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11/11/2015 11:13 EST | Actualisé 11/11/2016 05:12 EST

Relancer la machine industrielle au Canada

Le secteur manufacturier a besoin d'investissements ciblés et continuels dans l'automatisation pour relever le défi de la compétitivité à l'échelle mondiale. Au lieu de cela, les années 2000 ont présidé au déclin du secteur.

Il y a des évènements incontournables où tout ce qui était en gestation pendant de longues années tombe enfin en place. C'est le cas du Forum Manufacturiers intelligents Canada, organisé par SME, une société à but non lucratif, qui se déroulera au Palais des congrès les 18 et 19 novembre 2015. Tous ceux susceptibles de relancer la machine industrielle y seront et discuteront d'un partenariat national, à l'instar des États-Unis et de l'Europe, qui désirent préserver leur domaine manufacturier mis à mal depuis une vingtaine d'années.

Comme les coûts unitaires du travail au Canada sont parmi les plus élevés au monde, la bataille de la productivité peut seulement prendre place dans l'automatisation systématique de l'outil de production. Il n'y aura pas de baisse généralisée des salaires au Canada et le filet de sécurité social en place depuis près d'un siècle ne sera pas abandonné. Toutefois, il est possible, et même souhaitable, de réagir en ciblant les investissements dans l'outil de production afin qu'au Canada, les extrants du travail soient égaux ou supérieurs à ceux produits par les autres pays développés ou les pays émergents.

Le secteur manufacturier a besoin d'investissements ciblés et continuels dans l'automatisation pour relever le défi de la compétitivité à l'échelle mondiale. Au lieu de cela, les années 2000 ont présidé au déclin du secteur, qui a vu des pans d'activités entiers délocaliser leurs activités en Asie et, dans une moindre mesure, en Amérique latine. Le résultat est que la part du secteur manufacturier dans le produit intérieur brut (PIB) canadien a diminué de plus du tiers entre 2000 et 2010, passant de 19% à 12%.

Le marché mondial de la robotique industrielle augmente actuellement au rythme moyen de 8% par an. Selon certains analystes, il devrait passer de 30 milliards de dollars US en 2014, à 83 milliards de dollars US en 2020. Toutes les industries sont engagées dans une course-poursuite pour intégrer l'automatisation dans leurs procédés traditionnels de fabrication - la même frénésie qui a présidé à l'informatisation des services dans les années 1990.

Avec des achats annuels de 2 250 robots et une base installée de 18 387 robots, le Canada traîne derrière les États-Unis et la plupart des pays membres du G8 (seule la Grande-Bretagne fait encore pire que le Canada). Encore faut-il préciser qu'à l'intérieur même du Canada, il existe de vastes disparités régionales. Ainsi, l'Ontario est plus automatisée que le reste du pays en raison de la concentration de l'industrie automobile dans cette province.

En effet, dans tous les pays, c'est l'industrie automobile qui a joué un rôle pionnier dans l'automatisation à grande échelle. Ce faisant, elle a contribué à répandre la culture de l'automatisation par couches concentriques aux différents niveaux de sous-traitants et, finalement, au secteur manufacturier en entier.

Qui plus est, selon Manufacturiers et exportateurs du Canada (MEC), 80% de l'équipement et de la machinerie avancée (automatisation) achetée par ses membres proviennent de l'étranger. Cela ne vient pas d'un manque de confiance dans l'expertise des fabricants canadiens de produits automatisés, mais plutôt d'un manque structurel de communications entre équipementiers et manufacturiers canadiens. Il n'y a pas de «label» de qualité Canada en robotique, comme il y en a un sur les produits allemands ou japonais. En outre, les entreprises canadiennes s'automatisent peu, que le produit soit issu de la production domestique ou étrangère.

Comment remédier à cet état de chose?

En 2011, le gouvernement fédéral américain a lancé l'Advanced Manufacturing Partnership (AMP), un effort national pour réunir entreprises, syndicats, universités et gouvernements afin d'investir dans les technologies émergentes et dans le savoir-faire correspondant. Il s'agit de favoriser une synergie destinée à dynamiser, voire à créer de toutes pièces, un secteur manufacturier avancé porteur d'emplois hautement qualifiés et susceptible d'investir aux États-Unis. Déjà, on note qu'un nombre grossissant d'entreprises a commencé à rapatrier ses activités aux États-Unis.

Cette stratégie volontariste a suscité une réaction de la part de l'Union européenne (UE) qui, en 2014, a lancé sa propre initiative: un investissement de 3,9 milliards de dollars US dans un méga-projet industriel et social appelé SPARC. Ce nouveau partenariat pour la robotique en Europe a pour ambition de surpasser les investissements des États-Unis, du Japon et de Corée du Sud en matière de développement robotique. SPARC est un partenariat public-privé (PPP) entre l'Association européenne de robotique (euRobotics) et l'UE.

À l'intérieur de l'UE, les pays individuels sont libres de poursuivre leurs propres stratégies nationales comme le projet allemand «Industrie 4.0» - un plan pour dynamiser la concurrence au moyen d'usines et de chaînes de production interconnectées globalement. Le plan allemand est si englobant et articulé que les entreprises et le gouvernement sont coresponsables de la formation des technologues et ingénieurs du pays.

Toutes ces initiatives semblent devoir être quelque peu éclipsées par l'investissement massif de la Chine dans l'automatisation. En mai dernier, la campagne «Made in China 2025» a été lancée. Il s'agit d'un plan national en 10 ans destiné à améliorer la compétitivité chinoise dans le secteur manufacturier grâce à l'automatisation et à une amélioration globale de la technologie. En 2014, la Chine comptait déjà le quart du parc mondial de robots industriels - une augmentation de 54% par rapport à 2013.

Selon l'International Federation of Robotics (IFR), la Chine aura plus de robots industriels en place qu'aucun autre pays dès 2017 et sera donc le pays le plus avancé au monde sur le plan manufacturier.

Ces enjeux et bien d'autres feront l'objet de débats au Forum Manufacturiers intelligents Canada dont nous rendrons compte dans un prochain article.

Un kudo à SME, l'organisateur du Forum spécialisé dans le support au secteur manufacturier en Amérique du Nord. SME met en relation toutes les personnes passionnées par la création de solutions visant à améliorer notre monde. En tant qu'organisme sans but lucratif, SME sert depuis plus de 80 ans des praticiens, des entreprises, des éducateurs, le gouvernement et des communautés dans le domaine de la fabrication. Grâce à ses différentes activités, aux médias, aux programmes d'adhésion, aux séances de formation et de perfectionnement et à sa Fondation de l'éducation, SME se consacre de manière unique aux progrès du secteur manufacturier en répondant aux besoins en connaissances et en compétences du secteur. Suivez SME sur Twitter @SME_MFG ou sur Facebook.

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