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22/11/2015 09:37 EST | Actualisé 22/11/2016 05:12 EST

Revoir les mandats des agences culturelles au Québec

Le parti libéral a promis d'accroître le financement des agences culturelles canadiennes. On ne peut qu'être d'accord avec cette initiative mais elle doit se faire de façon réfléchie et sérieuse.

La culture, fibre majeure de notre identité, a été malmenée durant les années conservatrices. Le parti libéral a promis d'accroître le financement des agences culturelles canadiennes que sont Téléfilm Canada, l'ONF, le Conseil des arts et la Société Radio-Canada. On ne peut qu'être d'accord avec cette initiative mais elle doit se faire de façon réfléchie et sérieuse.

Le gouvernement nouvellement formé a nommé Mélanie Joly comme nouvelle ministre de Patrimoine Canada. Pourquoi ne pas profiter de ce vent de fraîcheur et de renouveau pour revoir en profondeur le rôle de ces agences?

Oublions un instant la légendaire méfiance au sein même des institutions fédérales de même que les sempiternelles divergences avec les agences provinciales et proposons une ère d'ouverture menant à des partenariats profitables pour l'ensemble de la communauté culturelle.

Voici des pistes à explorer sur lesquelles les discussions pourront s'engager. Pourquoi ne pas instaurer des programmes conjoints entre le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts et lettres du Québec? Avec un même guichet de réception de projets! Moins de paperasse, moins de jurys à mettre sur pied, moins de délais.

Alors que certains programmes d'aide sont parfois quasiment identiques, une réflexion s'impose pour que chaque institution ait soit son champ d'action propre ou bien unisse certains programmes en vue de simplifier les démarches d'artistes qui ne s'y retrouvent plus et souvent doivent recourir aux services d'experts-spécialistes de demandes de financement.

La SODEC, Téléfilm Canada et l'ONF

Téléfilm Canada et la SODEC sont les principaux partenaires financiers de l'industrie du long métrage québécois. De frustrantes aberrations empoisonnent fréquemment les espoirs des producteurs et créateurs alors qu'un projet est accepté par l'un et rejeté par l'autre. De plus les deux organismes ont des programmes d'aide se ressemblant, appelés œuvres pour cinéastes émergents, œuvres à micro-budget, œuvres pour le secteur indépendant. Ce fatras bureaucratique alourdit une fois de plus le système et des échanges constructifs entre les deux organismes pourraient grandement améliorer et simplifier le système.

Il est important de mentionner l'incontournable source de financement que sont les crédits d'impôt. Les producteurs bénéficient du crédit d'impôt provincial et du crédit d'impôt fédéral. Nous sommes devant une double lourdeur administrative longue et exténuante. Un mariage dans la simplicité pour ces deux poids lourds de la bureaucratie «culturelle» serait bienvenu.

L'aberration du financement intérimaire entraîne un coût dans les budgets de production difficilement justifiable. Les banques, presque sans risque, financent avec intérêt l'attente des décisions des organismes pour l'obtention des crédits d'impôt. Ce système est-il vraiment adéquat?

Il y aurait également lieu de penser à harmoniser la définition de producteur régional. Pour le Fond des médias du Canada, un producteur régional doit demeurer à cent-cinquante kilomètres des grands centres; pour la SODEC, cinquante kilomètres suffisent! Et les mêmes projets sont souvent déposés aux deux organismes!

L'Office national du film du Canada, institution respectée et enviée partout dans le monde pour sa vaste collection, ses films documentaires et d'animation d'auteur et, ces dernières années, la production innovatrice d'œuvres interactives sur diverses plateformes, mérite un soutien accru.

Comment expliquer que la SODEC, Téléfilm et l'ONF ne soient pas intimement liés en matière de production documentaire d'auteur? Comment expliquer la quasi-absence de collaboration des institutions avec l'ONF concernant le film d'animation d'auteur, genre où le Canada bénéficie d'une reconnaissance internationale? Que dire des décourageantes embûches du volet expérimental du Fond des médias du Canada qui compliquent les coproductions du secteur privé et de l'ONF!

Qu'en est-il de la relation amour-haine avec notre Société Radio-Canada?

