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27/09/2016 10:14 EDT | Actualisé 27/09/2016 10:17 EDT

Hillary Clinton n'a pas gagné et Donald Trump n'a pas perdu

Ils étaient plusieurs dizaines de millions devant leur écran, dans la nuit de lundi à mardi, pour assister au premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump. Mais il faudra attendre quelques jours pour savoir si le record de tous les temps - celui de la finale de football américain de l'année dernière - a été battu.

Ils étaient plusieurs dizaines de millions devant leur écran, dans la nuit de lundi à mardi, pour assister au premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump. Mais il faudra attendre quelques jours pour savoir si le record de tous les temps -celui de la finale de football américain de l'année dernière- a été battu: 114 millions, quand même, ça fait du monde!

Mais tous ces téléspectateurs ne seront peut-être pas au rendez-vous pour le prochain débat, qui aura lieu le 9 octobre, car ils n'ont pas assisté au pugilat qu'ils espéraient, plus ou moins secrètement. Les deux candidats, dont l'impopularité atteint des sommets jamais vus pour des aspirants à la Maison-Blanche, croisaient le fer autour de trois grands thèmes: la direction des États-Unis, la prospérité et la sécurité.

"Un odieux mensonge"

Il y a bien eu quelques tentatives d'attaques, mais sans réelle conviction. "Donald Trump a commencé sa carrière politique sur un odieux mensonge en prétendant que le président des États-Unis était étranger et musulman", peut-on retenir de la part d'Hillary Clinton, dans ce qui a été un des deux moments-clés du débat.

Elle faisait alors allusion à une affaire qui empoisonne la campagne comme elle empoisonne la vie politique américaine depuis plusieurs années: cela repose sur ce qu'on appelle aux États-Unis le mouvement "birther", une polémique aussi inutile qu'incompréhensible, et qui a obligé Barack Obama à produire son certificat de naissance voici trois ans.

Donald Trump s'est empêtré hier soir dans cette histoire, qu'il a largement exploitée pendant les primaires, mais dont il ne sait plus comment sortir. L'affaire se retourne aujourd'hui contre lui, donnant l'impression qu'il y aurait une conspiration raciale aux États-Unis, au détriment des Afro-Américains, et Donald Trump étant un de ceux qui soufflent sur les braises. Sur cette question, Hillary Clinton s'est révélée une fine stratège: elle a ainsi laissé le milliardaire parler, parler et parler encore, s'enfonçant un peu plus à chaque mot. Ce moment a dû sembler bien long à l'équipe de campagne du républicain, comme il l'a été pour les téléspectateurs.

Le dragon et la première de la classe

Ce fut d'ailleurs la tonalité générale d'un débat qui avait été présenté comme le débat du siècle et promettait d'être un show extraordinaire. On savait qu'Hillary Clinton était solide sur ses dossiers: elle l'a prouvé, déroulant avec calme et méthode les différents éléments de son programme. Elle a donc rempli son contrat et les observateurs en ont tiré l'impression diffuse qu'elle serait la gagnante de la soirée.

,Mais, encore une fois, on peut être surpris de ne pas la voir terrasser le dragon sans aucune expérience que représente Donald Trump d'après la rhétorique et le ton général de sa campagne. Car, si le débat a donné l'occasion d'un échange un peu plus musclé entre les deux candidats, les échanges ont été plutôt équilibrés sur des sujets qui sont d'une grande importance: l'économie, la sécurité intérieure et le terrorisme ont été au centre des discussions. On a donc parlé emplois, impôts et Irak, en opposant programme contre programme. Pas de petite phrase qui dénote, pas de geste ou d'attitude qui mériterait qu'on s'y attarde: il ne s'est rien passé d'extraordinaire.

Bien sûr, Hillary Clinton a régulièrement averti les électeurs qu'il fallait vérifier les déclarations de Donald Trump et celui-ci a expliqué, à plusieurs reprises, qu'elle n'avait pas l'étoffe pour être présidente. Ses remarques tombaient d'ailleurs souvent plutôt mal à propos: il était plus qu'évident que l'ancienne secrétaire d'État était parfaitement préparée, voire surentraînée. La première de la classe n'a pas déçu dans son rôle et aura rassuré ceux qui avaient encore besoin de l'être.

