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25/02/2016 08:05 EST | Actualisé 25/02/2017 05:12 EST

Travailler c'est trop dur...

Pour plusieurs d'entre nous, le réveille-matin sonne toujours trop tôt, même la fin de semaine et les jours de congé. Le temps semble de plus en plus nous échapper furtivement.

Le travail fait intimement partie de nos vies. Il accapare gloutonnement toutes nos énergies, notre temps, et parfois même nos loisirs.

«Travailler c'est trop dur et voler c'est pas beau. Demander la charité c'est quelque chose que j'peux pas faire.» Qui n'a pas fredonné un jour les mots de cette charmante chanson de Zachary Richard, ce Louisianais grand défenseur de la langue française en Amérique du Nord ? Mais qu'en est-il aujourd'hui de la place du travail dans nos vies quelque peu victimes de tant de bouleversements technologiques et sociétales ? Nous rêvions il y a à peine quelques décennies de la «civilisation des loisirs», concept défini par le sociologue Joffre Dumazedier, où tout serait plus détendu avec une réduction significative des horaires surchargés, du stress et de la performance. Il semblerait que ces élucubrations et ces rêves idylliques se soient quelque peu évanouis, expédiés au royaume du néolibéralisme ambiant.

Selon Isabelle Paré, dans un excellent article publié en novembre dernier dans le quotidien Le Devoir, les jeunes couples carburent de plus en plus à 100 milles à l'heure et leur vie ressemble davantage à une course à obstacles qu'à un fleuve bien tranquille. Ils ont parfois l'impression de n'être jamais arrivés. D'être toujours en retard, quoi. La frénésie du métro-boulot-dodo fait rage dans cette société où les valeurs de partage, d'entraide et de collaboration font place à celles de la performance, du profit et du succès individuel. C'est ce qui ressort d'une vaste étude comparative menée par Statistique Canada auprès de 15 000 Canadiens entre 1986 et 2010. Imaginez ! Les Québécois allouent en moyenne 46 heures au boulot au cours d'une semaine. Ceci inclus évidemment les déplacements vers le lieu de travail et les heures non rémunérées. Nous sommes bien à des années-lumière des pronostics de la société de loisirs tant rêvée.

Selon la journaliste Isabelle Paré, «Dans toute les tranches d'âge, le poids du travail est monté en flèche, surtout chez les 45 à 54 ans, qui boulonnent 12 heures de plus par semaine que la génération précédente. La semaine de travail des Québécois de 35 à 44 ans, souvent jeunes parents, s'est alourdie de six heures en 30 ans, et celle des "pré-retraités" (55-64 ans), de cinq heures depuis 20 ans. Adieu, liberté 55 !»

Travail, travail et travail semble être le leitmotiv suprême de notre société efficace, ensorcelée par la mondialisation et en pleine ébullition technologique.

Il ne fait pas de doute que les exigences d'une société centrée sur la performance, la compétitivité, l'efficacité et la consommation ne laissent que peu d'espace pour le bien-être, la croissance personnelle et le développement de la famille. Lorsque le langage économique domine outrancièrement toutes les conversations quotidiennes de nos politiciens, de nos patrons, de nos collègues et de nos voisins, il y a de quoi chambouler.

Les études démontrent aussi éloquemment que ce sont les femmes qui écopent le plus du poids de l'excès de travail. Il ne faut pas s'imaginer que l'égalité des chances pour les femmes sur le marché de l'emploi a entraîné pour autant la diminution des tâches traditionnelles au foyer. Malheureusement, ce sont encore ces dernières qui, en plus de leur travail professionnel, se tapent la majorité des tâches domestiques.

Pour plusieurs d'entre nous, le réveille-matin sonne toujours trop tôt, même la fin de semaine et les jours de congé. Le temps semble de plus en plus nous échapper furtivement. Une denrée rare, quoi ! Plus de 40 % des travailleurs québécois rognent dans leur heures de sommeil afin de joindre les deux bouts, d'atteindre leurs objectifs au travail. Des milliers de travailleurs vivent comme dans un tourbillon, un cercle vicieux, ne sachant comment trouver une sortie salvatrice. Il n'est pas étonnant de constater de plus en plus, en milieu de travail, des cas d'épuisement professionnel, de stress, de dépression, et divers problèmes psychologiques.

Comment s'en sortir ? La journaliste Isabelle Paré évoque les remèdes les plus courants : «Face à cette tyrannie de l'horloge, plusieurs trouvent leur salut dans le sport, le seul loisir avec l'écoute du petit écran qui a pris du galon, occupant deux fois plus de place dans le calendrier hebdomadaire sous pression.»

Il y a des jours où l'on s'interroge sur ce qui fait sens dans notre milieu de travail. On se demande forcément un jour ou l'autre : «Pourquoi on se tape tout ça?»

Il faut bien travailler pour vivre, subvenir à nos besoins et à ceux dont nous avons la charge. Mais le travail ne doit-il pas correspondre à une certaine satisfaction, à nos intérêts, ou encore stimuler notre développement personnel, notre potentiel humain ?

Certes, mais la société menée par la folie des entreprises dicte immanquablement un haut niveau de productivité, d'efficacité, de rentabilité, d'augmentation de la valeur de l'action, de vitesse, et j'en passe. Ce rythme effarant a ses effets pervers, nous le savons bien. À chaque semaine, 500 000 Canadiens restent à la maison parce qu'ils sont à bout.

Nous vivons dans une ère de consommation sans retenue, justifiée par son rôle essentiel dans le maintien des emplois dans un monde constamment relié à la production industrielle. Rien de neuf ! Nous le savons bien, l'idéologie dominante promue par les États et par les entreprises, c'est moins de consommation égale hausse du taux de chômage et récession économique. Nous consommons actuellement plus que ce que la planète peut produire pour soutenir l'ensemble des activités humaines. C'est Thierry Pauchant, directeur de la Chaire d'éthique en management des HEC, qui dit qu'il nous faut ralentir pour aller plus vite ! En fait, il a foutûment raison.

Les récents résultats de Statistique Canada sont limpides et percutants : notre rapport au temps s'est grandement modifié, le travail empiète de plus en plus sur nos vies personnelles et familiales, laissant peu de place à l'introspection et à la réflexion. Éléments essentiels pour trouver sens et motivation, à notre travail et à notre existence. Faisons place dans nos vies à des espaces inédits et laissons Zachary Richard continuer à nous turluter et à nous entraîner : «Vous connaissez mes chers amis la vie est bien bien trop courte pour se faire des misères, allons danser ce soir.»

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