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15/04/2018 08:00 EDT | Actualisé 15/04/2018 08:00 EDT

Un Turcotte d'Amérique parlait français à Secretariat

Au sommet de sa carrière, Turcotte était considéré comme le meilleur jockey de tous les temps.

Bettmann Archive

RON TURCOTTE a remporté la triple couronne, en 1973, sur le dos du célèbre Secretariat (1970-1989), le cheval du siècle, l'un des plus grands pur-sang (thoroughbred) de l'histoire chevaline.

Au sommet de sa carrière, Turcotte était considéré comme le meilleur jockey de tous les temps. Il a gagné 3032 courses avant d'accrocher sa selle, totalisant près de 30$ millions en bourses à une époque où aucun athlète ne faisait encore un million par année.

Ron Joseph Morel Turcotte est né le 22 juillet 1941, à Grand Falls, Nouveau-Brunswick. Son père, Fred, a commencé à bûcher à 13 ans. La vie n'était pas facile au pays de la Sagouine dans les années 40. Les Turcotte n'avaient ni eau courante ni chauffage central. Les 12 enfants dormaient à deux-trois par lit. On élevait des poules, gardait des chevaux et s'alimentait de chasse et de pêche.

Très tôt, Fred le charge de s'occuper des chevaux plutôt que de l'envoyer dans le bois, comme ses frères. « Avec ta petite taille, tu pourrais faire un jockey », lui suggère Fred.

-« C'est quoi un jockey? »

-« Des p'tits hommes avec des culottes blanches »

Le jeune, doué, apprend rapidement à communiquer avec les bêtes. En 1959, il se rend à Toronto où il trouve du travail chez E.P. Taylor, un éleveur renommé. L'entraîneur Gordon Huntley le prend sous sa main. À cinq pieds et un, 128 livres, Ron a vraiment le physique de l'emploi.

Rapidement, il devient champion canadien. En 1963, il tente sa chance aux États-Unis; il se retrouve au Maryland. Puis, en 1965, il gagne son premier Derby du Kentucky. C'est le début de la gloire.

En 1971, Ron tombe amoureux du jeune Secretariat, « la plus gentille des bêtes, grosse mais un peu maladroite. Calme et sereine comme un gros pony ». Il lui parlait en français, en brayon de Grand Falls. Faut dire que Secretariat, bête surdouée, entraîné par Lucien Laurin (1912-2000) de Joliette, comprenait déjà le joual...

En 1973, l'année de la Triple couronne, Secretariat a gagné 16 de ses 21 départs, remportant des bourses totalisant 1,316,808$ (un bon joueur de hockey à l'époque ne gagnait pas encore 100,000$ par saison).

Après sa victoire au Kentucky, il a gagné le Preakness de Baltimore, le deuxième joyau de la couronne. Puis, à Belmont Park, NY, pour la troisième course de la couronne, Turcotte s'élance, prend rapidement la tête, et termine avec une avance ahurissante de 31 longueurs. Un record jamais battu.

Secretariat a été le premier cheval à faire la couverture du Time Magazine, du Sports Illustrated et de Newsweek la même semaine!

Secretariat a été le premier cheval à faire la couverture du Time Magazine, du Sports Illustrated et de Newsweek la même semaine!

En 1989, à la suite d'une maladie, on l'a euthanasié. En pratiquant une autopsie, on a découvert que son cœur était deux fois et demie plus gros que celui d'un cheval moyen.

En 1999, ESPN a placé Secretariat au 35e rang des 50 plus grands... athlètes nord-américains du 20e siècle! Le seul athlète à quatre pattes de la liste.

La carrière de Turcotte a duré 17 ans; elle s'est arrêtée brutalement le 13 juillet 1978, sur la piste de Belmont Park qui l'avait rendu célèbre, lorsqu'un cheval l'a projeté au sol, le clouant pour le reste de sa vie à un fauteuil roulant. Et le faisant souffrir atrocement pendant des années.

Ron consacre ses vieux jours à la cause des personnes handicapées, habitant toujours dans sa république du Madawaska, avec sa femme, Gaëtane Morin, le long du fleuve St-Jean qui l'a vu naître.

De la Vendée au Kentucky

Abel Turcault (1631-1687), originaire de Vendée, arrive au pays en 1662. En novembre, il épouse, à Château-Richer, Marie Giraud, une fille du roi.

Quelques années plus tard, la famille traverse à l'Ile d'Orléans, à Ste-Famille. Les Turcotte y habitent toujours, près de quatre siècles plus tard, plus vivants que jamais.

Meunier de métier, Abel travaille au moulin de Mgr Laval pendant une décennie, au point de se mériter le titre de maître-meunier. À sa mort, ses héritiers se partagent la somme de 845 livres, une belle cagnotte pour l'époque.