Donald Trump, pour sa part, a tenu la dragée haute pendant la première demi-heure. L'heure qui a suivi n'a toutefois pas été à son avantage et Hillary Clinton a dominé, mais sans arriver jamais à asséner le coup final. Une seule attaque a été mieux portée, lorsqu'elle a affirmé qu'on ne pouvait pas donner les codes nucléaires à un homme capable de se mettre en colère pour un tweet contre lui.

Quarante jours de campagne

Si le débat a été musclé, parfois un peu viril, il n'y a pas de gagnant qui a émergé, mis à part le modérateur Lester Holt, qui a parfaitement tenu son rôle. Hillary Clinton a été la plus à l'aise et peut être satisfaite de sa soirée. Elle a démontré qu'il est plus prudent de bien se préparer. "Et je me suis également préparée à être présidente des États-Unis", a-t-elle insisté à destination de ceux qui ne l'avait pas encore compris. Mais peut-être pourrait-elle méditer une autre phrase qu'elle a elle-même prononcée: "Je sais que vous vivez dans votre monde, mais la réalité est différente". Car la réalité pour Donald Trump était de ne pas s'écrouler, d'apparaître crédible et de ne pas décevoir ses supporters.

Le débat vu de Columbia (Caroline du Sud).

Sean Rayford/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Or, sur ce plan-là, il a parfaitement rempli son contrat. Utilisant son espace médiatique avec l'habileté qu'on lui connaît, il a même réussi à construire des ponts en direction des cibles qu'il privilégie: les électeurs des États clés, les Swing States. Il sont en effet une poignée qui décideront du sort de l'élection, dont ceux de la Rust Belt, l'ancien centre industriel américain aujourd'hui sinistré. C'est à eux que Donald Trump s'est adressé en prenant des exemples tirés d'expériences "en Ohio ou dans le Michigan", qui ont souffert de la crise.

Si on ne fait pas l'impasse sur le talent de stratège de l'homme d'affaires, on peut alors considérer qu'il a également franchi ce premier obstacle. Match nul ou léger avantage à Clinton, cela signifie également qu'il n'y a pas de défaite de Trump: il sait bien qu'il aura deux autres débats pour décocher des flèches. D'ailleurs, alors qu'Hillary Clinton a tiré à boulets rouges, utilisant même un peu maladroitement et dans la précipitation celle de l'attaque sexiste, qu'elle n'a pas su exploiter comme elle aurait dû, on ne peut s'empêcher de remarquer que Donald Trump a retenu ses coups sur l'affaire des courriels, dont il a pourtant fait l'ossature de sa campagne. Est-ce pour mieux porter son attaque au tour suivant ?

Décidément, cette campagne est loin d'être finie et les indécis risquent de l'être encore pendant quelques jours. Les quarante derniers jours de campagne vont être très tendus et promettent de nouveaux rebondissements.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

The Conversation

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  • Kennedy VS Nixon en 1960
    Le tout premier débat présidentiel aux États-Unis marque le début de l'âge d'or de la communication politique. Ce face à face aurait été décisif dans la victoire du jeune John Fitzgerald Kennedy, même si certains historiens n'en sont toujours pas convaincus.

