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18/03/2018 08:00 EDT | Actualisé 18/03/2018 10:38 EDT

Un Joly d'Amérique a écrit la chanson country fétiche du Québec

Contrairement à un mythe tenace, Willie Lamothe n'a pas écrit «Mille après mille».

Getty Images/iStockphoto

Contrairement à un mythe tenace, Willie Lamothe n'a pas écrit Mille après mille, sa chanson fétiche devenue, avec les années, le grand classique de la chanson country québécoise, reprise par les modernes d'Isabelle Boulay à Céline Dion, en passant par Laurence Jalbert, Plume Latraverse, Roch Voisine, Patrick Norman, Ariane Moffatt et Karkwa pour n'en nommer que quelques-uns.

Avec sa voix frémissante d'émotion, Fred Pellerin l'a élevée au rang de trésor national, « nous soûlant le dedans de pathétique », comme dirait un autre poète, urbain celui-là.

La chanson iconique de notre riche patrimoine western est en fait ontarienne; elle est l'oeuvre de Gérald « Gerry » Joly, un chanteur et compositeur franco-ontarien, né à Hawkesbury, comme dans la tune de Jean Leloup (poète « assez fucké merci » celui-là, élevé aussi dans la diaspora, section jungle et désert).

Joly a d'abord écrit son immortelle en anglais, en 1969. En cinq minutes à peine. Comme Linda Lemay. Su'l coin du comptoir.

Gerry parcourait les quatre coins de l'Ontario pour se produire en spectacle, sa guitare en bandoulière, la chaloupe sur le toit de sa vieille Chevy Van. Des milles et des milles de route dans l'Ontario profonde, de Wawa à Windsor, loin de celle qu'il aimait.

C'est en arrivant un soir à Elliot Lake, après de multiples ennuis mécaniques en cours de route, qu'il l'a écrit d'un seul trait « tellement il se sentait loin de la maison» raconte sa fille, Nina.

Interprété par Orval Prophet, Mile after Mile atteint le sommet des palmarès country en 1971 et y trône pendant des mois.

Willie Lamothe l'a popularisée, en version française, au point qu'elle deviendra son incontournable, sa Dame en bleu, son Hélène country. Mais ce n'est que ces dernières années, suite surtout à la mini-série faite sur la vie de Willie, que la chanson a atteint de nouveaux sommets pour devenir LE grand classique qui vient chercher le fond de country qui dort, plus ou moins clandestinement, dans le cœur de bien des Québécois.

Joly, dont la carrière s'est échelonnée sur plus d'un demi-siècle, a aussi fait dans la chanson humoristique. Il est l'auteur d'Une Grenouille s'en va à peau, Dans l'osti d'poulailler, Une Gornouille au bout et La Belle-Mère , œuvres que n'a pas encore reprises Céline Dion.

De Baugraras à Hawkesbury

Gérald Joly est né le 31 juillet 1934 à St-Alphonse de Hawkesbury. Il est le fils de René et Catherine Davidson.

Hawkesbury est un fief francophone, situé sur la rive sud de la rivière des Outaouais, à une centaine de km à l'est d'Ottawa. Fondée en 1798, la ville a hérité du nom du baron Hawkesbury d'Hawkesbury (comme dans Madame Brossard de Brossard...), de son vrai nom Charles Jenkinson (1727-1808), aussi comte de Liverpool dans son cv de garnitures. Un no-name en autant que notre histoire soit concernée, sorti droit du Oxfordshire my dear.

Les premiers moulins à eau ont donné naissance aux premières scieries. Les guerres napoléoniennes ont créé une forte demande pour le bois, produisant un premier boom. Plus tard, le textile a pris la relève du bois. Hawkesbury compte aujourd'hui 10 500 habitants, dont les trois quarts sont francophones.

La ville a donné naissance à l'entraîneur Bob Hartley, au député bloquiste Richard Nadeau et à l'écrivaine Dominique Demers. Judith Guichon, lieutenante-gouverneure de la Colombie-Britannique, née à Montréal, a grandi à Hawkesbury.

L'ancêtre, Nicolas Joly, venait de Baugraras, dans le diocèse de Rouen, en Normandie. Il débarque à Montréal vers 1680 (la famille Joly a de profondes racines à Montréal; peut-être qu'un jour la ville aura sa mairesse Joly, belle Mélanie?).

