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18/02/2018 08:00 EST | Actualisé 18/02/2018 08:00 EST

Le plus grand écrivain-voyageur au monde est un Theroux d'Amérique

Observateur impitoyable à qui aucun détail n'échappe, il décrit sans filtre les gens qu'il rencontre et les endroits qu'il visite, avec un humour caustique et beaucoup d'ironie.

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Paul Theroux

Je suis un fan fini de Paul Theroux. Rien n'à voir avec ses origines québécoises.

Après les Jack London, Paul Morand, Joseph Conrad et Blaise Cendrars, et dans la lignée des Ryszard Kapuscinski et Bruce Chatwin, Theroux a réinventé le récit de voyage pour devenir le plus grand écrivain-voyageur contemporain.

Depuis près d'un demi-siècle, Theroux parcourt la planète, le sac au dos, l'œil alerte, à pied, en bus, en canot, en bateau, mais surtout en train, son mode de transport préféré. Observateur impitoyable à qui aucun détail n'échappe, il décrit sans filtre les gens qu'il rencontre et les endroits qu'il visite, avec un humour caustique et beaucoup d'ironie. On est à des années-lumière de tout-le-monde-il-est-beau, tout-le-monde-il-est-fin du Canal Évasion.

Il a commencé comme coopérant au Malawi et en Ouganda. L'Afrique profonde lui a donné la piqûre. Puis, il a enseigné l'anglais à Singapour à l'époque où la minuscule île tropicale émergeait pour devenir le vigoureux tigre qu'on connaît aujourd'hui. Mais c'est un long voyage en train, de Londres à Tokyo, effectué en 1973, qui a lancé sa carrière de travel writer.

J'ai presque tout lu, tantôt en anglais, tantôt en version française:

  • The Great Railway Bazaar (1975). Le livre, devenu un classique de la littérature de voyage, est un hymne à la joie de voyager en train, au plaisir des paysages qui déferlent de l'autre côté de la fenêtre et surtout à la diversité des gens rencontrés. Comme ce Monsieur Radia, qui entonnait des chansons hindies par le nez, ou M. Pensacola, un dangereux trafiquant d'opium, armé jusqu'aux dents.
  • The Old Patagonian Express (1979). Une autre randonnée en train qui commence en banlieue de Boston et se termine en Patagonie. «Inventeur d'une forme originale en littérature qui marie le voyage et l'aventure, le récit et le drame » lit-on sur la 4e page de l'Édition de Grasset, « Paul Theroux embarque le lecteur dans un merveilleux voyage, celui qui mène au bout de la ligne. »
  • Voyage excentrique et ferroviaire autour du Royaume-Uni (1983). Un périple de trois mois, à pied, autour du Royaume de Madame 11.« Les Anglais ne font aucune concession aux autres nationalités. Ils ne sont ni hostiles ni amicaux. Parler ou bavarder n'est pas en soi un geste amical, comme aux États-Unis. En Angleterre, parler à des inconnus est considéré comme une provocation; cela revient à pénétrer dans un terrain miné, miné de nuances verbales et sociales (...) Les Anglais sont tolérants en ce sens qu'ils acceptent de feindre de ne pas remarquer ce qui pourrait les embarrasser. On les sent humains, mais ils sont aussi très timides. Après neuf cents ans, ils n'ont toujours pas d'opinion très marquée sur les Français, ce qui surprend, parce que, après onze ans, je considère les Français comme le peuple d'Europe ayant le moins de principes. »
  • The Imperial Way (1985). La traversée de l'Inde impériale : Peshawar, la Passe de Khyber, Islamabad, le Taj Mahal, les plantations de thé du Darjeeling, Calcutta jusqu'à Chittagong au bout du Golfe de Bengale.
  • La Chine à petite vapeur (1988). Une autre virée en train, du désert de Gobi au Tibet, dans la Chine encore fermée de Deng Xioping mais qui va bientôt s'ouvrir au monde. « Des Chinois me demandèrent ce que je désirais voir. Je dis : « Pourrais-je visiter une commune? » et ils se tordirent de rire. Le rire chinois est rarement une réaction à quelque chose de drôle –c'est normalement : Ha-ha, nous sommes dans la merde, ou : Ha-ha, je ne me suis jamais senti aussi malheureux de ma vie-, mais ce Ha-ha cantonais était vraiment de l'hilarité. » « La façon dont les Chinois crachent n'est rien en comparaison de la manière dont ils se raclent la gorge : le bruit s'entend à cinquante mètres, et ressemble au bruit de succion d'une bouche d'égout pendant la mousson. Après ça, le crachat lui-même devient anodin. »
  • To The Ends Of The Earth (1990). Un pot-pourri de ses meilleurs textes.
  • The Happy Isles Of Oceania (1992). Une expérience extrêmement périlleuse : le saut d'îles en îles, en minuscule kayak, des Salomon aux Fiji, en passant par les Marquises et Tahiti. Assez risqué merci.
  • Les colonnes d'Hercules (1995). Le tour de ce grand lac qu'est la Méditerranée, de Gibraltar à Gibraltar. L'un de ses meilleurs. « La façon dont ces Israéliens me parlaient comptait plus que ce qu'ils disaient. On eut dit qu'ils me donnaient toujours des ordres, qu'ils ne cherchaient jamais à se renseigner et ignoraient la discrétion. D'autres Israéliens à qui j'eus à faire ce premier jour à Haïfa étaient pareils, et je notai leur ton de voix et leurs attitudes, parce que ceux-ci ne changèrent pas dans les jours qui suivirent. Ils étaient revêches, sur la défensive, passablement brutaux, vulgaires et tristes, avec une espèce d'humour acide et sardonique. »
  • Dark Star Safari (2002). Son chef-d'oeuvre peut-être. «Toutes les nouvelles venant d'Afrique sont mauvaises. Ça m'a donné envie d'y aller, pas pour les horreurs cependant.» À 60 ans, il se lance dans un safari (voyage en swahili) à travers le continent noir, du Caire au Cap, en train, en bateau, en taxi-brousse. On le vole, on l'insulte, on lui tire dessus. Il suit sa route. «Sur le plan matériel, l'Afrique est plus délabrée que lorsque je l'ai connue jadis, plus affamée, plus pauvre, moins éduquée, plus pessimiste, plus corrompue, et on ne distingue pas les politiciens des sorciers. Non pas que l'Afrique soit un lieu unique. C'est un assortiment de républiques bigarrées et de petits fiefs. J'ai été malade, je me suis perdu, mais jamais je ne me suis ennuyé. En fait, mon voyage a été un délice et une révélation. »
  • Ghost Train To The Eastern Star (2008). Il refait le voyage de The Great Railway Bazaar, avec quelques variables dans le trajet, mais à deux fois l'âge de son premier voyage.
  • The Tao of Travel (2011). Une collection de citations et de critiques de ses auteurs préférés.