    "En août, Nixon s'est blessé le genou, il a dû passer deux semaines à l'hôpital. Lors du premier débat, il a dix kilos de trop, il est pâle. Il arrive au débat avec une chemise qui tombe mal et refuse d'être maquillé pour relever son teint. Kennedy, lui, a passé le début du mois de septembre à faire campagne en Californie. Il est bronzé, confiant et reposé", peut-on lire sur le site du Museum of Broadcast Communications, consacré aux émissions de radio et de télévision qui ont marqué l'histoire.
  • Carter VS Ford en 1976
    Vice-président puis président après la démission de Richard Nixon (mis en cause dans le scandale du Watergate), Gerald Ford restera comme le seul dirigeant américain à n'avoir jamais remporté une élection présidentielle. Malgré cette panne de son qui lui coupe le sifflet et une prestation jugée médiocre, Jimmy Carter remportera l'élection de 1976 de justesse.
  • Carter VS Ford en 1976
    Lors du second débat entre les deux candidats de 1976, Ford commettra une bourde qui lui coûtera de nombreuses voix, en déclarant qu'il n'y a "pas de domination soviétique en Europe de l'Est".
  • Carter VS Reagan en 1980
    Stupeur dans le camp démocrate quand le président sortant Jimmy Carter déclare avoir demandé à sa fille de 12 ans sur quel thème devait porter l'élection (à savoir le "contrôle des armes nucléaires").
  • Carter VS Reagan en 1980
    "Êtes-vous dans une meilleure situation aujourd'hui qu'il y a 4 ans ?", demandera Ronald Reagan un peu plus tard aux Américains, face caméra, dans une tirade restée fameuse. Il remportera l'élection haut la main une semaine plus tard.
  • Reagan VS Mondale en 1984
    Ronald Reagan sera à nouveau élu haut la main face à son pâle adversaire démocrate Walter Mondale en 1984. L'ancien acteur fera une nouvelle fois preuve d'un sens aiguë de la répartie, réservant quelques piques à son rival.

    "Je ne ferai pas de l'âge un argument de campagne. Je n'exploiterai pas pour des raisons politiques la jeunesse et l'inexpérience de mon adversaire", déclare-t-il pour neutraliser les critiques sur son âge.
  • Reagan VS Mondale en 1984
    Durant le même débat, Ronald Reagan réutilise la petite phrase qui avait déstabilisé Jimmy Carter et marqué l'opinion en 1980. "There you go again" ("et voilà que vous recommencez") avait-il lancé au candidat démocrate qui critiquait sa position sur le programme Medicare de couverture universelle.

    Connaissant la punchline, Walter Mondale avait préparé une réplique... qui ne fut pas suffisante pour le faire élire. "Reagan était un maître dans l'art de saisir le moment du débat dont tout le monde se souviendrait, pouvait-on lire dans un article de l'agence AP en 2008. Sa formule 'There you go again' désamorçait complètement l'attaque de son adversaire".
  • Quayle VS Bentsen en 1988
    Choisi par Georges Bush pour la vice-présidence, Dan Quayle, compara durant le débat qui l'opposait à Lloyd Bentsen (le ticket de Michael Dukakis, le candidat démocrate) son (in)expérience avec celle de l'ancien sénateur John F. Kennedy, arrivé à la Maison-Blanche après seulement quelques courtes années au Sénat. Mal lui en a pris.

    "J'ai servi avec Jack Kennedy, je connaissais Jack Kennedy, nous étions amis. Sénateur, vous n'êtes pas Jack Kennedy", a rétorqué son adversaire, sous les applaudissements du public.
  • Dukakis VS Bush en 1988
    Si le candidat républicain à la vice-présidence avait connu quelques difficultés, Michael Dukakis, le candidat démocrate à la présidence, ne s'en est pas mieux tiré...

    Distant, pas vraiment chaleureux, il cite chiffres sur chiffres, se réfère à des statistiques compliquées, même quand un journaliste lui demande: "Si votre femme Kitty était violée et assassinée, seriez-vous favorable à la peine de mort pour l'assassin ?" Il répond "non" et indique que la peine de mort est sans effet sur le taux de criminalité.
  • Bush VS Perot VS Clinton en 1992
    C'est la seule et unique fois où trois candidats ont été autorisés à se présenter face aux téléspectateurs.

