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16/12/2018 06:00 EST | Actualisé 16/12/2018 06:00 EST

Le père du Manitoba est un Riel d'Amérique

Il faudra attendre un bon siècle avant qu'on réhabilite Riel et qu'on en fasse le père du Manitoba, un titre pleinement mérité.

«Riel, notre frère» comme dira le grand Mercier, est arrêté et pendu à Régina le 16 novembre 1885 pour le meurtre de Thomas Scott. «Même si tous les chiens du Québec ont aboyé en sa faveur», a dit froidement le Monsieur dont on désocle présentement ses statuts dans le Dominion.
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«Riel, notre frère» comme dira le grand Mercier, est arrêté et pendu à Régina le 16 novembre 1885 pour le meurtre de Thomas Scott. «Même si tous les chiens du Québec ont aboyé en sa faveur», a dit froidement le Monsieur dont on désocle présentement ses statuts dans le Dominion.

On a tous grandi avec l'idée que Louis Riel était un Métis, un mi-indien mi-canayen des Grandes Prairies de l'Ouest canadien. En fait, le père du Manitoba avait à peine un huitième de sang autochtone dans les veines. C'est parce qu'il a pris la tête de la révolte métisse qu'on l'a associé si étroitement à la cause autochtone, mais, génétiquement parlant, Riel était essentiellement un Riel d'Amérique, éduqué en bonne partie au Québec en plus.

D'ailleurs, le gros des héros métis à Batoche avaient des noms bien canayens témoignant de leur lourd héritage québécois: Gabriel Dumont, Antoine Vandal, Joseph Delorme, Moise Ouellette, Michel Dumas, Patrice Fleury, Baptiste Deschamps, Jean Caron, Pierre Henry, Maxime Lépine. Emmanuel Champagne, Charles Nolin, Patrice Fleury, etc. Tous des Tremblay d'Amérique.

Louis Riel est né le 22 octobre 1844 dans la colonie de la rivière Rouge au Manitoba. Fils aîné de Louis sr Riel (1817-1864) et de Julie Lagimodière (1822-1906), il grandit dans une famille unie et très religieuse de 11 enfants.

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Cérémonie à la mémoire de Louis Riel, à Ottawa. Louis Riel était un leader Métis accusé de trahison par le gouvernement fédéral, puis pendu en 1885.

Jean-Baptiste Lecompte Lagimonière (1778-1855), le père de Julie, était marchand de fourrures et venait de Maskinongé. La famille Lecompte était au Québec depuis la fin du 17e. L'ancêtre Samuel Lecompte de la Vimaudière (1660-1715) était chirurgien. Originaire de Normandie, il épouse d'abord Anne Jobidon en 1695 qui mourra en 1703. Deux ans plus tard, il demande la main de Marie-Jeanne Jérémie (1669-1727) à Saint-Nicolas, de qui descend le père de Julie Lagimodière.

Marie-Anne Gaboury, la mère de Julie, descendait d'Antoine Gaboury, le premier Gaboury d'Amérique. Aucun Autochtone donc dans l'arbre de maman Julie. Première femme blanche à vivre dans l'ouest, elle a eu droit à un très bel hommage d'Alexandre Désilets, comme vous pourrez le constater dans la vidéo ci-dessous.

Louis sr Riel est né à Ile-à-la-Crosse, en Saskatchewan. Son père, Jean-Baptiste Riel (1785-1868), venait de Berthier. En 1812, Jean-Baptiste avait épousé Marguerite Boucher en Saskatchewan. Marguerite était la fille de Louis Boucher (1765-1852), originaire aussi de Berthier, et d'une Indienne Chipewyan qui a donné les 12,5% de sang autochtone à Louis Riel.

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Louis Riel

Jean-Baptiste (1785-1868) était l'arrière-arrière-petit-fils de Jean-Baptiste Riel dit l'Irlande (1670-1753) né en Irlande de parents français. Débarqué en Nouvelle-France vers 1696, Riel était soldat de la compagnie de La Valtrie. En 1704, il épouse Louise-Marie Coutu (1684-1735) et s'établit à Lavaltrie. Le couple aura 14 enfants. Les Riel ont prospéré pendant un siècle dans le coin de Berthier jusqu'au départ de Jean-Baptiste pour l'Ouest canadien.

