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21/07/2016 10:05 EDT | Actualisé 21/07/2016 10:05 EDT

Nice: sagacité nécessaire

Dans sa chronique du Journal de Montréal au lendemain des tristes événements survenus à Nice, Mathieu Bock-Côté soutient que l'attentat commis par le tueur à la camionnette est sensé en ce qu'il s'inscrit dans le but précis de détruire l'Occident.

Dans sa chronique du Journal de Montréal au lendemain des tristes événements survenus à Nice, Mathieu Bock-Côté soutient que l'attentat commis par le tueur à la camionnette est sensé en ce qu'il s'inscrit dans le but précis de détruire l'Occident. Le chroniqueur réplique ainsi à la plupart des dirigeants occidentaux, dont Justin Trudeau, lequel qualifiait ces gestes d'«insensés».

Le premier ministre du Canada voulait sans doute dire que l'attentat, ainsi que les précédents survenus notamment en France, sont déraisonnables. Il est en effet contraire à la raison que des personnes, hommes, femmes, enfants, parfaitement innocentes, soient tuées de la sorte pour des motifs arbitraires et somme toute ridicules.

Supposons ainsi que des personnes ayant le malheur d'avoir six doigts au lieu de cinq deviennent les victimes ciblées de ceux qui en possèdent cinq. Même les disciples de l'État islamique considéreraient qu'il s'agirait là d'une mesure parfaitement déraisonnable, si jamais ils avaient la disgrâce, eux, comme leurs femmes et leurs enfants, d'avoir six doigts.

Je suis donc d'avis que notre premier ministre avait tout à fait raison que les attentats terroristes de Nice et d'ailleurs sont insensés. Dire cela, c'est rappeler, entre autres choses, que nous partageons une humanité commune, occidentaux tout autant que les islamistes radicaux. La vie des humains est importante, voire sacrée, de sorte que, sous aucun prétexte arbitraire, nous devons chercher à y porter atteinte.

On me répliquera qu'il s'agit là d'un principe moral bien abstrait qui, dans le cours de la vie pratique, est constamment bafoué. J'en conviens. Je conviens aussi qu'il est tout aussi vain de vouloir faire entendre raison à ceux qui, au nom de croyances loufoques et arbitraires, font régner la terreur. Socrate croyait que le mal découle de l'ignorance, de sorte que le commencement de la sagesse résidait, selon le maître athénien, dans la recherche rationnelle du bien: celui qui sait ne fait pas le mal.

Rares furent de l'avis de Socrate. Bon nombre de fumeurs savent que la cigarette est nocive pour la santé, mais ils continuent tout de même à fumer. Quel paradoxe! Aristote, le premier, soutenait que le bien consistait dans l'acquisition de bonnes habitudes, les vertus. L'une d'elle, qu'il plaçait au sommet de toutes, est la sagacité (phronènis).

Supposons quelqu'un tirant sur des mouches à l'aide d'un révolver afin de les chasser. C'est parfaitement déraisonnable! Aristote dirait que la personne en question manque de sagacité. L'usage d'un tue-mouche dans ce contexte constitue une manifestation de sagacité.

Les disciples de l'État islamique souhaitent éradiquer l'Occident en commettant des attentats afin de répandre la terreur. Leur stratégie n'est pas la plus sagace qui soit. C'est celle de la mouche. Un chasseur d'éléphants souhaite abattre un pachyderme. Il souhaite qu'une mouche s'insère dans l'oreille du pachyderme. À bout de rage, le chasseur espère que l'éléphant puisse se jeter du haut d'une falaise.

Le groupe État islamique fait la chasse aux Occidentaux et procède de manière aussi peu sagace. L'organisation djihadiste souhaite que les Occidentaux, en désespoir de cause, se tirent eux-mêmes dans le pied. C'est la sombre espérance du terrorisme.

