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24/10/2016 10:06 EDT | Actualisé 24/10/2016 10:06 EDT

Le sort réservé aux victimes de viol

Voici le récit qu'une amie Facebook me demande de publier tout en respectant son anonymat. Ce que raconte la victime présumée, Alice Paquet n'est malheureusement pas une situation exceptionnelle.

Voici le récit qu'une amie Facebook m'a demandé de publier tout en respectant son anonymat. Ce que raconte la victime présumée, Alice Paquet n'est malheureusement pas une situation exceptionnelle. Plusieurs femmes, victimes de viol, ne trouveront pas toujours une oreille attentive et compréhensive de la part des autorités policières et\ou de leur entourage.

Voici donc ce récit bouleversant et chavirant que cette femme me demande de publier ici afin d'aider à démystifier un tant soit peu le mystère entourant la culture du viol. Je tiens à la remercier publiquement pour la confiance dont elle fait preuve à mon égard.

Ceci se veut un message pour les gens qui portent un jugement facile et souvent impitoyable envers les victimes de viol. Les commentaires sur le net que j'ai lus suite à la sortie publique et courageuse d'Alice Paquet m'ont mise en colère. J'ai été moi-même victime d'un viol crapuleux, il y a deux ans. Je veux conscientiser les gens qui accusent souvent la victime et les conséquences que cela peut avoir.

Deux ans ont passé depuis mon agression subie par un ami d'enfance qui, en mettant du GHB dans mon verre, m'a violé. C'est en état de choc que je me suis présentée au poste de police pour porter plainte. Après deux jours d'interrogatoire épuisants et une visite à l'hôpital pour faire un examen et compléter une trousse médico-légale, l'enquêteur qui avait recueilli ma plainte m'a sorti un jugement gratuit qui m'a démolie encore plus. Il m'a dit qu'il ne croyait pas qu'il avait mis du GHB dans mon verre, qu'il me serait difficile de gagner en cour avec mes trous de mémoire et le manque de preuve.

Dans l'état dans lequel je me trouvais, j'ai abandonné le processus de plainte. Si l'enquêteur ne me croyait pas, je ne voyais pas la pertinence de poursuivre.

Les conséquences de cette agression que j'ai subie ont été énormes. Dépression sévère, choc post-traumatique, arrêt de travail, perte de revenus donc difficulté financière, stress, perte d'estime de soi, attaques de panique, incapacité à faire confiance aux gens, auto-destruction, sentiment de culpabilité, etc. Je pourrais continuer longtemps!

Je commence enfin à retrouver ma vie qui ne sera plus jamais la même. Après deux ans!!! J'ai dû aller chercher de l'aide, car je n'arrivais pas à surmonter cette épreuve et le suicide devenait pour moi une option. J'ai perdu beaucoup d'amies qui ne comprenaient pas ma situation et qui au final m'ont laissé tomber, car c'est lourd quelqu'un qui va mal...

Alors, avant de porter un jugement sur la victime, réfléchissez!!! Ces commentaires peuvent faire tellement de dommages pour la victime.

Qu'elle ait bu de l'alcool, qu'elle l'ait suivi dans sa chambre d'hôtel.... RIEN ne donne le droit à quelqu'un d'abuser d'une personne. On peut retirer notre consentement à tout instant.

Cette jeune fille a eu le courage de dénoncer publiquement et croyez-moi, ça ne doit pas être facile. Elle s'expose malgré elle aux jugements tordus et gratuits des gens qui cherchent à discréditer la personne qu'elle est. Elle n'aurait pas dû boire avec lui, monter dans sa chambre... C'est incompréhensible qu'en 2016, la mentalité ait si peu évolué. Alors, si vous ne pouvez vous retenir de juger une victime de viol, ayez au moins la décence de garder vos commentaires pour vous.

Ne sous-estimez jamais les conséquences de tels jugements envers une victime déjà démolie. Nous sommes déjà en prison, en quelque sorte, pendant que notre agresseur trop souvent, lui, continue sa vie comme si rien ne s'était passé.

Alors? Comprenez-vous un peu mieux?

D'une fille qui commence à peine à recoller les morceaux de son cœur....

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