En 1838, Louis sr retourne dans l'ouest travailler pour la Cie d'Hudson. C'est l'époque de la révolte des patriotes au Québec. Fuit-il les troubles auxquels il aurait trempé?

En 1822, la famille Riel revient à Berthier. Louis sr apprend le métier de cardeur de laine. En 1838, Louis sr retourne dans l'ouest travailler pour la Cie d'Hudson. C'est l'époque de la révolte des patriotes au Québec. Fuit-il les troubles auxquels il aurait trempé? Il revient en 1842 et rentre chez les Oblats de Marie-Immaculée au Mont-Saint-Hilaire. Il défroque rapidement et retourne dans l'ouest où il épouse Julie Lagimodière en 1844.

En 1858, à 14 ans donc, Louis jr obtient une bourse de Mgr Taché pour venir étudier au petit séminaire de Montréal. En 1864, il doit abandonner ses études et retourner s'occuper de sa famille: son père vient de mourir. Entre temps, les Anglos-protestants, hostiles aux catholiques et aux valeurs des Métis, s'étaient établis au Manitoba.

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La tombe de Louis Riel

L'affrontement culminera avec l'exécution de l'orangiste Thomas Scott en 1870, qui forcera le départ de Riel vers les États-Unis. Riel reviendra en Saskatchewan pour une seconde révolte en 1884. Cette fois, «Riel, notre frère» comme dira le grand Mercier, est arrêté et pendu à Régina le 16 novembre 1885 pour le meurtre de Scott. «Même si tous les chiens du Québec ont aboyé en sa faveur», a dit froidement le Monsieur sur le 10 mauve dont on désocle présentement ses statuts dans le Dominion.

Il faudra attendre un bon siècle avant qu'on réhabilite Riel et qu'on en fasse le père du Manitoba, un titre pleinement mérité. Il faut aussi dire que le lobby autochtone pèse aujourd'hui beaucoup plus lourd dans le grand Dominion de Justin Trudeau que les pauvres Franco-Manitobains.

LIGNÉE PATERNELLE DE LOUIS RIEL

RIEL, Louis (1817-1864)
LAGIMODIÈRE, Julie (1822-1906)
Mariés le 21 janvier 1844, St-Boniface, Manitoba
(le couple a eu 11 enfants)

RIEL, Jean-Baptiste (1785-1868)
BOUCHER, Marguerite
m. 1812, Isle-à-la-Crosse, Saskatchewan
(le couple a eu 9 enfants)

RIEL, Jean-Baptiste (1757-1792)
HENAULT, Marie-Antoinette (1761-1805)
m. 20 janvier 1783, Berthier

RIEL, Jean-Baptiste (1731-1788)
SYLVESTRE, Charlotte-Amable (1736-1763)
m. 25 janvier 1755, Lavaltrie

RIEL, Jacques-Michel (1706-1777)
De GANNE, Isabelle-Élisabeth (1711-1772)
m. 8 mai 1730, St-Sulpice, L'Assomption

RIEL dit L'IRLANDE, Jean-Baptiste (1670-1753)
COUTU, Louise (1684-1735)
m. 21 janvier 1704, Ile Dupas

LIGNÉE MATERNELLE DE LOUIS RIEL

RIEL, Louis (1817-1864)
LAGIMODIÈRE, Julie (1822-1906)
Mariés le 21 janvier 1844, St-Boniface, Manitoba
(le couple a eu 11 enfants)

LAVIMODIÈRE-LECOMPTE, Jean-Baptiste (1778-1855)
GABOURY, Marie-Anne (1780-1875)
m. 21 avril 1806, Maskinongé

LAVIMODIERE-LECOMPTE, Jean-Baptiste (1750-1821)
JARRET-BEAUREGARD, Marie-Josephte (1757-1786)
m. 5 février 1776, Saint-Antoine-sur-Richelieu

LECOMPTE-LAVIMODIERE, Joseph (1707-1756)
JACQUES, Marie-Madeleine (1708-?)
m. 26 février 1730, Charlesbourg

LECOMPTE de la Vimaudière, Samuel (1660-1715)
JÉRÉMIE, Marie-Jeanne (1669-1727)
m. le 28 juillet 1705, St-Nicolas

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