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25/04/2016 10:00 EDT | Actualisé 26/04/2017 05:12 EDT

Prof, un métier dangereux!

De nombreux profs du primaire et du secondaire sont fréquemment victimes de menaces verbales et physiques, de propos humiliants, d'impolitesse, de bousculades.

Dans moins de deux mois, les bancs d'école seront vides, les cours de récréation désertes. Plus d'un million de jeunes des écoles primaires et secondaires quitteront leur établissement scolaire avec joie, vous en conviendrez aisément. Mais que dire des profs évoluant dans notre système scolaire de plus en plus à la dérive, à la remorque de tant de bouleversements?

Le couperet de l'austérité des deux dernières années a fait mal, très mal, à ceux et celles qui portent à bout de bras l'avenir de nos enfants, du Québec même. Il faut avoir mis les pieds dans une classe du primaire ou du secondaire pour saisir avec acuité les défis quotidiens des enseignants.

Il faut l'avouer, honnêtement, ils n'ont pas la vie facile et la valorisation de leur profession n'est malheureusement pas toujours au rendez-vous.

À bout de souffle parfois, nombre d'enseignants s'interrogent avec pertinence sur leur rôle dans ce système devenu un vaste labyrinthe ; ils éprouvent des difficultés à maintenir la cadence et à affronter les défis inhérents à leur engagement envers des cohortes de jeunes qui ne cessent de les bousculer dans leur manière d'être et de faire. Pas facile d'enseigner dans une école souvent bureaucratisée à outrance, multipliant les réformes caduques, accusant un score de décrochage scolaire honteux pour une société à la fine pointe de la modernité. Décidément, cette école pose question à bon nombre d'observateurs qui ne savent plus quelle trouvaille mettre en place pour redynamiser, retaper cette institution en mal de renaissance.

Les révélations troublantes sur la violence extrême à l'école, publiées dans les éditions du Journal de Montréal des 16 et 17 avril, laissent froid dans le dos. Une tendance croissante, lourde et symptomatique d'une société quelque peu déboussolée.

Imaginez : de nombreux profs du primaire et du secondaire sont fréquemment victimes de menaces verbales et physiques, de propos humiliants, d'impolitesse, de bousculades. Les chiffres sont probants et renversants : 73,7 % des membres du personnel au primaire affirment être la cible au moins une fois par année scolaire d'impolitesses ou d'insultes de la part d'élèves ; 12, 2 % sont victimes de bousculades et de coups ; 11,9 % de menaces sérieuses.

Rien de mieux à l'école secondaire, puisque 66,9 % des membres du personnel sont victimes aussi d'insultes, de menaces et de propos humiliants via les réseaux sociaux. Ce n'est pas tout, car il y a même des menaces de mort. Je connais des profs qui ne vont jamais à l'école avec leur véhicule, de peur de représailles. Mais où en sommes-nous, ma foi ? Pas étonnant qu'un enseignant sur cinq quitte la profession dans les cinq premières années dans ce milieu quelque peu perturbateur, menaçant. Pourtant, quel beau métier que de celui de transmettre, de faire grandir des jeunes en plein développement.

Nous le savons bien, les tiraillements dans les milieux scolaires n'ont pas manqué ces derniers mois et la grogne est toujours présente chez ceux qui éduquent tant bien que mal nos enfants assez turbulents, merci. Réforme après réforme, l'école n'en finit plus de s'adapter à une société en crise identitaire perpétuelle, en recherche constante d'équilibre et de points de repère et, surtout, en manque de confiance envers ceux qui la dirigent. Difficile pour des jeunes de trouver un sens à leur parcours de vie dans une société marquée par le doute et l'éphémère. L'éducation demeure toutefois un élément essentiel, fondamental pour l'avenir d'une nation.

D'où l'importance de soutenir ces milliers d'éducateurs qui, passionnément, tentent d'offrir, de transmettre à nos jeunes une formation de qualité malgré le manque constant de ressources.

Certes, ces derniers ne sont pas tous parfaits, mais je reste convaincu qu'ils font de l'excellent boulot. Vous en conviendrez, on ne peut rester dans l'enseignement que pour le salaire actuel. Il faut avoir la passion pour continuer! La plupart d'entre eux font face à des classes surchargées, comptant de moins en moins sur le support essentiel de professionnels et de spécialistes. On ne peut tout gérer dans une classe ; certains élèves ont un besoin criant d'une approche particulière. Les enseignants sont souvent laissés à eux-mêmes, à leur sort, quoi. Certains risquent d'y laisser leur peau. Saviez-vous que les enseignants, selon la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail, «occupent le troisième rang des professions où l'on retrouve le plus de lésions professionnelles en lien avec la violence»?

Pour ma part, je garde un excellent souvenir de la plupart de mes profs du secondaire. Fruit de l'école publique, je n'ai pas trop mal tourné, somme toute. J'ai croisé sur ma route estudiantine des hommes et des femmes qui m'ont tant appris et suscité en moi le goût de parfaire ma formation, de devenir meilleur. Pierre et Liette, deux profs à la retraite depuis cinq ans, m'ont partagé récemment leurs préoccupations. L'école a été leur vie pendant trente-cinq ans et ça paraît dans leurs yeux lorsqu'ils en parlent. Ils en sont toujours passionnés. Ce qui m'a touché le plus dans notre échange, c'est leur façon de parler des jeunes. Ils ont gardé le feu sacré. C'est comme s'ils avaient encore de la poussière de craie sur les doigts. «L'éducation, c'est pour la vie! C'est sans doute le beau cadeau à offrir aux générations qui avancent», m'ont-ils dit.

Puissent-ils être entendus par les décideurs, les soi-disant réformateurs du système, les parents!

La vraie question au fond : l'école, c'est pour qui? Sommes-nous prêts à soutenir ces hommes et ces femmes qui, chaque matin, ouvrent la porte de leur classe avec le goût d'éduquer, de transmettre plus que leur matière? Disons non à la violence en milieu scolaire, à la violence sous toutes ses formes!

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