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11/04/2017 09:18 EDT | Actualisé 19/04/2017 03:27 EDT

Semaine sainte

En cette période de l'année où le printemps jaillit, arrive aussi la Semaine sainte. Si vous n'aimez pas l'expression «Semaine sainte», parce qu'elle renvoie à une Église dont on s'est détournée (avec raison), parlez alors de «Semaine du Don».

Je suis un adepte inconditionnel du cinéma de Bernard Émond. Principalement, de sa Trilogie des vertus théologales : La Neuvaine (la foi), Contre toute espérance (l'espérance) et La Donation (la charité). Bernard Émonde se dit agnostique apophatique. Pourtant, il retrouve dans la religion catholique de nos ancêtres des vertus inestimables. D'où ses films à contenu religieux.

Se disant non-croyant, mais «conservateur de gauche», le cinéaste déterre des valeurs chrétiennes que notre modernité laïque a malheureusement fait disparaître de la circulation par son souci désolant de «pluralisme». La Trilogie d'Émond veut rappeler aux Québécois, quel que soit par ailleurs leurs croyances religieuses, leur identité en faisant remonter à la mémoire les trésors de leur propre tradition religieuse qu'ils ne doivent pas sacrifier en proclamant des valeurs soi-disant universelles et abstraites inscrites dans la (défunte) «charte des valeurs québécoises». Dans le débat actuel sur la laïcité, la Trilogie permet de ne pas céder à la tentation funeste d'endosser une éthique de la règle en privilégiant plutôt une éthique de la vertu où la foi, l'espérance et la charité apparaissent au sommet.

La Trilogie d'Émond propose donc une éthique autre que celle des «droits de la personne», impersonnels et abstraits. Ces droits sont abstraits au sens où ils ne s'adressent à personne et à n'importe qui. Ils sont l'expression du plus pur rationalisme du Siècle des Lumières, le dix-huitième siècle, siècle de la Raison avec un grand «R». Au départ, ces droits voulaient protéger les gens contre les pouvoirs déshumanisants, le pouvoir monarchique en particulier. Aujourd'hui, ces droits sont devenus des tickets de passage justifiant à peu près n'importe quoi. L'État, surtout au Québec, devient le pourvoyeur des conditions d'exercice des droits. Le droit à l'éducation, par exemple, s'est transformé en 2012 en une réclamation à la gratuité scolaire. La responsabilité de ma vie, de mes projets, de mes études: connais pas! C'est l'Autre qui en est responsable, l'État.

La foi, l'espérance et la charité sont des vertus proprement chrétiennes. Or, aujourd'hui, la foi n'est plus que l'ombre d'elle-même; elle n'est plus qu'une simple croyance. On oublie qu'elle est étroitement liée à cette autre vertu qu'est la fidélité. Or, aujourd'hui, à qui pourrions-nous être fidèles sinon à nous-mêmes? Nous avons rejeté Dieu, l'Église et les traditions. Il ne reste plus que nous-mêmes et notre sacro-sainte liberté. D'ailleurs, le récent droit de mourir dans la dignité nous donne le pouvoir d'esquiver la mort. Jean-Paul Sartre serait on ne peut heureux de savoir qu'ici au Québec nous disposons maintenant de la liberté de mettre un terme à notre liberté. Ô misère!

Un François Mauriac serait on ne peut plus troublé de cet état de fait légal. Comme il l'écrit dans Ce que je crois (1962): «La foi est une vertu théologale... Qui dit vertu, dit aussi usage de la volonté, et usage méritant, usage difficile.» Pour bon nombre d'entre nous aujourd'hui, la foi n'est plus qu'une lubie, une sottise, une sorte d'arnaque. La foi rime avec crédulité. Aristote, le père de l'éthique des vertus, enseigne que la vertu est le juste milieu entre deux vices. Ainsi, la foi est le juste milieu entre la crédulité et le scepticisme tout azimut. La Foi est un faire-confiance. Elle porte en elle l'Espérance. L'Espérance attend le Don (la charité; latin caritas; grec, agapè).

Si vous n'aimez pas l'expression «Semaine sainte», parce qu'elle renvoie à une Église dont on s'est détournée (avec raison), parlez alors de «Semaine du Don».

En cette période de l'année où le printemps jaillit, arrive aussi la Semaine sainte. Si vous n'aimez pas l'expression «Semaine sainte», parce qu'elle renvoie à une Église dont on s'est détournée (avec raison), parlez alors de «Semaine du Don». Le Don de Dieu. Dieu est don pur. Je préfère même le mot «Don» à celui de «Dieu». Il est plus signifiant. Mais les choses étant ce qu'elles sont, il faut s'en accommoder.

Donc, cette fameuse Semaine sainte est du Don par excellence. Dieu, fait homme, prend sur lui nos misères, nos blessures, nos peines, nos échecs. Nos croix, en somme. Il a le pouvoir de transfigurer tout cela en quelque chose de meilleur, de plus grand, de bien, de libérateur. Si vous aimez comme moi la liberté, la Semaine du Don est pour vous.

T'as été blessé, calomnié, piétiné, écrasé, écorché? T'es dès lors déprimé, découragé, désespéré? Fais donc confiance à «Don»! Il va transformer tout cela en résurrection, en renaissance. Il va te libérer; tu vas pouvoir repartir à zéro, comme si rien ne fut arrivé. Tu vas sortir de ton tombeau comme Lazare. Tu vas même bénir le mal que t'as subi et qui t'a fait tant souffrir. Tu vas exulter, tu vas jubiler de joie! Et tu vas rendre grâce!

C'est ce que je te souhaite à Pâques!

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