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27/05/2016 09:03 EDT | Actualisé 28/05/2017 05:12 EDT

Leadership: pour un Québec riche de son équité

En tant que premier ministre du Québec, je m'attaquerai aux inégalités en m'y prenant par les deux bouts. L'objectif: faire du Québec une société qui figure parmi les plus dynamiques, les plus entreprenantes, les plus innovantes et les plus égalitaires en Occident.

Le Québec fait plutôt bonne figure en matière d'équité et de justice sociale, surtout lorsqu'on le compare à ses voisins. Pourtant, il n'a pas été épargné par la hausse des inégalités qui a marqué les sociétés avancées depuis trente ans. Et il est encore loin derrière les pays qui font le mieux (par exemple, la Suède, le Danemark ou la Finlande) !

En tant que premier ministre du Québec, je m'attaquerai aux inégalités en m'y prenant par les deux bouts : d'abord, en améliorant substantiellement la situation économique de ceux qui se trouvent au bas de l'échelle, puis en luttant contre la concentration de la richesse au sommet. Je veux que nous nous fixions un objectif constant, celui de faire du Québec une société qui figure parmi les plus dynamiques, les plus entreprenantes, les plus innovantes et les plus égalitaires en Occident.

Rehausser le bas de l'échelle

Rehausser l'aide de dernier recours : Aujourd'hui, une personne seule ayant des contraintes à l'emploi reçoit de l'État 25% de moins que ce qu'on considère être le seuil de la pauvreté. Une personne apte à l'emploi : 50% de moins. On ne peut pas et on ne doit pas se résigner à maintenir ces personnes dans la pauvreté. Je présenterai dans cette campagne une proposition de sortie graduelle de la pauvreté pour tous nos concitoyens les plus défavorisés.

Un salaire minimum à 15$ : À 10,75$, le salaire minimum ne suffit plus à sortir les travailleurs de la pauvreté. Je m'engage à l'augmenter à 15$ d'ici octobre 2022 (C'est le calendrier adopté en Californie et proposé partout sur le continent). Cette augmentation est ambitieuse, mais le moment est opportun pour minimiser l'impact sur nos PME: nos entreprises manufacturières profitent depuis deux ans d'une devise qui s'est dépréciée d'un quart face au dollar de notre principal client, les États-Unis, ce qui leur offre une marge significative. Quant à nos entreprises du domaine du commerce au détail, elles évoluent dans une économie où l'inflation est très faible. Le transfert de ces coûts sur les prix est donc plus facile à opérer qu'en période d'inflation forte, pour eux et pour les clients, tout en conservant le niveau d'emploi.

Un mécanisme d'évaluation continue de la mesure sera institué pour nous assurer que ses effets positifs dépassent nettement ses effets négatifs. D'autant que ces mesures combinées auront un impact positif sur la consommation, donc sur l'économie québécoise.

Pour une vraie protection des salariés non syndiqués: Chaque mois, en ce moment au Québec, plus d'un salarié non syndiqué sur trois se fait littéralement voler par des employeurs qui ne respectent pas les normes du travail. La Commission des normes du travail estime que 37 % des travailleurs n'ont pas été payés adéquatement pour leurs heures supplémentaires. En chiffres réels, cela signifie que 100 000 salariés québécois se font escroquer, chaque mois, d'une somme de 20 millions de dollars (enquête de 2010 de la CNT) ! Mon gouvernement agira de façon résolue afin de faire appliquer la Loi sur les normes du travail. Il le fera par une surveillance et des pénalités très strictes.

Prioriser l'insertion : Une cinquantaine d'entreprises du Québec ont pour vocation d'aider les gens les plus éloignés du marché du travail à trouver leur place. Chaque année, elles forment plus de 3000 personnes, dont les trois quarts sont des jeunes entre 16 et 35 ans. Ces entreprises d'insertion sont une telle réussite, avec 80% de taux de réinsertion, qu'elles ne répondent plus à la demande. En 2013, près de 900 personnes attendaient pour une place, un nombre assurément sous-évalué. Je propose qu'un gouvernement du Parti Québécois fasse disparaître les listes d'attente dans les entreprises d'insertion, afin que l'on puisse offrir des places à tous les décrocheurs qui veulent raccrocher !

Ramener le haut de l'échelle à la raison

Une rémunération équitable des médecins : J'ai brisé un tabou plus tôt cette semaine en affirmant qu'il était impératif de geler dès notre élection la rémunération des médecins. Cette mesure est non seulement essentielle pour assurer la viabilité des finances publiques, mais aussi pour réduire les inégalités économiques. Avec un salaire moyen dépassant les 300 000$, l'écrasante majorité des 22 000 médecins du Québec fait maintenant partie du 1 % des Québécois les plus fortunés (en fait, près du tiers du 1 % est constitué de médecins). Lutter pour une rémunération équitable des médecins, c'est lutter pour davantage d'égalité.

Le secteur public doit donner l'exemple : Le secteur public doit être irréprochable et dire « non » à la spirale des hauts salaires. Sous mon gouvernement, la rémunération de tous les employés de l'État sera limitée à un montant fixé 10 % en dessous de la rémunération du premier ministre (qu'on évalue à environ 250 000$ en incluant les avantages). Cette norme s'appliquera aux hauts fonctionnaires, mais aussi aux PDG d'Hydro-Québec, d'Investissement Québec, de la SAQ, de Loto-Québec, etc. Il est complètement faux de prétendre que les dirigeants des sociétés d'État seront happés par la concurrence internationale si on limite leur rémunération. Cela ne s'est jamais produit. D'ailleurs, si cela devait se produire, ce ne serait pas une mauvaise nouvelle pour le rayonnement du Québec.

