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15/02/2014 06:17 EST | Actualisé 09/03/2017 05:14 EST

Les religions, ou de l'humain travesti en divin

Très modeste contribution à la Charte des valeurs...

«Il n'est possible de croire qu'à ce qu'on ne comprend pas.»

Clément Rosset, Le Principe de cruauté (1988)

Or : «C’est de la négligence (negligentiae) que de ne pas connaître ce que nous croyons.»

Anselme de Cantorbéry, Proslogion (1078)

À l'instar des hommes, qui sont, comme chacun sait, des femmes comme les autres, les religions sont des idéologies comme toutes les autres. Ce qui au demeurant ne constitue ni un défaut, ou une carence rédhibitoire, ni une qualité au sens second du terme.

Et chacun peut adhérer, et de bonne foi si je puis dire, à l'une ou l'autre de ces idéologies (il en existe d'innombrables au sein de l'Humanité, qui se font et se défont au fil des siècles et des millénaires, voire des modes et des saisons: il n'y a pas en icelle - tant s'en faut - seulement les trois monothéismes de source abrahamique: l'islam, le christianisme et le judaïsme).

C'est tout de même étonnant, convenons-en d'emblée. À savoir...

Les hommes s'inventent des dieux (l'existence de ceux-ci n'aura jamais été démontrée), ils leur mettent ensuite des mots en bouche (la bible, le coran, le tanakh, la bhagavad gita...), pour enfin se soumettre corps et âme (et idéalement, de l'Inquisition catholique de jadis aux intégrismes islamiste et/ou chrétien et/ou hindouiste et/ou judaïque de notre temps, soumettre les «infidèles» aussi, voire surtout...) aux diktats émanant de ces textes.

C'est ainsi - ô Miracle! - que le créé de toute pièce devient Créateur.

Aussi nommé, en toute rigueur, Idole. Mais appelons-la Odile, pour ne pas donner dans la ségrégation (et ainsi ménager les sensibilités) parmi les non moins innombrables noms qui lui sont assignés selon les époques, les territoires et les communautés concernés.

Mais là où le bât blesse sérieusement (car enfin, tout un chacun peut émettre une Hypothèse et s'y soumettre totalement, si ça lui chante), c'est que cette Hypothèse (on y croit ou on n'y croit pas, faute de la vérifier: tel un fer en bois) se métamorphose rapidement en Absolu dans la plupart des cas, sinon tous, pour les fidèles subsumés.

Sophisme monumental.

En outre, et ce n'est pas la moindre de ses déficiences, un Absolu c'est par définition indiscutable. C'est-à-dire: non contestable. Ou non réfutable, en termes scientifiques.

Tout le contraire - mais radicalement le contraire - de l'esprit de la Démocratie.

Dans laquelle les hommes sont «condamnés» (une forme d'Enfer? Pensons au mot de Churchill), par le langage (expression, écoute, discussion, débat puis décision, provisoire en permanence), à polir leurs différends (par police moins que par polissage en l'occasion) afin de constituer des cités viables. C'est-à-dire dans lesquelles ces différends se révèlent, à terme, compatibles dans le respect par tout un chacun de tout un chacun.

Héraklésien labeur de Sisyphe.

Car il s'agit, on le sait, d'un travail perpétuel. Pénélopien. Jamais achevé. À remettre sans relâche sur le métier.

(Ah! ce serait tellement plus simple - via un dieu, une folle idée ou un psychopathe, peu importe - la Dictature!)

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Coda. Le religieux, cela dit en tout respect sincère des croyances, n'a, de près ou de loin, rien à faire au voisinage de l'État. Car si l'hypothèse Dieu ne «voile» rien d'imbécile ou de ridicule en soi *, la «conversion» d'une présomption mentale en Être réel - et absolu qui plus est - relève quant à elle, stricto sensu, de la psychose. Individuelle ou collective.

L'Absolu dans le Politique (de quelque idéologie qu'il puisse participer: du sang aryen à l'«homme nouveau» manière Pol Pot, en passant par le jihad ou la monarchie de droit... divin), c'est la Guerre. Entre les fidèles et les infidèles.

Tôt ou tard. Invariablement.

Aussi, je vous en prie, couvrez ce saint que je ne saurais voir.

* De Spinoza à Einstein, de puissants esprits en témoignent. Au reste, j'incline fort à penser, pour ma part, avec Georg W.F. Hegel, que loin d'être un à-côté de l'homme, ou même un «au-dessus», voire un «en-dessous», que «Dieu est seulement dans l'esprit, et non pas au-delà: il est ce que l'individu a de plus propre (Gott ist nur im Geiste, nicht jenseits, sondern das Eigenste des Individuums)». Autrement dit: «C'est la conscience de soi de Dieu qui se sait dans le savoir de l'homme (Es ist Gottes Selbst bewußtsein, welches sich in dem Wissen des Menschen weiß)». C'est peut-être Jacques Brel, à la fin, qui a raison: «L'homme est Dieu, mais il ne le sait pas encore.» Mais cela entendu, telle une logophonie, l'osera-t il jamais - cet homme - cette connaissance?

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