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26/01/2016 03:28 EST | Actualisé 26/01/2017 05:12 EST

La politique: théâtre ou pédagogie?

Selon un article de La Presse, Air Transat avait une filiale à la Barbade. Toutefois, aurait dit François Legault, «Ce n'était pas pour faire de l'évitement fiscal. C'était une façon de déduire certaines dépenses qui avaient été faites en France. Ce n'était pas pour payer moins ou pas d'impôt.»

La question des paradis fiscaux a gagné en visibilité depuis quelques mois, notamment à la suite de la production de l'important documentaire «Le prix à payer».

L'émission Enquête, de Radio-Canada, a aussi récemment contribué à sa façon à faire progresser l'énervement entourant cette question lorsqu'elle s'est penchée sur les activités que des sociétés contrôlées par monsieur Péladeau auraient pu avoir dans des pays qui ne sont pas reconnus pour la décence de leurs régimes fiscaux.

Comme il fallait s'y attendre, bien des questions sont donc posées ces jours-ci pendant que la vague passe. On apprend par exemple dans un article de La Presse que monsieur Legault s'est fait demander si Air Transat avait elle aussi fait affaire dans de tels pays. Selon cet article, la société avait une filiale à la Barbade. Toutefois, aurait dit François Legault, «Ce n'était pas pour faire de l'évitement fiscal. C'était une façon de déduire certaines dépenses qui avaient été faites en France. Ce n'était pas pour payer moins ou pas d'impôt.»

Cette réponse, si la citation est exacte, est profondément absurde.

Déduire des dépenses, c'est quelque chose que l'on fait pour précisément réduire les impôts qu'on devra payer. Ainsi, à moins qu'Air Transat n'ait eu d'autres motifs pour «faire des déductions», auquel cas des explications pourraient être très utiles, dire «Je voulais déduire mais ce n'était pas pour payer moins d'impôt» n'est ni plus ni moins que de prendre les gens pour des valises. C'est faire du théâtre. Or, lorsque les politiciens deviennent acteurs, c'est l'ensemble de la société qui perd.

Monsieur Legault, si Air Transat n'a rien à se reprocher et s'il souhaite préserver un peu de la qualité déjà bien menacée de la vie politique québécoise, aurait du avoir une réponse simple du type: «Air Transat a toujours opéré conformément aux normes qui prévalent dans son industrie, remis tous les rapports demandés aux autorités fiscales et n'a jamais été l'objet de démarches relativement à cela.»

En effet, fournir des réponses qui ne sont pas que du vent devrait être la priorité des politiciens et, bien qu'on pourrait finir par croire le contraire, il y a encore une différence entre la vulgarisation et la démagogie. Aussi, malgré que cette dernière semble avoir la cote auprès d'un bon nombre de politiciens, il ne faudrait surtout pas abandonner l'espoir et tomber dans le discours selon lequel faire mieux serait impossible parce que «c'est trop compliqué» ou parce que la réalité des médias de masse ne permet pas de transmettre des messages plus raffinés.

En bref, il faut opposer au cynisme l'optimisme et l'espoir qu'il est possible de faire mieux.

Bernie Sanders, candidat à l'investiture démocrate chez nos voisins du sud écrit ce qui suit dans un livre bien rafraîchissant.

«It has long been my view that one of the important roles of a congressional office is citizen education - bringing in some of the most knowledgeable people in the country to discuss issues that they are concerned with.»1

S'il partageait cette conviction, monsieur Legault, ancien ministre de l'éducation faut-il souligner, aurait pu profiter de l'opportunité qui lui était présentée pour rehausser le niveau des débats. Il aurait pu souligner le fait que toutes les déductions ne sont pas signe de fraude, que la question de l'évasion fiscale en est une d'une extrême complexité ou encore que, tout particulièrement dans un contexte d'entreprise faisant face à une compétition mondiale, il n'est pas toujours possible de trouver une solution uniquement avec des mesures locales.

Ce faisant, monsieur Legault aurait choisi de jouer l'important rôle de pédagogue qui, s'il était valorisé par davantage de politiciens, encouragerait les citoyens à reprendre un rôle actif dans le processus politique. Nous y gagnerions tous.

Il a cependant opté, comme il n'est pas rare de voir ses homologues le faire, pour le vulgaire théâtre.

Quelle déception...

1. Je suis depuis longtemps convaincu qu'un des rôles importants du bureau d'un élu est l'éducation des citoyens; impliquer des gens parmi les plus au fait des dossiers pour discuter avec eux de ce qui les préoccupe. (Traduction libre)

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