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24/02/2016 05:22 EST | Actualisé 24/02/2017 05:12 EST

Dans le Tennessee, on a choisi le vote par anticipation

Qui a dit que les Américains ne sont pas intéressés par le processus électoral?

Franklin, Tennessee, lundi 22 février 2016.

Après son très bon résultat en Caroline du Sud, Marco Rubio a choisi de venir s'exprimer ici, dans la banlieue de Nashville, là où Nissan a installé son siège social. C'est une stratégie qui est désormais clairement suivie par le candidat favori de l'establishment : il se concentre sur les grandes villes et les banlieues. Après la contre-performance de Jeb Bush, il lui fallait aller très vite pour empêcher l'incendie Trump de se propager à tout le sud des États-Unis. Il s'est donc précipité dans le Tennessee et, depuis cet État, a adressé son message à tout le pays : «Il est temps d'arrêter de se déchirer entre républicains», a-t-il averti. «Si nous nous battons encore en septembre, nous perdrons les élections à venir, mais également pendant les 25 prochaines années.»

Bien entendu, il est le rassembleur.

Son souci est que les électeurs ne le voient pas tout à fait ainsi.

Le rejet de l'establishment est fort, au profit de deux hommes qui sont extrêmement radicaux : Donald Trump et Ted Cruz. Ben Carson pourrait également faire une remontée inattendue dans ces États dans lesquels la religion pèse encore de tout son poids. Le catholique Rubio n'est donc pas le candidat le mieux placé. Pourtant, il lui faut aller très vite, car les élections vont s'enchaîner. D'ailleurs, après la Caroline du Sud, tout va très vite : le Super Tuesday, qui est prévu pour le 1er mars, arrive à grand pas. Dans le Tennessee il est même déjà là, car cet État pratique le early voting, autrement dit : on y vote en avance.

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Photo: Jean-Eric Branaa, février 2016.

Le Sud ne fait jamais tout à fait les choses comme le reste des États-Unis ; ici, on appelle ces États les SEC. En anglais, cet acronyme désigne les États qui participent la conférence du sud-est («Southeastern Conference») en football collégial. Pour ceux qui n'aiment pas le football, cela signifie «le Sud». Les SEC primaries - les primaires du Sud - sont particulièrement redoutées par les candidats de l'establishment cette année. Même en Floride, Marco Rubio risque d'y laisser des plumes. Et s'il perd dans l'État qu'il représente au sénat, ce sera terminé pour lui.

Le vote par anticipation dure deux semaines et il se termine le 23 février. Dans certains comtés, il se prolongera encore pendant deux jours. Alors ce soir, je suis aller assister à ce vote dans une bibliothèque du comté de Williamson, au sud de Franklin. Il y a 95 comtés dans le Tennessee. Chacun d'entre eux a ouvert au moins un centre de vote. Je dois dire que ce n'est pas très frappant : il n'y a aucun signe d'une campagne, aucune propagande, aucun petit drapeau ou petites affiches sur le bord des routes, comme il m'est arrivé d'en voir si souvent dans d'autres campagnes. Une campagne plutôt tristounette, donc.

Pourtant, il y a du monde pour voter. Le parking est plein et l'activité dans la salle est régulière, alors que ce vote se prolonge pendant plusieurs jours. Un assesseur m'explique qu'il faut s'attendre à une participation record.

Je m'intéresse plus particulièrement à Scott Sherman, un républicain plus que convaincu, qui m'explique la procédure : il se présente à la table des contrôleurs et présente sa pièce d'identité avec photo. Ce point fait débat aux États-Unis, car la plupart des États n'exigent pas de pièce d'identité, en vertu de l'habeas corpus (un respect de la liberté individuelle hérité de l'Angleterre - Hillary Clinton en a fait un de ses chevaux de bataille). Puis il indique s'il choisit de voter républicain ou démocrate. Avant même de choisir son candidat, on évoque donc tout haut son choix politique !

Une autre chose qui est particulière dans le Tennessee, en comparaison à d'autres États, est qu'il faut signer un registre. Ce n'est pas le cas dans la plupart des États et cette formalité, ici, peut surprendre.

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Photo: Jean-Eric Branaa, février 2016.

Alors Scott Sherman se présente devant une des machines à voter disposées dans la salle. Un assesseur l'accompagne et sélectionne le choix qui a été exprimé : républicain ou démocrate. Scott doit maintenant appuyer sur une case en face du nom du candidat qu'il préfère et la machine enregistre ce vote.

Cela ne s'arrête cependant pas là. Dans le Tennessee, les délégués qui représenteront les candidats lors des conventions politiques de l'été sont eux aussi élus. Scott Sherman doit donc faire ce choix : 17 boutons de plus à appuyer parmi la liste d'environ trois cents noms qui sont proposés. Enfin, il y a d'autres votes couplés avec celui de candidat à la présidence des États-Unis : Scott doit décider qui sera son favori pour le poste de juge de la 21e Cour de district, qui remplacera le sortant dans l'assemblée du comté, et qui sera le prochain assesseur chargé des propriétés.

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Photo: Jean-Eric Branaa, février 2016.

Pour chacun des postes à pourvoir, il peut rajouter le nom de son choix, y compris le sien. Après son vote, il me tend la liste de tous les candidats. On y retrouve les noms de Jeb Bush, Chris Christie, Carly Fiorina, Jim Gilmore, Lindsey O'Graham, George Pataki, Rand Paul ou Rick Santorum. Ils ne sont plus officiellement dans la course. En réalité, ce n'est pas vrai : ils ont juste «suspendu» leur campagne, mais on peut toujours voter pour eux. Sans campagne, ils ne récolteront cependant que très peu de suffrages.

Scott vient d'accomplir son devoir de bon citoyen républicain et a exprimé son choix. Il trouve cela important de pouvoir envoyer un signal à son parti, même si c'est un autre nom qui sort de la compétition au final. Il reviendra en juillet voter pour les élections primaires au niveau de l'État et du comté, et le 8 novembre pour confirmer peut-être ses choix de ce soir. Si son candidat na pas été sélectionné, il se reportera sur celui que son parti aura préféré. Qui a dit que les Américains ne sont pas intéressés par le processus électoral ?

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