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21/01/2018 08:00 EST | Actualisé 21/01/2018 08:00 EST

Une Ayotte d'Amérique, future vice-présidente des États-Unis?

Jeune sénatrice du New Hampshire de 2010 à 2016, Kelly Ayotte est l'une des étoiles montantes du Parti Républicain.

Mike Segar / Reuters
Son discours fort remarqué à la Convention de 2012 l'avait fait connaître dans tout le pays.

Jeune sénatrice du New Hampshire de 2010 à 2016, Kelly Ayotte est l'une des étoiles montantes du Parti républicain. Son discours fort remarqué à la Convention de 2012 l'avait fait connaître dans tout le pays, –un peu comme celui d'Obama à la Convention démocrate de 2004- au point où certains la voyaient comme colistière en 2016, la nouvelle Sarah Palin du Parti républicain. Mais c'était avant l'arrivée du Grand Orange de malheur...

Brillante avocate, diplômée de Penn State, Ayotte était procureure avant de se lancer en politique. Pour atteindre le Saint-Éénacle, elle a dû d'abord battre Ovide Lamontagne lors des primaires républicaines. Jadis largement démocrates, les Franco-Américains sont devenus, surtout depuis les années Reagan, de plus en plus républicains, suivant ainsi le courant de la majorité blanche qui rêve que leur pays soit «great again».

Dans un État où le vote franco-américain a beaucoup de poids (un quart des électeurs), elle n'a fait qu'une bouchée de son opposant démocrate qui a dû se contenter d'un maigre 37% des voix, contre 60% pour la jeune franco-américaine.

Mais elle n'a pu répéter l'exploit en 2016, perdant cette fois par 1 017 voix (0,14%) contre la gouverneure de l'État, Maggie Hassan. Donald Trump, qui a aussi perdu le New Hampshire par 2,736 voix (0,3%) soutient que des milliers d'électeurs, transportés par autobus du Massachusetts, ont voté illégalement. Bryan Chabot, candidat libertarien, avec ses 12,998 votes lui a porté un coup fatal.

L'élection a coûté la bagatelle de 120 millions, une somme considérable pour un petit État de 1,3 million (ramenez en dollars canadiens et au Québec, c'est comme si la prochaine élection québécoise allait coûter un milliard de dollars!).

Les positions d'Ayotte sur l'avortement, le mariage gai, l'augmentation du salaire minimum et le contrôle des armes sont à des années-lumière du Québec de 2018.

Les positions d'Ayotte sur l'avortement, le mariage gai, l'augmentation du salaire minimum et le contrôle des armes sont à des années-lumière du Québec de 2018. Mais on est en pays yankee, chez les républicains.

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Trump l'a nommée à la tête d'une équipe de vieux sages pour le conseiller sur la nomination d'un juge conservateur à la Cour suprême (son choix s'est porté sur le juge Neil Gorsuch, du Colorado, un conservateur modéré.)

Kelly Ayotte est née le 27 juin 1968 à Nashua. Elle est la fille d'un père franco-américain et d'une mère d'origine irlandaise. (Beaucoup de mariages chez les Franco-Américains ont eu lieu avec des Irlandais et des Italiens, catholicisme oblige). Roland Ayotte (1916-1964), le grand-père, était typographe pour le Boston Herald and Traveler. La grand-mère, Irène Élie, était aussi franco-américaine.

L'arrière-grand-père, Omer (1889-1944), était un modeste cordonnier à Nashua. La famille de l'arrière-grand-mère, Alma Arbour, venait de St-Raphaël de Bellechasse. Le père d'Omer, Joseph-Onésime Ayotte (1864-1929), est né à Trois-Rivières. La famille Ayotte habitait la région depuis le début du 18e siècle lorsque Onésime a émigré à l'âge de 14 ans.

Pauline Marois «shouldn't be» inquiète de discuter avec Kelly Ayotte puisqu'elle comprend la langue de ses ancêtres. Mais comme John Kerry et Mitt Romney avant elle, elle n'a pas abusé de la langue des French Fries en campagne électorale.

Thomas Hayot (1609-1670), ancêtre des Hayot, Ayot et Ayotte d'Amérique, arrive à Québec en 1638, ce qui le classe parmi les pionniers de la Nouvelle-France (la colonie comptait seulement 240 habitants en 1641).

Originaire du Perche, Hayot débarque avec sa femme, Jeanne Boucher (1607-1670), et trois jeunes enfants.

Il travaille d'abord chez les Jésuites, à Beauport, puis il acquiert une ferme à Sillery. Après la mort de sa femme, il épouse, à 61 ans, Barbe Ravey, une Fille du roi. Considérant la forte demande pour ces jeunes filles en Nouvelle-France, on devine que Thomas devait avoir encore beaucoup de charme. Ou une sacrée belle ferme. Ou les deux sans doute!

