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22/01/2019 15:46 EST | Actualisé 25/01/2019 09:55 EST

«Demain des hommes»: l'erreur de Radio-Canada

Radio-Canada aurait dû offrir dès le départ à «Demain des hommes» un traitement à la hauteur de ses qualités et de son potentiel...

Radio-Canada

Nous apprenions le 10 janvier dernier que Radio-Canada ne renouvellerait pas l'excellente série Demain des hommes pour une deuxième saison.

Une annonce qui a évidemment semé la consternation chez les fans de la série. Une pétition a même été lancée par une certaine Christine L. pour tenter de convaincre Radio-Canada de faire marche-arrière et de donner une chance aux Draveurs de Montferrand d'accéder aux séries éliminatoires.

La raison invoquée par le diffuseur était tout simplement la profitabilité. Demain des hommes coûterait trop cher à produire pour ce qu'elle pourrait rapporter, elle qui a réuni un auditoire de 686 000 téléspectateurs en moyenne chaque semaine l'automne dernier. Des chiffres tout à fait respectables, mais loin de ceux des gros canons des chaînes généralistes.

De ce point de vue, la décision de Radio-Canada se défend. Pourtant, l'émission fut jugée assez solide pour convaincre la CBC de l'adapter pour le marché anglophone. Adaptation qui, si on se fie aux dires de l'auteur Guillaume Vigneault, pourrait bien avoir droit à une deuxième saison.

D'un autre côté, Radio-Canada aurait pu s'adapter et faire les choses différemment en offrant à sa nouvelle série un traitement à la hauteur de ses qualités et de son potentiel.

Radio-Canada

Tou.tv, ou les ligues mineures

Demain des hommes a été lancée hâtivement le 25 avril 2018 sur ICI Tou.tv Extra, soit à peine quelques semaines après la fin de la diffusion des émissions régulières d'ICI Télé.

Encore ici, sur papier, cette décision se défend. Radio-Canada a donné le feu vert à la production d'un projet qu'elle considérait comme une valeur ajoutée à sa programmation et une façon de faire mousser les abonnements à Tou.tv (au même titre que Cheval-Serpent et Trop).

Et Demain des hommes fut traitée exactement ainsi, plutôt que d'être poussée par Radio-Canada comme l'une des séries phares du réseau (ce qu'elle fut).

Il faut dire aussi que la majorité des rôles principaux de la série sont campés par de jeunes comédiens encore peu connus du grand public.

Cela étant dit, à la vue du résultat final (Demain des hommes étant certainement l'une des plus belles séries que la télévision québécoise nous ait données sur le plan esthétique au cours des dernières années), le diffuseur aurait pu (et dû) changer son fusil d'épaule et revoir sa stratégie.

À titre comparatif, rappelons que même si la plupart des experts ne voyaient pas le jeune Jesperi Kotkaniemi faire la LNH cette année, le troisième choix de la dernière séance de repêchage a été si convaincant au camp d'entraînement qu'il a fini par forcer la main de Marc Bergevin et de Claude Julien pour obtenir un poste avec le Canadien de Montréal à l'âge de 18 ans.

Voilà ce qui aurait dû se produire avec Demain des hommes.

«Demain des hommes»: l'erreur de

«Créer un momentum»

Le principal problème avec la présentation en primeur de séries sur une plateforme comme Tou.tv, surtout dans un petit marché comme celui du Québec, c'est qu'elle rend pratiquement impossible une couverture médiatique soutenue au moment de leur diffusion à la télévision.

La raison étant fort simple : les spectateurs ayant consommé Demain des hommes sur ICI Télé et/ou Tou.tv ne l'ont pas tous fait au même rythme. Il devient donc impossible de s'adresser à l'ensemble du public en parlant des mérites d'une séquence ou d'une prestation, ou de spéculer sur la suite d'une intrigue déjà connue par un nombre non négligeable de téléspectateurs.

Fugueuse et District 31 sont assurément les meilleurs exemples de séries ayant pu accroître et solidifier leur base d'auditeurs en bénéficiant d'une couverture médiatique soutenue de leur intrigue respective à chaque semaine.

Car oui, même en 2019, il n'y a rien de tel que le bouche à oreille.

Il est, certes, important pour ces plateformes d'offrir du contenu de qualité à leurs abonnés pour tenter de faire concurrence à Netflix. Mais personne n'est gagnant si la stratégie sonne l'arrêt d'une série après une seule saison.

La différence, également, c'est que Netflix - et même Club illico jusqu'à un certain point - n'a pas à considérer la rediffusion de son contenu à la télévision après sa mise en ligne.

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Deux minutes pour obstruction

Il est probable que d'autres raisons - que nous ne connaîtrons peut-être jamais - soient également à l'origine de la fin prématurée de Demain des hommes.

Dommage, car la série de Guillaume Vigneault et Yves Christian Fournier était l'une de ces propositions télévisuelles ayant fait presque l'unanimité aussi bien auprès du public que de la critique, pour toutes les bonnes raisons.

Nous comprenons parfaitement le ton doux-amer employé par Guillaume Vigneault pour commenter l'annonce de la fin de la série.

Car il ne s'agissait pas d'une intrigue nichée comme Série noire, par exemple, mais bien d'une proposition rassembleuse qui pouvait se vanter d'être on ne peut plus complète, et ce, aussi bien sur le plan de la forme que du fond.

Les nouveaux modes de diffusion amènent de nouveaux défis et il sera intéressant de voir comment les principaux joueurs s'adapteront pour maximiser leurs investissements, accroître leurs parts de marché tout en permettant aux créateurs d'exploiter le plein potentiel de leurs créations et en stimulant la conversation entre ces derniers et les spectateurs par l'entremise des médias.

Espérons aussi que l'exploitation de ces modes de diffusion sera pensée différemment, pour éviter que certaines discussions soient interrompues aussi hâtivement, parfois au profit d'autres beaucoup moins bien exécutées et captivantes.

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