En 1681, Nicolas épouse à Montréal Françoise Hunault dit Deschamps, une fille du pays, une gamine de 14 ans à peine (si la Nouvelle-France avait eu une DPJ, les TS auraient été constants en burn-out...)

Le père de la p'tite, Toussaint Hunault, pionnier de Ville-Marie, sera assassiné le 13 septembre 1690 par Gabriel Dumont, baron de Blaignac. Le baron a transpercé le corps de Hunault d'un coup d'épée avant de prendre la poudre d'escampette. Jamais revu le baron. On se perd encore en conjectures pour expliquer ce meurtre horrible.

Michel (1721-1807), le p'tit fils de Nicolas, s'établit à l'Ile Bizard à la fin du 18e. Son fils Joseph (1762-1816) est maître-tisserand à Vaudreuil au début du 19e. Joseph jr (1789-1865) et sa femme Marie Boileau retournent sur l'île. Ils élèveront leurs treize enfants sur la terre no 21, une belle terre « de trois arpents de front sur quarante de profondeur, située dans la partie sud de l'ile», pas très loin du site actuel de La Closerie des Blanchet.

En 1831, les Joly exploitent 135 arpents, une grande ferme pour l'époque. Pour ses vieux jours, Joseph jr se fait bedeau de la paroisse.

Son fils, François-Xavier (1814-1884) épouse Hyppolite Lefevre en 1838. Ils ont quelques enfants sur l'île puis ils mettent les voiles vers l'Ontario, au milieu, du siècle, attirés par le boom à Hawkesbury C'est le début de la grande hémorragie qui touchera tout le Québec.

Au début du 20e siècle, les Joly et autres Francos se multiplient en Ontario au point où la province compte 200 000 Canadiens français, trois fois la population de la ville de Québec.

L'Ontario compte aujourd'hui un demi-million de Franco-Ontariens. Mais on estime que plus de 1 200 000 Ontariens sont d'origine canadienne-française, d'Alex Trebek à Alanis Morissette, en passant par Avril Lavigne, Jim Carrey et Justin Bieber.

Gerry Joly est mort le 29 décembre 2008. À Gatineau. Auprès de celle qui lui avait inspiré, 39 ans plus tôt, son immortelle.

LIGNÉE PATERNELLE DE GÉRALD JOLY

JOLY, René

DAVIDSON, Catherine

Mariés le 11 février 1933, Hawkesbury, Ontario

JOLY, Magloire-Napoléon

LALANDE, Lucienne

m. 7 juillet 1913, Hawkesbury

JOLY, Maxime (1845-?)

PROULX, Louise (1851-?)

m. 19 juin 1871, L'Orignal, Ontario

JOLY, Francois-Xavier (1814-1884)

LEFEVRE, Hyppolite (1818-?)

m. 23 juillet 1838, Pierrefonds

JOLY, Joseph (1789-1865)

BOILEAU, Agathe

m. 24 juin 1811, Pierrefonds

JOLY, Joseph-Marie (1762-1816)

TRUDEAU, Charlotte (1766-?)

m. Longueuil, 4 février 1788

JOLY, Michel (1721-1807)

SAURIEUL dit SANSOUCY, Marie-Josephte (1729-1765)

m. 8 janvier 1746, St-Laurent, Montréal

JOLY, Jean-Baptiste (1684-1762)

RICHER, Marie-Anne (1699-1739)

m. 6 avril 1717, Rivière-des-Prairies

JOLY, Nicolas (1648-1690)

HUNEAULT, Françoise (1667-1748)

m. 9 décembre 1681, Montréal

À VISITER

-Multiples versions Mille après Mille, dont celle de Joly qui s'étire sur 7 minutes. Y'a même une version belge.

-Gérald Joly avec son fils

-Le mort de Gérald Joly en 2008 relatée dans La Presse

-Vidéo familiale des Joly

-Palmarès du 8 janvier 1972 montrant Mile after Mile trônant au premier rang

-Hawkesbury

-Généalogie des Joly de l'Ile Bizard

-La terre des Joly à l'Ile Bizard, au numéro 21