Louis (1678-1748), l'un de ses deux fils, a cinq enfants avec sa première épouse, et 12 avec la seconde. Son fils Médard (1741-1791) en aura cinq avec sa première femme, trois avec la seconde.

En 1759, Médard et les Turcotte de l'île goûteront aux horreurs de l'invasion. Trop plate pour être défendue adéquatement, les autorités françaises avaient fait évacuer l'île quelques semaines avant l'arrivée de Wolfe devant Québec. Les 2500 insulaires se sont retrouvés réfugiés sur les collines de Charlesbourg, le cul sur la paille, pendant les trois mois que dura le siège de Québec. À leur retour, « l'île était ravagée d'un bout à l'autre » dit l'historien Garneau.

Au début du 19e siècle, l'île déborde. On a partagé les terrains tant qu'on pouvait; il n'y a plus de place autour des 42 milles de choses tranquilles.

Faut dire qu'une loi interdisait le morcellement des terres à moins d'un arpent et demi de façade (environ 100 mètres) et 30 à 40 arpents de profondeur.

En 1867, Louis-Philippe Turcotte, un descendant d'Abel, a fait un éloge dithyrambique de son île, berceau de notre peuple.

« L'heureuse situation de cette île au milieu du majestueux St-Laurent et dans le voisinage de l'ancienne capitale du Canada, son élévation en forme d'amphithéâtre au-dessus des eaux, la fertilité de son sol, son rivage d'un côté couvert d'un beau sable, de l'autre bordé de verdoyantes prairies, où abonde le gibier, ses sites pittoresques, ses points de vue grandioses, en font, sans aucun doute, une des plus belles îles du Canada, et peut-être du monde entier. »

Médard, qui survivra à l'invasion, ira s'établir sur une autre île, l'Isle-verte, en aval de Rivière-du-Loup.

La famille y prospérera pendant un siècle avant que son arrière-petit-fils Napoléon (1857-1916) joigne le continent, à St-Épiphane, derrière Rivière-du-Loup. Il aura 12 enfants, avec sa femme Azilda Dumont, avant de déménager dans la « république du Madawaska » à la fin du siècle (et trois de plus, une fois dans la « république »).

Son fils Pierre-Léon, établi à St-Michel-de-Drummond, aura 10 enfants avec Alice Côté, dont Fred Turcotte, le père du jockey qui parlait français à Secretariat.

LIGNÉE PATERNELLE DE RON TURCOTTE

TURCOTTE, Alfred (Fred)

DEVOST, Rose

TURCOTTE, Pierre-Léon (1880-1959)

COTE, Alice

m. 19 octobre 1909, St-Michel-de-Drummond, Nouveau-Brunswick

TURCOTTE, Napoléon (1857-1916)

DUMONT, Azilda

m. 20 novembre 1877, St-Épiphane, Rivière-du-Loup

TURCOTTE, Pierre (1827-1879)

OUELLET, Elisabeth

m. 15 février 1847, L' Isle Verte

TURCOTTE, Joseph

ROUSSEAU, Cécile

m. 22 janvier 1803, L' Isle Verte

TURCOT, Médard (1741-1791)

CANAC-MARQUIS, Marie-Marguerite

m. 28 janvier 1771, Ste-Famille, I.O.

TURCOTTE, Louis (1678-1748)

PLANTE, Angélique

m. 20 janvier 1721, Ste-Famille, I.O.

TURCOTTE, Abel (1631-1687)

GIRAUD, Marie (1640-1713)

m. 27 novembre 1662, Château-Richer

LES BRAYONS

Ni Acadiens, ni Québécois, les Brayons sont un mélange des deux.

Les Brayons forment une république dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, comme nos Bleuets un royaume au pays du Làlà.

État jamais reconnu par la communauté internationale, la République du Madawaska tire son origine du litige frontalier, hérité du traité de Paris en 1763, entre les États-Unis et les colonies de l'Amérique du Nord britannique. Il a fallu attendre 1842 pour qu'on en arrive à une entente, le temps de développer l'idée d'une république indépendante dans le Madawaska, « le pays du porc-épic » en micmac.

Si on connaît la signification du mot Madawaska, le mot brayon reste l'objet de bien des débats. Y'a autant de versions que de recettes de tourtière au Saguenay. La Foire brayonne a la sienne:

« Jadis les habitants de la région du Madawaska cultivaient une plante herbacée appelée le « lin ». Les pionniers pratiquaient la culture du lin sur les plaines de Saint-Basile. Cette plante était alors broyée pour la réduire en fillasse afin de confectionner des vêtements. Les « brayeux » de lin furent ainsi surnommés les Brayons.