Theroux a aussi écrit une trentaine de romans que je n'ai pas lus. Les journées n'ont que 24 heures... Et je ne suis pas Isabelle Richer.

Sauvé par le feu

Mon globe-trotter préféré est né le 10 avril 1941 à Medford, Massachusetts. Il est le fils d'Albert-Eugène Theroux (1908-1995) né à Stoneham, Mass, et d'Anna Dittami, une Italo-Américaine (en plus de l'anglais, Paul parle italien, français et espagnol, et dit se débrouiller en swahili et mandarin).

Albert-Eugène était le fils de Louis-Eugène Théroux, né en 1884 à St-Michel de Yamaska, et mort en 1964 à Stoneham, Mass. Paul a donc bien connu son grand-père québécois. Comme il a connu sa grand-mère, Eva-Almira Brousseau, une Franco-ontarienne originaire de Belleville.

Louis-Eugène était le fils de Pierre Théroux et d'Eugénie Cardin aussi de Yamaska. Eugénie a péri lors d'un incendie à la ferme, en 1887. Avant de mourir, elle a eu le temps de sauver deux de ses enfants, dont Louis-Eugène, en les tirant par la fenêtre dans la neige.

Pierre s'est remarié, continuant de travailler sur la ferme familiale que les Théroux possédaient à Yamaska depuis quatre générations. Au tournant du 20e, comme tant d'autres, il est allé rejoindre ses fils en Nouvelle-Angleterre qui travaillaient déjà dans les moulins de textile.

L'ancêtre, Antoine Théroux dit Laferte, venait de Toulouse. Jeune sergent des troupes de la marine, il débarque à Montréal en 1693. Son travail l'amène à Détroit, auprès de Lamothe-Cadillac. C'est là que naîtra son fils Pierre, l'ancêtre de notre globe-trotter.

Soldat jusqu'en 1707, Antoine a connu la signature de la Grande Paix de Montréal en 1701. En 1706, il a épousé Marie Laforest qui lui a donné huit enfants. Le couple s'est beaucoup promené de Détroit à Baie St-Paul en passant par Trois-Rivières. La famille s'est finalement stabilisée à Yamaska.

La diaspora des Théroux s'étend maintenant jusqu'en Angleterre. Louis et Marcel, les fils de Paul, font de la télé à Londres. Son frère Alexandre enseigne à Harvard et son neveu Justin est comédien à Hollywood. On compte autant de Théroux aux États-Unis qu'au Québec.

Les Théroux : une des grandes familles de la diaspora. Avec les Trudeau évidemment.

LIGNÉE PATERNELLE DE PAUL THEROUX

THEROUX, Albert-Eugène (1908-1995)

DITTAMI, Anna

Mariés en 1937, à Medford, Middlesex, Mass

THEROUX, Joseph-Louis-Eugène (1884-1964)

BROUSSEAU, Eva-Almira

m. 14 août 1905, Nashua, N. H.

THEROUX, Pierre (1841-?)

CARDIN, Eugénie

29 septembre 1863, St-Michel-de-Yamaska

(le couple a eu 11 enfants)

THEROUX, Jean-Baptiste (1810-1881)

BADAYAC-LAPLANTE, Geneviève (1813-1894)

m. 18 août 1829, St-Michel-de-Yamaska

THEROUX, Pierre-Paul (1772-1842)

HEBERT, Josette (1744-1849)

3 mars 1794, St-Michel-de-Yamaska

(le couple a eu 11 enfants)

THEROUX, Paul (1743-1819)

LANDRY, Anne (1748-1807)

17 juillet 1767

(le couple a eu 10 enfants)

THEROUX, Pierre (1707-1781)

COITOU, Rose (1714-?)

m. 30 septembre 1732, Pointe-aux-Trembles, Mtl

THEROUX dit LAFERTE, Antoine (1675-1759)

LAFOREST, Marguerite (1688-1750)

m. 10 juin 1706, Montréal