De l'autre côté, il y a les faucons qui, exaspérés justement, appellent de leurs vœux la guerre totale contre l'islam radical. Nicolas Sarkozy déclarait en effet dans le Figaro au lendemain des attentats niçois: «On est dans une guerre totale. Ce sera eux ou ce sera nous.» Pour ce faucon, la guerre paraît être la seule solution. Or, la guerre n'est pas la solution au problème, car ce serait se jeter du haut de la falaise, faisant ainsi le jeu de l'EI. Il faut être plus sagace, plus rusé dirais-je, que l'EI. Comment?

Je fais appel à l'Évangile, à celui de Jean qui offre cette Parole de Jésus: « Sans moi, vous ne pouvez rien faire.» (Jn 15 5). Admettons volontiers que nous sommes coincés dans une situation bien délicate. Avant de poser un geste irréparable, nous n'avons pas le choix de faire confiance à Dieu, à l'Esprit saint, afin qu'il nous guide et oriente notre action.

Voici une histoire fictive comparable à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Un homme est incarcéré. Il ne sait pas pourquoi il est détenu, et cherche désespérément ce qui a bien pu le conduire là où il est. Il trouve une lettre. Elle est signée par un ami qui souhaite demeurer anonyme. Cet ami lui dit d'entrer en contact avec lui qui lui promet de l'aide s'il répond. La lettre peut, bien sûr, avoir été rédigée par un directeur de prison facétieux et sadique. Pour notre prisonnier, toutefois, il n'y a rien d'insensé à y ajouter foi, même s'il ne dispose d'aucun indice ou de preuve de l'existence réelle d'un tel ami anonyme prêt à l'aider. Donc, puisqu'aucun indice ne lui assure que la lettre est véridique, la raison lui dicte qu'il ne devrait pas tenir compte de cette étrange lettre et qu'elle n'est qu'un canular. Il devrait plutôt la déchirer et attendre stoïquement son sort quel qu'il soit. S'il ne le fait pas, c'est un lâche, parce qu'il se laisse berner par son ardent désir de s'enfuir - lequel désir n'est que l'expression de sa liberté. Mais si la raison lui dicte de détruire la lettre, la liberté lui dicte le contraire. Le désir de vivre du prisonnier est en effet si fort qu'il est constitutif de son désir d'être libre. Or, dans le cachot, il ne vit pas et n'est pas libre. L'amour de la vie, donc, commande de croire à cet ami qui lui promet de l'aider. C'est la sagacité qui parle. La sagacité appelle la foi, la confiance que l'ami en question existe et que sa promesse tient bon.

Le prisonnier - on l'aura deviné - c'est nous-mêmes, chacun et chacune d'entre nous. L'Ami, c'est Dieu en la personne de Jésus-Christ, mort pour nous sauver. Tous nous convenons que nous désirons ardemment vivre et nous épanouir librement. Nous cherchons donc à tout prix à entrer en contact avec celui qui se dit être notre Ami. La sagacité opte donc pour le chemin de la liberté, qui est celui de la foi. Nous croyons en particulier à la Parole suivant laquelle la «vérité rend libres» (Jean 8 31), et nous comptons sur la promesse qui nous est faite.

Les irréductibles, toutefois, nous traiteront de lâches. Nous nous appuyons, selon eux, sur un ami imaginaire. Aussi, aucun secours n'est à espérer de ce soi-disant Ami. Il faudrait regarder les choses en face: ou bien rester en prison et assumer notre sort, ou bien chercher par nos propres moyens à s'évader. Ce sont les va-t-en-guerre contre le groupe État islamique. Comme dit Sarkozy, ce sont eux ou nous. L'évangéliste dit de son côté: «Sans moi, vous ne pouvez rien.». Pour sa part, le prophète Isaïe disait déjà: «Seigneur, tu nous assureras la paix, car même ce que nous entreprenons, c'est toi qui l'accomplis pour nous.» (Isaïe 26 12)

Alors, faites vos jeux!

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