

Toutefois, l'année 2013 fut exceptionnelle: dans une même édition de Fantasia, le cinéma de genre québécois nous offrit deux films autoproduits, mais tous les deux d'une grande qualité: un film hommage au slasher riche en humour (Discopathe de Renaud Gauthier, qui connut par la suite une sortie en salle limitée) et un excellent film gore et cérébral (Thanatomorphose d'Éric Falardeau, qui dû se contenter d'une sortie directe en DVD).

Cette petite éclaircie avait de quoi réjouir... De plus, même si l'année 2014 a été plus calme (Les Jaunes et Dys-, tous les deux réalisés avec conviction et présentés à Fantasia, faisaient bien pâle figure à côté des deux films précédemment cités), ce début d'année 2015 semblait prometteur.

En effet, le Québec nous offre vendredi un film de genre bénéficiant d'un budget confortable (près de 2 millions de dollars): Le Scaphandrier.

Malheureusement, le visionnement de ce film ne nous laisse pas longtemps d'illusions. Certes, le budget a permis au réalisateur Alain Vézina de s'appuyer sur une direction artistique solide (et des maquillages de zombies plutôt réussis), mais c'est à peu près tout!

Malheureusement, les faiblesses sont nombreuses, à commencer par un scénario bâclé, des acteurs mal dirigés (il faut dire qu'avec de tels dialogues, ils partaient avec un sérieux handicap!), des personnages insignifiants et des situations caricaturales (à moins que ça ne soit l'inverse). Si Vézina avait voulu faire une parodie, il aurait pu assumer certains de ces choix, mais le souhaitait-il vraiment? De plus, jouer sur l'humour n'autorise pas n'importe quoi. À ce sujet, je ne peux que conseiller de (re)voir Discopathe, qui permet de constater que faire un film très amusant ne doit empêcher la rigueur ni dans l'écriture ni dans la mise en scène. À ce titre, le travail de Renaud Gauthier est exemplaire.

Mais Le Scaphandrier voulait-il jouer la carte de l'humour? Après avoir vu le film, nous ne le savons même pas. Voulait-il être un hommage au genre? Je n'espère pas, car il lui nuit plutôt.

Alors, totalement inutile, ce Scaphandrier? Contrairement à ce que laisse supposer le titre de cet article, les deux millions de budget n'ont pas été complètement jetés à la mer: ils auront au moins permis de faire travailler des acteurs et des techniciens en échange d'un vrai salaire (du moins nous l'espérons), ce qui n'est pas toujours le cas lorsqu'il s'agit d'autoproductions. C'est déjà ça!

Il est juste regrettable que cet argent ne soit pas mis au service d'un film de qualité. Cela est d'autant plus nuisible au genre que Le Scaphandrier risque d'apporter un peu plus d'eau au moulin des grincheux qui méprisent le fantastique. Devant un tel naufrage, ils risquent de s'en donner à cœur joie! Pour les faire patienter avant la sortie en salle du prochain film de genre québécois de qualité, nous n'avons plus qu'à leur conseiller de se tourner vers des films qu'ils n'ont peut-être pas vus: Discopathe et Thanatomorphose sont disponibles en DVD, et croyez-moi, ils valent le détour!

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