LES BLOGUES
12/12/2018 06:00 EST | Actualisé 12/12/2018 09:57 EST

Il faut exploiter nos hydrocarbures au Québec

Tant qu’à consommer du pétrole et du gaz naturel pour encore 40-50 ans, pourquoi ne pas profiter des bénéfices de l’exploitation de nos propres ressources?

Puneet Vikram Singh, Nature and Concept photographer, via Getty Images
Il est totalement logique de penser mettre en place des mesures pour réduire notre consommation d’hydrocarbures tout en exploitant nos propres richesses naturelles.

Le débat sur les hydrocarbures a repris de plus belle au Québec. Après le dépôt du Pacte pour la transition, les réactions ont fusé de toutes parts.

Cependant, le débat a vite tourné autour de questions de personnalités plutôt que de se concentrer sur les enjeux pratiques touchant le développement des hydrocarbures au Québec. Les artistes «font-ils la morale» au peuple? Là n'est pas la question. Laissons de côté les attaques personnelles et concentrons-nous un instant sur les questions de fond.

Saluons de prime à bord la volonté des initiateurs du pacte de passer de la parole aux gestes, chose rare et qui a été historiquement reprochée au mouvement écologiste.

En revanche, critiquons ce qui doit l'être.

Le mouvement écologiste cadre souvent le débat sur les hydrocarbures d'une façon pernicieuse. Le pacte pour la transition n'y fait pas exception.

SUR LE MÊME SUJET:

» Pacte écologique: une belle occasion manquée il y a plus de 30 ans...

» Un pacte pour une «joyeuse austérité»?

» Le pacte de transition écologique comme religion civique...

» Hydrocarbures: l'occasion ratée

Il nous dit, d'une part, que les impératifs environnementaux et de lutte aux changements climatiques nous incombent de «sortir du pétrole» et de miser sur des technologies propres, notamment en matière de mobilité. Jusque-là, ça va.

Cependant, il insinue d'autre part que tout projet lié au secteur des hydrocarbures au Québec nous enfoncerait dans une voie qui est opposée à la direction où nous devrions nous diriger. Il place ainsi en opposition le développement de nos propres hydrocarbures et la réalisation de la transition énergétique.

La réalité est néanmoins plus complexe.

Opposer hydrocarbures et énergies renouvelables?

D'abord, la mise en opposition des hydrocarbures québécois et des énergies renouvelables n'est autre chose qu'une fausse dichotomie, un déni du réel qui ne sert en rien les choix concrets que nous devons faire pour l'avenir.

Afin d'opérer une transition énergétique qui ne soit pas dommageable à notre développement économique ainsi qu'au maintien de notre niveau de vie, nous aurons réalistement encore besoin d'hydrocarbures pour au moins les 40 ou 50 prochaines années. Les énergies fossiles et renouvelables se côtoieront tant et aussi longtemps que les secondes n'auront pas totalement remplacé les premières qui, elles, devront être consommées de moins en moins au fil des ans.

Il faut donc penser la transition en termes de mixte énergétique, et non pas en termes d'opposition entre les différentes formes d'énergie.

Une fois qu'on a dit ça, la question n'est plus de savoir si nous souhaitons consommer moins d'hydrocarbures et investir davantage dans les énergies renouvelables. Là-dessus, tout le monde est d'accord!

La question est plutôt de savoir d'où viendront les hydrocarbures que l'on consommera pour les 40-50 prochaines années, car on en consommera! Quoiqu'on en pense.

À cela je réponds que nous devrions consommer, donc exploiter nos propres hydrocarbures, car il s'agit de l'option la plus profitable et environnementalement responsable parmi celles qui s'offrent à nous.

Pourquoi exploiter nos hydrocarbures?

Ensuite, il y a deux principales raisons d'exploiter nos propres hydrocarbures, au Québec.

La première est que nous profiterions des bénéfices économiques liés à leur exploitation. Le Québec importe présentement 100% des hydrocarbures qu'il consomme. Il envoie donc à l'étranger (aux États-Unis et en Algérie, notamment) l'ensemble des bénéfices liés à la production du pétrole et du gaz naturel.

Le Québec se retrouve donc dans une position où il subira les impacts négatifs liés à l'exploitation des hydrocarbures sans, en contrepartie, jouir des bénéfices. Pourquoi les Québécois seraient-ils les dindons de la farce en ce qui concerne l'équilibre entre les efforts consentis en matière de réduction de la consommation et les bénéfices récoltés vis-à-vis de l'exploitation des hydrocarbures?

La réponse du mouvement écologiste est simple: il faudrait que nous soyons des exemples pour la planète entière... comme si la planète en avait quelque chose à cirer du Québec! Au lieu de prendre les meilleures décisions pour nous-mêmes, il faudrait vivre dans les yeux des autres? Non, merci!

Il est stupéfiant de voir comment nous sommes capables de déchirer notre chemise pour consommer notre propre lait, mais comment nous tardons à agir en ce qui concerne la consommation de nos propres sources d'énergie.

Dans un cas, on veut «encourager les travailleurs d'ici», dans l'autre, c'est comme si cet argument n'était pas considéré comme valable.

Tant qu'à consommer du pétrole et du gaz naturel pour encore 40-50 ans, pourquoi ne pas profiter des bénéfices de l'exploitation de nos propres ressources?

Gérer les impacts environnementaux

La deuxième raison d'exploiter nos propres hydrocarbures est que cela nous permettrait de gérer directement — par nous-mêmes — les impacts environnementaux liés à la production du pétrole et du gaz naturel que nous consommons.

La loi sur les hydrocarbures adoptée par le gouvernement du Québec est parmi les plus sévères au monde.

Si nous allions vers une exploitation de nos hydrocarbures, il est évident que cela se ferait de façon beaucoup plus responsable que dans d'autres juridictions. C'est donc dire que l'environnement global y gagnerait.

Il est également à noter que les impacts environnementaux liés au transport des ressources de pétrole et de gaz naturel seraient réduits, puisque nous produirions localement ce que nous consommons.

L'autre option est de continuer d'importer les hydrocarbures d'ailleurs. Évidemment, cette solution est la solution «facile», car c'est la moins responsabilisante. «Hors de vue, hors de l'esprit», comme on dit. Cela dit, ce n'est pas la position la plus responsable si on souhaite véritablement diminuer notre empreinte écologique à l'échelle globale.

Autrement dit: continuer d'importer les hydrocarbures que nous consommons d'ailleurs ne revient qu'à pelleter le problème environnemental dans la cour du voisin.

Est-ce vraiment de cette façon que nous souhaitons agir, comme citoyens du monde?

Fierté québécoise

Finalement, c'est en étant lucide et responsable que nous pourrons, comme Québécois, parvenir à nos objectifs en termes de transition énergétique tout en contribuant à notre enrichissement collectif.

Il est totalement logique de penser mettre en place des mesures pour réduire notre consommation d'hydrocarbures tout en exploitant nos propres richesses naturelles.

Il s'agit de la voie la plus censée, pragmatique et bénéfique vers laquelle il faut orienter le Québec. C'est une question de réalisme, d'autonomie et de fierté!

À LIRE AUSSI:

» Une défense du Pacte mondial pour les migrations

» Enseignante congédiée: le droit de crier sa souffrance

» La déportation acadienne, une tragédie vue du Québec

La section des blogues propose des textes personnels qui reflètent l'opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.