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09/08/2016 06:53 EDT | Actualisé 09/08/2016 06:53 EDT

Changer le monde, pourquoi pas?

Faites vos jeux! C'est par une cérémonie à couper le souffle que les Jeux de la XXXIe olympiade de l'ère moderne ont été lancés vendredi dernier à Rio de Janeiro au Brésil. Ils nous en ont mis plein la vue, ces Brésiliens, reconnus mondialement comme un peuple accueillant, festif et créatif. Les organisateurs de la cérémonie d'ouverture ont su conquérir le cœur des spectateurs, mais surtout celui des Brésiliens eux-mêmes, quelque peu réticents à la tenue de ces Jeux de la controverse. Que de bouleversements dans ce pays en pleine crise sociale et politique! Pari risqué pour un pays divisé, en recherche de stabilité et luttant désespérément contre une corruption endémique. Avec un peu plus de 204 millions d'habitants, le Brésil ne manque pas de ressources humaines pour changer le cours des choses.

Quoi qu'il en soit, la planète entière sera tournée vers cette immense terre sud-américaine aux multiples contrastes, qui accueille le monde sportif : une impressionnante délégation de 11 402 athlètes provenant de 206 comités nationaux. Nous retrouverons dans ces Jeux de l'excellence sportive quelque 28 disciplines ; les épreuves auront lieu du 5 au 21 août dans 33 lieux différents. Toute une logistique pour que tout se passe d'une façon correcte!

C'est sous cette toile de fond planétaire et sans les projecteurs médiatiques que s'ouvre cette semaine à Montréal le 12e Forum social mondial (FMS).

Là aussi, les enjeux seront importants et les défis colossaux.

Les actions citoyennes et les initiatives participatives ont souvent plus d'impact et forcément plus d'avenir que ces grands sommets de chefs politiques.

Grand rendez-vous des altermondialistes, qui débarqueront fort nombreux dans la métropole, championne sans équivoque par le nombre de ses cônes orange au kilomètre carré. C'est sous le thème «Un autre monde est nécessaire, ensemble il devient possible» que ces marathoniens de l'espoir se rassemblent.

Ils y viendront de partout, ces bâtisseurs et ces rêveurs d'un monde meilleur. Imaginez : c'est plus de 50 000 délégués provenant de 120 pays qui participeront à plus de 1 200 activités. Il y en aura des débats, des panels, des discussions.

Ces participants de tous horizons fouleront pour la première fois une ville nord-américaine pour débattre d'enjeux cruciaux touchant l'avenir de notre monde aux prises avec des problématiques assez sombres, merci. C'est un forum de l'espoir! II n'y aura certes pas de podium avec remise de médailles pour les plus performants, mais le cœur et l'enthousiasme y seront, bien entendu.

C'est d'ailleurs au Brésil, à Porte Alegre, que fut lancé en 2001 le premier Forum social mondial comme une solution de rechange au Forum mondial économique de Davos. L'avenir du monde n'appartient pas qu'aux économistes issus des pays bien nantis. Les initiateurs de ce forum croient fermement que les actions citoyennes et les initiatives participatives ont souvent plus d'impact et forcément plus d'avenir que ces grands sommets de chefs politiques et soi-disant prestidigitateurs de solutions économiques durables. Les changements nécessaires de notre monde passent inéluctablement par l'engagement effectif des gens de la base. Devant cette planète qui éclate de partout, ils sont nombreux à vouloir que l'ordre des choses change radicalement. Rappelons simplement chez nous l'émergence du Printemps érable et la valse des casseroles de 2012. Il y avait très longtemps que l'on avait vu tant de gens dans les rues pour clamer le nécessaire décent et combattre les inégalités sociales. Ne faut-il pas lutter de toutes ses forces pour combattre ces inégalités qui obligent tant de peuples à vivre dans la mendicité? Les participants du forum qui se tient à Montréal du 9 au 14 août y croient et se mobilisent pour que le cri des plus pauvres soit entendu.

La tenue de ce Forum social mondial dans un pays fort bien nanti a fait sourciller certes de nombreux participants. Nous le savons bien, l'Amérique du Nord représente souvent pour plusieurs altermondialistes la source de tant de problèmes. L'Amérique n'est pas nécessairement la référence salvifique en matière de solutions durables pour le reste de la planète. Le Canada n'est toujours pas une référence en matière d'environnement. Les paradis fiscaux sont fort bien nourris par le monde nord-américain des affaires, davantage certes que les paradis sociaux si nécessaires à notre monde en détresse. Toutefois, le Québec a fait des pas de géant dans certains domaines, et son expertise sociale est loin d'être négligeable. Le rôle et la place des femmes québécoises dans une société en émergence n'est pas sans intérêt et l'expertise canadienne est plus que remarquable.

Nous avons parfois l'impression que ne se retrouvent dans ce forum que des vieux ringards revendicateurs, des soixante-huitards de la gauche déçus, abusés du système néolibéral, rêvant encore d'utopies sociales ou de je ne sais plus quoi. Eh bien, détrompez-vous! Certes, il y aura sans doute interventions de quelques accros d'un certain discours passéiste, ou sorties négligeables d'esprits rebelles. Mais la grande surprise dans ce FMS, ce seront les jeunes : ils seront, selon les organisateurs, au cœur des débats.

En effet, ce 12e Forum social mondial compte plus que jamais sur le dynamisme et la force des jeunes pour changer le monde de bord. Ils seront d'ailleurs légion à ce grand rassemblement, et une place de choix leur sera faite. Rappelons ici le rôle important joué par les jeunes lors du premier Forum social québécois de 2007. Ils avaient impressionné par leur présence numériquement importante et, par-dessus tout, par leur discours intelligent et percutant. Il y avait de quoi faire rougir quelques têtes grisonnantes. Ils l'ont prouvé encore, ces jeunes, lors du Printemps érable de 2012.

Les jeunes avaient démontré leur capacité de faire bouger les choses, de faire reculer certaines mesures gouvernementales et de prendre parti pour une population moins nantie, écrasée par des mesures d'austérité inacceptables. Ils n'étaient plus ces éternels apathiques, désabusés et sans idéaux. Il ne faut désespérer des forces vives. Certes moins nombreux numériquement, les jeunes sauront trouver des solutions inédites à des problèmes cruciaux de notre temps si nous leur laissons la chance de prendre part au débat social.

Dans de tels forums, le danger est de toucher à tout sans aller au fond des choses. Les conclusions de ce forum devraient nous aligner sur des aboutissants réalistes et audacieux pour le devenir collectif de la planète.

En terminant, les mots d'une chanson de Nana Mouskouri me reviennent en tête : «Pourquoi le monde est sans amour? Ça ne peut pas durer toujours.»

Bon Forum social mondial pour changer le monde de bord!

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