(Je ferai une exception, la seule, pour le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, puisque l'expérience montre qu'il est recruté dans les milieux financiers locaux, où les salaires sont plus élevés.)

Les recteurs et les cadres supérieurs des universités : Depuis des années, la rémunération des recteurs et cadres supérieurs des universités soulève à très juste titre l'indignation des Québécois. Ce n'est pas le cas dans le réseau de l'Université du Québec, où elle est étroitement encadrée, mais dans les « universités à charte ». Ces universités prétendent que ces rémunérations exagérées sont motivées par la compétition entre grandes universités nord-américaines pour les talents des gestionnaires. Or il n'existe pas un seul cas où un de nos recteurs a été happé par une grande université américaine.

Mon gouvernement exigera que ces universités se plient aux mêmes règles que le reste du secteur du public. Une pénalité financière sera imposée aux établissements qui persistent à offrir de très hauts salaires à leurs cadres supérieurs.

Les coopératives : En tant que membre de Desjardins, je suis choqué de voir ses hauts dirigeants toucher des millions de dollars en rémunération, empruntant ainsi les mauvaises pratiques du secteur bancaire. La rémunération de la dernière présidente du mouvement, Monique Leroux, est passée de quelques années de 700 000 $ à 4 millions de dollars deux ans plus tard. Cela dépasse, de loin, les bornes de l'indécence.

Le statut de coopérative étant un privilège accordé par l'État pour des raisons précises, je modifierai la Loi sur les coopératives afin que la rémunération des hauts dirigeants ne puisse dépasser un multiplicateur raisonnable par rapport au salaire médian au sein de la coopérative.

Et le secteur privé ? La réussite doit être valorisée au Québec, plus encore qu'aujourd'hui. Qu'un entrepreneur crée une entreprise de toutes pièces et devienne milliardaire grâce à son travail et son inventivité va de soi. Il paiera ses impôts en conséquence.

Mais la dérive en cours vers un absurde déplacement de la richesse vers l'ensemble des cadres supérieurs de la société est un non-sens qui mine le tissu social et le vivre-ensemble.

Au privé comme au public, une des principales raisons qui expliquent la croissance des inégalités est la perte de repères éthiques et l'affaiblissement des normes sociales en vigueur jusque dans les années 1980. Le gouvernement du Parti québécois que je dirigerai contribuera à établir un nouveau consensus sur ce qui est socialement préférable et ce qui ne l'est pas. Je m'engage à établir un dialogue constructif avec les experts, les partenaires sociaux et patronaux afin de définir un cadre de référence, non contraignant, mais socialement influent, pour encadrer les hautes rémunérations dans le secteur privé. Cette initiative s'insèrera dans le cadre d'une campagne plus large en faveur d'une culture de l'intégrité.

Contre l'évasion et l'évitement fiscale: Depuis des années, le Canada multiplie les conventions fiscales et les accords d'échange de renseignement fiscaux (AÉRF) avec des paradis fiscaux notoires. Ces accords permettent à ceux qui « investissent » dans ces législations de complaisance de rapatrier au Canada des bénéfices en payant peu ou pas d'impôt. Le pire cas est celui de la Barbade, où les Canadiens ont « investi » pour 71 G$ en 2014, ce qui représente 15 fois la taille de l'économie de ce pays. Le portrait est également troublant aux Îles Caïmans (où les Canadiens ont investi 37 G$ pour un PIB de 5 G$) ou aux Bermudes (18G$ pour un PIB de 5G$). Ces montants ne sont souvent que des transferts au sein de filiales dans le seul but d'éviter de payer sa juste part d'impôt au Québec et au Canada.

Historiquement, Québec a pris la très mauvaise habitude d'appliquer aveuglément les conventions fiscales canadiennes. Pourtant, aucune contrainte légale ne l'oblige à le faire.

Sous ma gouverne, le Québec cesserait immédiatement d'appliquer les conventions fiscales conclues entre le Canada et une dizaine de paradis fiscaux notoires et considérerait comme imposables les revenus et dividendes provenant de ces juridictions. Il est possible que les fraudeurs parviennent de nouveau à masquer ces sommes, mais la première étape dans la lutte contre les paradis fiscaux est de s'assurer que la fraude est bel et bien déclarée illégale par l'État et traitée comme telle.

Finalement, je mettrais fin à la pratique insensée de n'imposer aucune amende aux contribuables qui font des déclarations volontaires après avoir caché de l'argent au fisc. Cette pratique encourage les fraudeurs à tenter de cacher leur argent dans les paradis, sachant qu'ils pourront obtenir une amnistie sans amende si le risque devient trop grand !

Une politique générale, cohérente et patiente de lutte aux inégalités

Ces mesures formeront le cœur d'une politique de lutte aux inégalités de revenus au Québec. Elles accompagneront un effort dynamique de création de richesse, de soutien aux entrepreneurs. Un gouvernement du Parti québécois doit donner un signal fort quant à sa volonté de contenir les écarts de richesse dans des limites socialement équitables.

Ceci est la proposition #4 de Jean-François Lisée dans le cadre de la course au leadership du Parti québécois. Découvres les précédentes sur son blogue personnel:

Proposition # 1: Chasser les libéraux. Réussir l'indépendance. Dans cet ordre.

Proposition # 2: Immigration: Rejeter le chiffre de l'échec, trouver le chemin du succès.

Proposition #3: Santé: Stopper l'hémorragie financière, atteindre un sain équilibre.

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