Premier constat : le besoin d'un diffuseur public indépendant sur toutes les plateformes est essentiel. Deuxième constat : notre diffuseur public doit songer à se «dégénéraliser», se «décotedécoutiser», redevenir le «phare» du développement culturel de la francophonie canadienne. Troisième constat: une expression du monde du cinéma, «l'argent doit se retrouver à l'écran!» Et dans ce cas-ci au petit écran qu'il soit ordinateur ou téléviseur ou appareil-radio!

Serait-il possible, qu'en situation de compressions budgétaires, notre société publique ait sabré dans des secteurs vitaux heurtant au passage des artisans créatifs pendant que la chaîne des gestionnaires serait demeurée indemne ?

Dans le cadre de l'examen de son mandat et de son refinancement, il est primordial que Radio-Canada propose un plan d'affaires et d'action. Les secteurs Jeunesse, Variétés, Sport, Information et Dramatique devront être revus et repensés.

Le secteur Jeunesse doit reprendre sa place d'avant-garde d'innovation et de créativité. Étant donné les coûts de production de plus en plus élevés, ne serait-il pas envisageable de créer des partenariats avec les autres diffuseurs francophones éducatifs que sont Télé-Québec et TFO ?

Il sera intéressant de revisiter le secteur Variétés où, parfois, lors d'émissions à «pluggage», animateurs et invités plateauniciens apprennent aux hors-Montréal quels livres lire, quels films voir, à quels spectacles d'humoristes il faut assister ! Ces rapports incestueux sont loin de refléter l'ensemble de la vitalité culturelle francophone qu'une télévision publique a le devoir de représenter.

En matière de Dramatique, la décentralisation de la production doit être priorisée. Afin d'assumer un rôle structurant dans le développement culturel régional, la SRC doit s'impliquer dans la production de téléromans et de téléséries produits à l'extérieur de Montréal.

Le rôle d'une télévision publique en Sport est questionnable. Au fil des ans, des chaînes câblées privées ont efficacement pris le relais. Il peut être acceptable que des événements ponctuels et nationaux puissent être pris en charge par la télévision publique. La diffusion des Jeux olympiques de 2016, 2022 et 2024 par CBC/SRC mérite d'être examinée. Des partenariats avec Bell Média et Rogers permettront peut-être de rentabiliser ces productions. Il faut une fois de plus dans ce cas-ci se pencher sur le mandat de la télévision publique et des ressources nécessaires au maintien de ce secteur.

L'Information demeure un secteur crucial et le plus souvent critiqué. Que ce soient autant pour les bulletins de nouvelles que les émissions d'information, les reproches fusent. L'approche présumée montréalaise déplaît aux autres Québécois, l'approche présumée québécoise déplaît aux francophones de l'extérieur du Québec. On accuse également fréquemment le manque d'objectivité, certains soulignant que des tendances politiques sont subtilement favorisées par rapport à d'autres.

Le milieu de la production indépendante se plaint depuis longtemps de l'absence d'un secteur Documentaire qui serait séparé du secteur Information. Il ne fait pas de doute que l'information, secteur très pointu puisqu'il implique indépendance et liberté d'expression, doit être revu en toute transparence avec l'implication de groupes extérieurs pour en garantir l'intégrité et la neutralité.

Le rôle du CRTC?

Un fait à souligner: cette année même, l'organisme a abaissé le pourcentage minimum de contenu canadien exigé pour les diffuseurs.

Décision possiblement dangereuse pour les producteurs indépendants! Le CRTC se doit d'examiner de très près la production sur les nouvelles plateformes en vue de parer à la menace d'envahissement de contenu étranger et d'éviter ainsi les risques d'appauvrissement du contenu canadien. Soyons vigilants et prenons notre juste place avant que, au nom de dogmatiques et obscurs traités de libre-échange, nous soyons obligés de nous agenouiller devant des multinationales gourmandes et insatiables.

Il nous faut profiter de l'ouverture manifestée par le nouveau gouvernement actuel et ne pas craindre de remettre en question des institutions empoussiérées, maintenues dans de silencieux tabous politiques. Souhaitons que le vent de changement se concrétise.

«Le problème du rôle de l'art débouche sur celui de la culture et du sens que les hommes confèrent à leur existence; il revêt donc aujourd'hui une importance capitale ». 1968, Rencontres internationales de Genève. L'art dans la société d'aujourd'hui.

Cette sentence demeure d'actualité.

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