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13/03/2017 09:43 EDT | Actualisé 13/03/2017 09:43 EDT

La vraie religion

Un dialogue, digne de ce nom, ne doit pas être à sens unique. La communauté musulmane doit également de son côté montrer des signes qu'elle est sensible aux inquiétudes légitimes des Québec à l'égard des immigrants musulmans.

Pour Daniel Baril, le récent essai de François Doyon, Les philosophes québécois et leur défense des religions, constitue une sorte de cadeau tombé du ciel. Dans une recension, Baril, bien connu pour son athéisme et son militantisme humanisme anti-religion, se délecte des flèches que le jeune professeur de philosophie au cégep Saint-Jérôme décoche contre quatre grandes têtes d'affiche en philosophie au Québec (Michel Seymour, Georges Leroux, Jean Grondin et Charles Taylor) quant à leur position « libérale » vis-à-vis de la religion, l'islam en particulier. Ces philosophes prêchent la tolérance vis-à-vis l'islam. S'ils défendent l'islam, ils rejettent ses dérives, à savoir l'intégrisme islamique. Doyon n'est pas d'accord puisque le djihadisme n'est pas qu'une simple excroissance gangrénée pouvant être isolée et coupée du reste de l'islam qui, elle, demeurerait saine, pure et sans tache.

Je souscris à la position de mon collègue Doyon. Contrairement à l'Église catholique, l'islam n'a pas été confronté au siècle des Lumières. L'Église catholique a su prendre le détour de la modernité. Les bonnes sœurs ainsi que les bons frères ont quitté leurs habits noirs avec leurs cornettes. Mieux, avec Vatican II, elles et ils ont su adapter l'Évangile à un monde nouveau réclamant en priorité la liberté. L'islam, de son côté, doit entreprendre un long périple si elle veut assurer le vivre-ensemble dans nos sociétés démocratiques et libérales.

La balle est dans le camp de la communauté musulmane.

La balle est dans le camp de la communauté musulmane. Les funérailles publiques célébrées, selon le rite musulman, des six personnes tuées à la Mosquée de Québec le 29 janvier dernier, constituent un signe sans précédent de main tendue par les autorités politiques à la communauté musulmane du Québec.

Beaucoup ont critiqué le premier ministre Couillard, de même que les maires de Québec et de Montréal, de s'écraser littéralement devant l'« envahisseur » détesté. Lorsque Charles Taylor fit savoir qu'il ne souscrivait plus aux propositions de son propre rapport de la commission Bouchard-Taylor, beaucoup se sont indignés. Un net recul, jugea-t-on. Peut-être. Pour ma part, je crois qu'il s'agit d'un autre signe envoyé à la communauté musulmane que le Québec désire entretenir le dialogue avec la communauté musulmane. Encore une fois, il est clair que la balle est désormais dans le camp de la communauté musulmane.

Un dialogue, digne de ce nom, ne doit pas être à sens unique. La communauté musulmane doit également de son côté montrer des signes qu'elle est sensible aux inquiétudes légitimes des Québec à l'égard des immigrants musulmans. Il leur est demandé, en somme, de resserrer leur rang. De condamner publiquement, les attentats islamistes barbares, et de redire ad nauseam, s'il le faut, que l'intégrisme islamiste n'est pas l'islam. Il faut, en d'autres termes, que la communauté musulmane se mobilise et soit du côté des Québécois dans la lutte contre ceux qui prennent Dieu en otage.

Surtout, la communauté musulmane doit revoir de fond en comble ses principes et son enseignement afin de l'adapter à nos sociétés démocratiques. L'Église catholique, je le répète, l'a fait. Certes, nos églises sont aujourd'hui désaffectées, mais cela ne signifie pas la mort de l'Église, loin de là; certainement, toutefois, il s'agit de la mort d'une certaine forme dégénérée de catholicisme. Le catholicisme triomphant du temps de Duplessis est (heureusement !) derrière nous. L'exemple du Pape François, en train de transformer en profondeur l'Église romaine, constitue pour nous les catholiques, une source d'espérance de renaissance.

Une question sérieuse se pose : nous, catholiques, pensons avec raison détenir la vraie religion, pourquoi ne pas simplement combattre l'islam, qu'elle meurt de sa belle mort ? La réponse est que la religion catholique en est une dont l'amour du prochain est central. Précisons que lorsque je parle ici d'amour, il s'agit d'agapè, mot grec que les Latins traduiront par caritas, de sorte que le français charité suivra. L'agapè-charité-amour constitue la plus haute vertu théologale chrétienne.

Notre devoir comme chrétien est donc d'être agapè-charité-amour. Voilà la vérité première et fondamentale. Oui, il faut pratiquer agapè-charité-amour, et il ne faut pas le dissimuler ou mettre cette vérité sous le boisseau sous le prétexte de respect pour l'autre, le non-chrétien. Le chrétien a le devoir, par charité pour le non-chrétien ou le non-croyant, de proclamer qu'il faut nous aimer les uns les autres. En d'autres termes, la charité, c'est-à-dire la vérité, me commande de te dire la vérité, à savoir qu'il faut nous aimer, non pour te condamner, mais pour nous unir.

On attribue à Voltaire ce mot bien libéral : « Je ne suis pas du tout d'accord avec ce que vous dites; mais je mettrai ma vie en péril pour que vous puissiez l'exprimer. » À mon avis, tous les philosophes québécois analysés dans l'essai de Doyon souscrivent à ce principe fondamental libéral. Ce principe en appelle la vertu de tolérance. Or, la tolérance n'est pas la charité, et puisque la charité est vérité, la tolérance n'est pas la vérité. La tolérance n'est qu'un simulacre de vérité. Elle ne cherche pas à unir, à rassembler, parce qu'elle n'est pas agapè-charité-amour. Saint Paul avait raison : « Supposons que je parle les langues des hommes et même celles des anges; si je n'ai pas d'amour [agapè], je ne suis rien de plus qu'un métal qui résonne ou qu'une cymbale bruyante. » (1 Corinthiens 13 1)

Le chrétien n'est pas pour le pluralisme que soutient Georges Leroux. La foi chrétienne est moniste. Nous croyons en l'existence d'une seule vérité, celle de l'amour-charité, car « Dieu est amour [agapè] » (1 Jean 4 8). Le pluralisme nie l'existence d'une seule vérité et unique vérité. C'est la philosophie libérale par excellence. La vérité n'y ait pas, c'est pourquoi elle est fausse.

À l'âge de 36 ans, Augustin de Thagaste, aujourd'hui Souk Ahras en Algérie, rédige en 390 après J.-C, un petit opuscule, De vera religione, La vraie religion. Celui qui deviendra saint Augustin est obsédé, comme tout philosophe, par la vérité. Au chapitre 39, il écrit : « La vérité ne se découvre pas par le raisonnement; c'est elle-même, la vérité, qui se découvre à la raison. » Diderot, ce philosophe des Lumières, écrira de son côté : « On doit exiger de moi que je cherche la vérité, mais non que je la trouve. » Un monde inouï sépare ces deux penseurs. C'est celui entre le monisme et le pluralisme. Au fait, Daniel Baril est-il moniste ou pluraliste ?

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