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13/04/2015 11:58 EDT | Actualisé 13/06/2015 05:12 EDT

Un ordre professionnel pour les préposés aux bénéficiaires

Loin de moi l'idée de dénigrer ce métier que je qualifie plutôt de vocation et que j'ai moi-même exercé durant 31 ans. Mais ne croyez-vous pas, monsieur Barrette, que comme certains médecins, tous n'ont pas la patience et/ou le tact nécessaires pour traiter leurs patients avec respect et dignité?

Monsieur Barrette,

En tant que ministre de la Santé, vous n'êtes pas sans savoir que les personnes âgées vivant en CHSLD, ainsi qu'en résidences privées, sont parfois victimes de maltraitance commise par certaines personnes exerçant le métier de préposé aux bénéficiaires (PAB).

Heureusement, pour nous tous, de tels cas ne sont pas légion. Par contre, il semble y avoir de plus en plus de signalements d'incidents fâcheux qui minent la crédibilité du Réseau de la santé en entier. Certains cas sont lourdement médiatisés. Il ne se passe pas une semaine sans que nous n'entendions pas parler d'un ou de plusieurs cas de maltraitance envers les aînés.

Le travail important accompli par les préposés n'étant réglementé d'aucune façon, le préposé dénoncé et dont la maltraitance est prouvée (encore faut-il avoir le courage de le dénoncer) pourra, à la discrétion de l'employeur, soit être maintenu en poste comme si rien ne s'est passé, être suspendu un certain temps ou être congédié. Le PAB qui est congédié pourra travailler à nouveau dans un autre endroit dès le lendemain s'il le désire, car son manquement ne sera révélé à personne. Ainsi, nous ne faisons que refiler le problème à un autre employeur et le PAB pourra recommencer son manège tout au long de sa vie sur le marché du travail.

Loin de moi l'idée de dénigrer ce métier que je qualifie plutôt de vocation et que j'ai moi-même exercé durant 31 ans. Mais ne croyez-vous pas, monsieur Barrette, que comme certains médecins, tous n'ont pas la patience ainsi que le tact nécessaires afin de traiter leurs patients avec respect et dignité ?

Les établissements publics exigent et vérifient systématiquement que le PAB a reçu la formation minimale requise afin d'embaucher tout nouveau préposé. Ceci n'est visiblement pas le cas au privé, qui avec une moyenne salariale dérisoire de 12 $ de l'heure embauche, dans certains cas, à peu près n'importe qui. D'autant plus que depuis l'adoption de la loi 90, les PAB dispensent certains médicaments et font des injections. Ce qui augmente considérablement le risque d'erreurs potentiellement dommageables, voire même mortelles.

Or, pour toutes ces raisons et d'autres pour lesquelles je voudrais vous rencontrer, vous ou un sous-ministre ou toute autre personne que vous pourrez désigner afin que nous puissions en discuter. Je vous demande votre avis, ainsi que votre coopération, afin de mettre en place un ordre professionnel des personnes préposées aux bénéficiaires s'il s'avère nécessaire de le faire. Ceci afin, bien évidemment de protéger les utilisateurs du Réseau de la santé et des services de santé privés. À mon humble avis, un tel organisme est la seule option possible afin que l'image du Réseau ainsi que celle des PAB envers qui la population est de plus en plus méfiante, soient rétablies.

D'autres provinces ont mis en place un registre qui, en fin de compte,ne donne pas les résultats escomptés. Ce sont toujours les employeurs qui décident du sort d'un PAB incompétent et ce sont toujours les patients qui feront les frais de mauvaises décisions administratives. Que fera l'employeur qui embauche sa fille ou son fils comme préposé s'il y a maltraitance ? Poser la question, c'est y répondre. La personne sera simplement mutée sur un autre étage ou dans un autre département. Cette situation n'est nullement hypothétique. Elle arrive plus souvent que ce que nous croyons.

Ayant décidé d'être proactif, je vous offre mon entière collaboration et ma disponibilité afin de travailler sur la mise sur pied de cet ordre professionnel si vous le jugez à propos. Je tiens à vous dire que j'ai reçu des dizaines de commentaires favorables à cette démarche de la part PAB et d'utilisateurs du Réseau. Si cette missive ne donne aucun résultat, je compte présenter une pétition par l'entremise d'un député d'un parti d'opposition, aux membres de l'Assemblée nationale du Québec. Ma toute dernière pétition déposée à l'Assemblée nationale a inspiré la tenue d'une Commission parlementaire portant sur les conditions de vie en CHSLD. Commission qui s'est terminée avec la tenue du scrutin du 7 avril 2014.

Je vous remercie à l'avance de l'attention que vous porterez à ma proposition et je vous assure de mon entière collaboration afin d'améliorer le sort de milliers de personnes qui se retrouvent bien malgré elles dans les établissements sensés leur procurer des soins respectueux et digne de notre société qui se dit civilisée.

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