    Bill Clinton fera preuve de plus de compassion que le président sortant Georges Bush. Le Républicain apparaît en effet déstabilisé, presque muet, quand une femme lui demande s'il ressent la crise "même à la Maison Blanche". Bill Clinton aura certes le temps de préparer sa réponse, mais se montrera plus avenant.
  • Bush VS Perot VS Clinton en 1992
    Bush VS Perot VS Clinton en 1992
    DR
    Durant le même débat, George Bush se retrouve coincé entre les critiques du candidat indépendant Ross Perot et celles du Démocrate Bill Clinton. Il fera preuve d'impatience, voire d'ennui, en regardant sa montre durant le débat. Il a récidivé en 2012, durant la primaire républicaine.
  • Bush VS Perot VS Clinton en 1992
    Par son ton direct, l'indépendant Ross Perot tranche avec le style pompeux du président George Bush père. "Expérience ? rétorque-t-il à Bush qui l'avait interpellé à ce sujet. Oui, j'admets ne pas avoir l'expérience qu'il faut pour endetter le pays de plus de quatre milliards de dollars. Par contre, s'il s'agit de faire quelque chose au lieu de toujours ne faire qu'en parler, alors, cette expérience-là, moi je l'ai".
  • Clinton VS Dole en 1996
    Comme pour Reagan en 1984, l'âge du candidat républicain Bob Dole était pointé du doigt par ses opposants. Quand celui-ci tente de se défendre en estimant qu'il n'est pas trop vieux pour la Maison-Blanche (il avait 73 ans), Clinton répond: "Je ne crois pas que le sénateur Dole soit trop vieux pour être président, c'est l'âge de ses idées que je remets en cause". Touché coulé.
  • Bush VS Gore en 2000
    Quelques semaines avant l'imbroglio du vote en Floride et le recomptage des voix, le démocrate Al Gore questionne directement le Républicain Georges W. Bush durant le débat. Et Quand celui-ci esquive la question, Al Gore se lève pour aller à la hauteur de son rival et l'impressionner.
  • Bush VS Kerry en 2004
    Peu après le premier débat, une rumeur court selon laquelle George W. Bush portait une oreillette. Elle ne fera pas long feu. Le face-à-face des deux candidats a porté sur la guerre en Irak, débutée un an plus tôt. Les deux rivaux jaugent leurs capacités respectives de "leader of the free world".

    "Le président n'a pas trouvé d'armes de destruction massive en Irak. Par conséquent il a transformé sa campagne en une arme de tromperie massive", affirmera plus tard John Kerry.
  • Obama VS McCain en 2008
    Tenant à se démarquer du président sortant George W. Bush et de son image désastreuse, le candidat républicain John McCain s'adresse à Barack Obama à la fin du troisième débat: "M. le sénateur Obama, je ne suis pas le président Bush. Si vous vouliez être candidat face au président Bush, il fallait vous présenter il y a quatre ans".
  • Obama VS McCain en 2008
    Lors du deuxième débat, à propos d'une loi favorable aux compagnies pétrolières, John McCain explique aux téléspectateurs : "Vous savez qui a voté pour ? Vous n'auriez jamais deviné. Celui-là", en désignant du pouce et sans le citer Barack Obama, qui sera loué pour son calme et son assurance.
  • Obama VS Romney en 2012
    On le sait, Barack Obama a le sens de la formule. Dès ses premiers mots, lors du premier débat contre le Républicain Mitt Romney en 2012, il s'adresse à sa femme Michelle à l'occasion de leurs noces de porcelaine: "Il y a vingt ans, je suis devenu l’homme le plus chanceux de la Terre parce que Michelle Obama a accepté de m’épouser. Et je veux donc juste te souhaiter un bon anniversaire, chérie, et te faire savoir que l’an prochain nous ne le célébrerons pas devant 40 millions de personnes."

    Bon esprit, Mitt Romney a félicité son adversaire: "Je suis sûr qu’être ici avec moi était l’endroit le plus romantique que vous puissiez imaginer."
  • Obama VS Romney en 2012
    Bien préparé pour son dernier face-à-face avec Obama, le Républicain Mitt Romney se lance dans une critique des coupes budgétaires dans l'armée.

    Le président sortant, populaire et rodé, le corrige avec une réplique des plus redoutables: "Je crois que le gouverneur Romney n'a peut-être pas passé assez de temps à regarder comment nos forces armées fonctionnent. Vous avez mentionné la Navy et le nombre inférieur de navires par rapport à 1916. Eh bien, gouverneur, nous avons également moins de chevaux et de baïonnettes parce que notre armée a changé".

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