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23/04/2015 10:02 EDT | Actualisé 24/06/2015 05:12 EDT

Les bains au noir dans les CHSLD

À partir du moment où le patient pourra décider du nombre de bains par semaine qu'IL veut prendre, peut-être les CHSLD pourront enfin porter le non de ''milieux de vie.'' Il faut que ces endroits et le personnel y travaillant s'adaptent aux patients et non l'inverse.

Nombre de bains acceptable

Depuis mon passage à l'émission de Denis Lévesque, les témoignages de personnes préposées aux bénéficiaires (PAB) remplissent ma boite de message. Certains sont d'accord avec le fait que des PAB de CHSLD puissent donner des bains en dehors de leurs heures de travail et d'autres, pour diverses raisons n'approuvent pas cette forme de travail au noir.

Je suis totalement en désaccord avec le fait que toute personne puisse retirer un bénéfice en travaillant au noir. Cela dit, je ne blâme pas les personnes qui le faisaient. J'imagine que la grande majorité d'entre elles le faisaient par compassion et non pour l'appât du gain. Je ne crois pas que le véritable scandale concernant cette histoire soit le travail au noir comme tel. Non je crois que ce qui nous désole en tant que société c'est de constater l'indifférence avec laquelle a réagi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Premièrement il dit ne pas avoir été mis au fait que la pratique des bains au noir existe. Ce n'est pourtant pas ce que nous apprennent certains intervenants du milieu qui affirment que non seulement Gaétan Barrette en avait été informé, mais son prédécesseur à la santé, Yves Bolduc savait depuis 2011! De plus, les directeurs et directrices des CHSLD connaissaient l'existence de cette pratique, mais ne sont jamais intervenus. Il est sans doute plus facile pour eux de laisser aller ce stratagème, car ainsi ils n'ont pas à justifier le fameux ''un bain par semaine ' instauré par je ne sais qui, aux patients et aux membres de leurs familles.

Pourquoi je suis contre cette pratique

Premièrement, une personne qui donne des soins en dehors de ses heures de travail le fait de façon illégale. S'il fallait qu'elle se blesse, l'employeur serait le premier à contester et dirait probablement qu'il ne savait pas que l'employé dispensait des soins après son quart de travail. Imaginez aussi qu'un patient est malencontreusement blessé alors que ce même PAB s'occupe de lui. Qui sera blâmé, croyez-vous? Non seulement l'employeur ne sera pas mis en cause, mais il sera sans doute le premier à rejeter la faute sur le PAB, qui perdra probablement son emploi ou sera fortement sermonné.

Louis Plamondon, porte-parole de l'Association québécoise de défense des personnes retraitées et préretraitées, est lui aussi contre les bains au noir. Lors de notre passage à LCN, il a proposé que les organismes d'économie sociale puissent donner les bains en surplus moyennant rétribution. Encore là je suis contre cette idée, car les personnes vivant en CHSLD paient pour y vivre et ont contribué financièrement aux réalisations sociétales tout au long de leur vie. Si nous permettons cela, allons-nous par la suite facturer la nourriture, les soins de plaies ou encore les changements de culottes d'incontinence? Le Réseau de la santé deviendra-t-il, comme certaines résidences privées qui facturent le moindre extra ? Voici quelques exemples : un homme, incapable de se raser par lui-même devra débourser tout près de 300$ par mois. Votre condition médicale exige que vous portiez un bas support ? On viendra vous le mettre pour la ''modique'' somme de 200$ par mois. Le système approuvé par Gaétan Barrette d'un bain par semaine et six toilettes partiel vous coutera 450$ mensuellement. Vous avez besoin d'aide partielle pour vous alimenter ? Soit, on vous facturera environ 215$ pour ce faire en plus de 320$ par mois pour livrer deux repas par jour à votre chambre. Voulons-nous vraiment en arriver là ?

Le ministre

Gaétan Barrette, quant à lui trouve acceptable que les aînés n'aient droit qu'à un seul bain par semaine. Il évoque toutes sortes de raisons plus farfelues les unes que les autres. Selon lui, certaines personnes âgées ont carrément peur de l'eau. Je peux comprendre que certaines maladies peuvent effectivement affecter le comportement et même rendre agressives certaines personnes. Mais ce n'est pas le cas pour la majorité des personnes vivant en CHSLD. Le ministre disait aussi qu'il avait lui-même lavé à la débarbouillette plusieurs patients et que cette méthode est aussi efficace qu'un bain. Permettez-moi d'en douter. Qui parmi vous, incluant les élus de l'Assemblée nationale, se lave ainsi six jours par semaine ? Cette méthode fait en sorte qu'on vous lave le visage, les aisselles, les fesses et les parties génitales. Pour le reste faudra attendre le bain hebdomadaire !

Une solution simple

Dans le Réseau de la santé près de la moitié des employés sont détenteurs de postes à temps partiel. Or pourquoi ne pas offrir aux PAB à temps partiel ou à ceux n'ayant pas aucun poste d'entrer au travail une journée de plus par semaine afin de donner des bains aux patients qui le désirent ? Tous y trouveraient ainsi leur compte. L'employé travaillera plus et ne cherchera pas à travailler ailleurs afin de boucler ses fins de mois et le patient aura plusieurs bains par semaine s'il le désire. Cela sans qu'il ne débourse un seul sou de plus. La douche avec un siège adapté sécuritaire pourrait aussi être une solution efficace et plus rapide que le bain, pourvu que la condition du patient permette cette alternative.

À partir du moment où le patient pourra décider du nombre de bains par semaine qu'IL veut prendre, peut-être les CHSLD pourront enfin porter le nom de ''milieux de vie.'' Il faut que ces endroits et le personnel y travaillant s'adaptent aux patients et non l'inverse. Si l'on offre un milieu de vie, faisons les efforts afin que les aînés ayant quitté leur foyer qu'ils habitaient depuis 30, 40 ou 50 ans aient des soins dignes et respectueux. Ne croyez-vous pas que nous leur devons au moins cela ? Il me semble déjà entendre Gaétan Barrette nous dire que cela est inapplicable et que le seul bain offert l'est. Pourtant il semble être le seul à penser ainsi depuis un certain temps. Qu'il n'arrive pas non plus avec la formidable (?!) idée de proposer un deuxième bain par semaine. Car ni lui ni quelconque autre élu, ministre ou gestionnaire ne peut dicter le nombre de bains auquel a droit une personne. Qui est-il pour décider de cela?

Manifestation

Je songe, et ce depuis longtemps, à organiser une marche de la dignité. Marche à laquelle tous et toutes seront les bienvenues. Entre temps, il faut maintenir cette histoire de bains en vie partout dans les médias pour faire en sorte que cette situation s'améliore.

Faisons-le pour eux, car nous serons eux un jour !

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