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25/03/2015 10:22 EDT | Actualisé 26/05/2015 05:12 EDT

J'ai mal à mon asso

Bonjour à toi mon association,

J'ai envie de te parler aujourd'hui. Sois à l'écoute, mon texte ne sera pas tout blanc ou tout noir, seulement teinté de gris, comme la vie en général. Mais dans ce conflit, déjà il semble impossible de prendre le camp du milieu, celui de la nuance et du doute raisonnable. On est soit un gauchiste socialiste, soit un droitiste individualiste, bref on n'est jamais ce qu'on est vraiment. On est dépeint selon la perception extrême d'un groupe ou de l'autre.

Mon texte a pour but de représenter ces étudiants de l'UQÀM qui se sentent déchirés entre le respect nécessaire de la démocratie étudiante et le diktat des exécutifs d'associations étudiantes. S'il te plait, avant de me juger et de me lancer en plein visage tes contre arguments, prend le temps de me lire...

Je voulais d'abord te remercier de m'avoir accueilli à ton comité de mobilisation la semaine dernière, malgré le fait que je ne comprenais pas exactement tous les tenants et aboutissants de cette toile complexe qu'est actuellement le mouvement étudiant. Il y a tellement de groupes autonomes impliqués dans cette grève que j'en perds mon latin. En deux semaines, j'ai pu entendre une variété impressionnante d'opinions, j'ai aussi pu constater une certaine ouverture envers les opinions qui tranchaient avec ta ligne de pensée, je t'en remercie.

Comme toi, j'en ai bien assez des mesures d'austérité amenées par ce gouvernement qui fait du néo-libéralisme aveugle son fer de lance, ne distinguant pas la nécessaire restructuration du milieu éducatif de la coupe brutale et inutile. J'ai vécu directement dans cette dernière année de misère certaines contraintes qui rendaient mon travail de plus en plus difficile et j'en ai bien assez souffert, je partage ton indignation.

Comme toi, je me sens lésé par cette présence policière harcelante et cette intense présence d'agents de sécurité à l'UQÀM qui me regardent en chien de faïence de la tête aux pieds. Je me sens « scanné » chaque fois que j'entre au département d'éducation, moi qui ne sait même pas de quel côté je penche dans cette vision manichéenne des choses. Comment s'est-on rendu là?

Mais contrairement à toi, mon opinion envers les coupures dans le milieu scolaire est difficile à décrire en quelques phrases. J'ai vu de l'abus de la part des syndicats, j'ai vu de l'abus de la part de la partie patronale... Et j'ai surtout constaté qu'on vivait dans un système malade et gangréné qui ne répondait plus aux aspirations de chacun des côtés. J'ai senti le besoin de ne pas tout rejeter en masse, parce que je sentais que sans un grand changement, on s'en allait dans une impasse qui ne rendait pas service aux élèves. J'ai senti le besoin d'un compromis entre les intérêts de chacun, j'ai senti le besoin qu'on se consulte pour trouver des solutions.

Contrairement à toi, j'ai senti le besoin d'une stratégie de communication plus élaborée envers les membres de notre association parce que peu de gens comprennent réellement les tenants et aboutissant de ce combat. Un message envoyé une semaine après l'assemblée n'est pas suffisant. Plusieurs de tes membres sont confus et ne savent pas s'ils doivent t'appuyer ou non. Je te l'ai dit haut et fort lors de notre rencontre, d'une manière peu diplomate je te l'accorde, merci de m'avoir écouté.

Contrairement à toi, j'ai senti le besoin de cibler davantage nos revendications. Quels sont nos combats les plus importants? Comment va-t-on s'y prendre pour négocier avec ce gouvernement? Qu'est-ce qu'on vise en bout de ligne? Où pouvons-nous faire des concessions pour faire des gains significatifs pour l'éducation? La coalition des mouvements détient sûrement ces informations, mais beaucoup de gens comme moi ne comprennent pas du tout ton approche.

Par contre, comme toi, je cherche à améliorer le domaine de l'éducation parce que c'est ce qui me tient le plus à cœur. Les derniers mois m'en ont convaincu hors de tout doute que la situation doit évoluer. Je n'ai aucune confiance au statu quo qui prévalait, le contexte scolaire s'est complexifié, la situation doit évoluer, on doit modifier notre approche.

Mais pourquoi est-ce que j'ai cette impression constante que tout est déjà joué dans ton esprit? Qu'un réinvestissement massif et un retour aux anciennes méthodes sont la seule solution?

C'est pour cette raison que j'ai décidé de ne pas participer à la suite des événements et de me distancer de ton militantisme peu nuancé et à sens unique. C'est sûrement de ma faute...

Parfois, tu deviens pareille à ce gouvernement, intransigeant et insensible aux besoins de ta population. Impossible de se consulter, impossible de collaborer, impossible de faire entendre une voie divergente.

Parfois, vous me désolez tous à vouloir avoir raison à tout prix.

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