Toujours à Sillery, son fils Jean-Adrien (1636-1686) épouse Louise Pelletier en 1653, une fille du pays, qui a 13 ans et demi à peine; elle lui donnera 10 enfants. Vers 1670, la famille déménage à Neuville. C'est là que naîtra Étienne (1672-1758).

Ignace (1706-1770), le fils d'Étienne, s'établit à Nicolet. Son fils, Jean-Baptiste, traverse à Louiseville. Pendant trois générations, les Ayotte se multiplieront à St-Cuthbert avant le grand départ de Joseph-Onésime (1864-1929) pour les États.

Onésime aboutira dans les filatures à coton où les enfants travaillaient dès l'âge de 11-12 ans. Il sera loom-fixer, un tisserand du pouvoir comme des milliers d'autres qui ont quitté le Québec au 19e siècle pour la Nouvelle-Angleterre.

À Nashua, les Canadiens français formaient 60% des employés du textile. Et entraient très tôt à l'usine.

En 1977, un centenaire franco-américain du nom de Jim Caron racontait son arrivée dans les filatures, à 11 ans à peine, à la même époque qu'Onésime Ayotte:

« Tu penses peut-être que onze ans c'est jeune pour aller passer de longues journées dans l'usine à coton, tout comme les grandes personnes?

Et bien, c'est comme ça que les choses se faisaient dans ce temps-là. Tout le monde, les parents comme les enfants allaient travailler dans les filatures, et surtout le plus âgé des garçons comme moi!

La grosse sirène sonnait à 5 heures du matin. Il fallait se lever vite parce qu'à six heures on devait être à l'ouvrage. Et c'est là qu'on restait toute la journée jusqu'à six heures le soir.

On travaillait ainsi tous les jours de la semaine, sauf le dimanche, toute l'année hormis le Quatre juillet et Noël.

Et pour ce travail-là, sais-tu combien je gagnais? Quarante-cinq cents....Pas quarante-cinq cents de l'heure, mais quarante-cinq cents par jour. »

En plein cœur de Nashua, à l'ombre des anciennes filatures désaffectées, on a aménagé un parc consacré aux immigrants canadiens-français qui ont travaillé sans relâche dans ces ateliers de misère.

Au milieu du Parc de Notre Renaissance Française, une très belle statue de bronze, œuvre du sculpteur Christopher Gowell, illustre une fileuse et son jeune fils, vers 1870. Fuseau en poche, croix au cou, l'ouvrière est sous le regard admiratif de fiston qui tient un livre, illustrant toute l'importance de l'éducation qui allait permettre aux générations suivantes d'émerger. On dit que c'est la première statue dédiée aux Franco-Américains en Nouvelle-Angleterre.

Même dans ses plus beaux rêves, Joseph-Onésime n'a sans doute jamais imaginé que son arrière-arrière-petite-fille serait un jour sénatrice du New Hampshire. Surtout pas une fille. Surtout pas une catho. Surtout pas une Franco. Imaginez si elle devenait un jour vice-présidente des États-Unis?

LIGNÉE PATERNELLE DE KELLY AYOTTE

AYOTTE, Marc Frederick (1948-

SULLIVAN, Kathleen (1948-

AYOTTE, Roland (1916-1964)

ELIE, Irène G (1917-?)

Mariés vers 1941, N.H

AYOTTE, Omer (1889-1944)

ARBOUR, Alma (1890-1947)

m. 7 février 1916, Nashua, N.H

AYOTTE, Joseph-Onésime (1864-1929)

MONGEAU, Oxélia

m. 12 septembre 1887, Lowell, Massachusetts

AYOTTE, Octave (1835-1883)

DOSTALER, Éloïse

m. 17 juillet 1855, St-Cuthbert

AYOTTE, Joseph (1788-?)

ROUSSEAU, Rose

m. 10 février 1824, St-Cuthbert

AYOTTE, Jean Baptiste (1755-?)

MICHON, Marie Josephe

m. 26 février 1781, Louiseville

AYOTTE, Ignace (1713-1770)

LECUYER, Anne Françoise (1714-1798)

21 février 1740, St-Pierre-les-Becquets

(le couple a eu au moins 9 enfants)

AYOTTE, Étienne (1672-1758)

BONHOMME-BEAUPRÉ, Anne Félicité (1673-1757)

20 janvier 1702, Pointe-aux-Trembles

(le couple a eu 11 enfants)

AYOTTE, Jean-Adrien (1636-1686)

PELLETIER, Louise (1640-1712)

17 novembre 1653, Sillery

(le couple a eu 10 enfants)

HAYOT, Thomas (1609-1670)

BOUCHER, Marie Jeanne (1607-1670)

m. 15 juillet 1629, St-Jean de Mortagne, Chartres, Perche, France

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