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30/05/2016 10:05 EDT | Actualisé 31/05/2017 05:12 EDT

Lettre à Gaétan Barette

La cause qui me tient le plus à cœur est celle du sort réservé aux personnes vivant en CHSLD. Des cadres sont même payés, entre autres, pour compter et distribuer un certain nombre de culottes d'incontinence par patient et par quart de travail. C'est fou hein l'efficience?!

Monsieur Barrette

Il fut un temps où je croyais pouvoir vous rencontrer. Un temps où naïvement je croyais pouvoir contribuer à l'amélioration des soins de santé au Québec. J'ai parlé en personne à des membres de votre entourage. Nous avons aussi eu de nombreux échanges de courriels. Depuis ce temps je vous observe, vous écoute et vous regarde aller dans les divers médias. Honnêtement avec tout ce que j'ai vu et entendu je n'ai plus aucune intention de vous rencontrer. À quoi bon?

Vous semblez avoir toujours raison. Je vous qualifie même du dieu de la santé du Québec et je soupçonne même que cela vous fait un petit velours. Vous avez probablement entendu parler de moi. Je suis aussi présent, pas autant que vous évidemment, dans les divers médias qui, de façon générale, m'appuient dans mes démarches. La cause qui me tient le plus à cœur est celle du sort réservé aux personnes vivant en CHSLD.

Oui, vous savez ces endroits que vous et vos prédécesseurs osez qualifier de «milieux de vie.» Ce milieu de vie est un endroit où on lève le patient à 7h et le couche à 18h ou 19h. C'est un endroit ou il mange des repas concoctés pour la mirobolante somme de 3$ en moyenne et cette même bouffe est préparée et cuite dans une cuisine satellite et livrée le lendemain, incluant les rôties! Afin d'être réchauffée et distribuée à tous ces vieux. Pourquoi est-ce ainsi? Vous le savez et moi aussi je le sais. Il y a des groupes qui gèrent plusieurs CHSLD qui sont bel et bien publics, mais gérés par le privé.

Ainsi la notion de profits est primordiale pour ces administrateurs millionnaires. Des cadres sont même payés, entre autres, pour compter et distribuer un certain nombre de culottes d'incontinence par patient et par quart de travail. C'est fou hein l'efficience?! C'est ainsi qu'on traite ceux qui sont passés avant vous et moi. Ceux qui ont bâti le Québec dans lequel il faisait bon vivre avant que certaines personnes prennent le pouvoir. Ceux qui, pour certains, sont parqués devant la télé du matin jusqu'au soir. Ils sont tout de même chanceux, car la télé est syntonisée à un poste de nouvelles en continu. Ce qui fait en sorte qu'ils vous voient plusieurs fois par jour.

Un bain par semaine. Pas plus

Ah la fameuse histoire des bains. Selon vous, des experts ont statué qu'un bain par semaine est suffisant. Mais qui sont donc ces experts? Pourriez-vous les identifier? Les autres jours, on lave nos vieux à la débarbouillette. Vous avez même affirmé avoir lavé des patients vous-même à la débarbouillette et avez ajouté qu'ils étaient très bien lavés. Je n'en doute même pas. Mais combien de jours de mois ou d'années avez-vous passés à laver des patients? Combien de patients aviez-vous à votre charge? Comme il n'y a aucun ratio intervenant-patient établi par votre ministère, ce ratio varie d'un établissement à l'autre. Huit à un endroit et quinze à l'autre.

Imaginez-vous avoir à laver, mobiliser, surveiller, aider à faire manger, conduire à la toilette, changer la culotte d'incontinence et tenter de réconforter quinze patients! C'est totalement inhumain. J'ai la folle envie de vous donner un conseil d'ami, même si je n'en suis pas un. Vous devriez consulter ceux que je considère être les vrais experts. Oui, ceux qui sont sur le terrain. Vous savez ceux qui se démènent sur le terrain. Les préposées aux bénéficiaires, les infirmières ainsi que les infirmières auxiliaires. Toutes ces personnes pourraient vous donner de très bons conseils sur le fonctionnement des CHSLD. Sur comment les rendre plus humains. Après tout ce ne sont pas des usines et les patients ne sont pas des boites! Il y a aussi les patients eux-mêmes ainsi que les membres de leurs familles qui pourraient vous aider dans votre cheminement. Oui je sais, vous préférez vous appuyer sur les recommandations des présidents de CISSS et de CIUSSS. Ils doivent être compétents après tout, car c'est vous qui les avez nommés. Vous devriez tout de même leur demander si dans leurs bureaux, ils ont déjà senti l'odeur d'urine qui flotte dans l'air de la plupart des CHSLD. Ils vous répondraient probablement que non, car votre récente réforme a fait en sorte d'éloigner les grands décideurs du patient et du personnel. Je ne crois pas qu'un président de CISSS et encore moins celui d'un CIUSSS s'abaisse à installer son bureau dans un CHSLD.

Payer pour un deuxième bain

Vous avez affirmé qu'il relève du patient et\ou des membres de sa famille de payer pour avoir un deuxième ou troisième bain. Je me souviens de votre montée de lait il n'y a pas si longtemps alors que les médias (encore eux) vous ont appris que certains résidents payaient jusqu'à 40$ au mois afin d'avoir un deuxième bain. Ce manège, bien qu'illégal, se poursuit et je soupçonne que vous n'êtes toujours pas d'accord avec ce modus operandi. Par contre, vous ne voyez rien de mal à ce que le résident débourse un peu moins afin de se faire laver par un employé œuvrant pour une entreprise d'économie sociale. Voilà donc que vous cautionnez le fait que certaines personnes puissent exiger plus d'un bain par semaine pour autant qu'il ne soit pas donné par le personnel du CHSLD. Vous aurez beau répéter ad nauseam qu'un bain hebdomadaire est suffisant, mais force est d'admettre que ce n'est pas le cas. D'autres qui n'ont pas les moyens financiers et le luxe de se payer ce bain supplémentaire vont demander à leur médecin une prescription médicale.

Nous en sommes rendus là? Mais j'y pense il y a aussi les médias (oui encore eux) qui peuvent servir à vous sensibiliser. Ça fonctionne souvent d'ailleurs. Plusieurs situations dénoncées par les médias vous ont fait réagir. Vous avez même affirmé être touché par la situation d'un homme de 43 ans qui demande trois douches par semaines. Ouf! Qu'il est exigeant celui-là. Mais dites-moi, combien de personnes y a-t-il dans cette même situation dans les CHSLD? Devront-elles toutes faire appel aux médias?

Je rêve

Un jour peut-être avec le vieillissement de la population qui s'accélère, les artistes, les travailleuses et travailleurs du Réseau de la santé, les patients, les élus de votre formation politique ainsi que ceux des partis d'opposition, les organisations syndicales et la population en générale comprendront qu'une société civilisée digne de ce nom traite ses personnes aînées avec respect, amour et dignité. Je rêve de ce jour où toutes et tous ensemble nous nous lèverons et crierons haut et fort afin que vous nous écoutiez vous dire que nous en avons assez. Je sais très bien et vous le savez aussi, ce moment historique n'est pas encore arrivé. Vous avez donc toujours le champ libre pour continuer le saccage du Réseau de la santé et défendre ce que je qualifie de maltraitance institutionnalisée que doivent vivre les personnes vivant en CHSLD.

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