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10/12/2017 07:00 EST | Actualisé 10/12/2017 07:00 EST

Le papy de nos comiques est un Guimond d'Amérique

Du père, né en Ontario, au fils, marié au Rhode Island, à travers tout le burlesque américain qui a fait leur succès, nos deux grands comiques ont constamment baigné dans les eaux de la diaspora.

Olivier Guimond père

OLIVIER GUIMOND, que nos millionnaires de l'industrie du rire ont immortalisé dans une précieuse statuette, est né à Montréal le 21 mai 1914. Mais son père, le non moins célèbre Ti-Zoune, pionnier de l'industrie rozonienne, papy de Pôpa et de Môman, de l'Oncle Georges et de Madame Jigger, était un enfant de la diaspora.

Olivier-père naît à Sudbury le 18 mars 1893. Ses parents, Napoléon Guimond et Cécilia Légaré, se sont mariés à Pembroke, dix ans plus tôt.

Cireur de chaussures à la gare d'Ottawa, Olivier a vraiment commencé au bas... de l'échelle. C'est là qu'il est dépisté par Arthur Pétrie, le Stéphane Laporte de l'époque, toujours à l'affût de nouveaux talents pour sa troupe de saltimbanques.

Très tôt en contact avec la culture américaine, Pétrie (de son vrai nom Pitre), a été le premier à traduire le burlesque et à l'adapter pour le public francophone.

Lors d'une tournée dans le nord de l'Ontario, Pétrie remarque que le jeune cireur fait rire tout le monde dans la gare. Il le prend sous son aile. Dès sa première montée sur scène, c'est le succès. Guimond a du charisme et le sens du punch, essentiel dans le burlesque. Pétrie le baptise Ti-Zoune. Rien à voir avec ses blagues en bas de la ceinture. Juste le nick d'un comique qui vient de quitter la gang : Pierre Desrosiers, père de Jacques, papy de Patof.

Rapidement, Ti-zoune devient la vedette de la troupe. Conscient de son charisme, il rompt avec Pétrie et part sa propre business. S'inspirant aussi du burlesque américain, il joue d'abord en anglais même si son public est majoritairement francophone.

Il passe ensuite au français, traduisant les sketches comme Pétrie. Avec la Poune, Manda Parent et Paul Desmarteaux, il parcourt les routes défoncées de la province, de la Gaspésie à l'Abitibi. Du milieu des années 10 à la fin des années 40, la troupe jouera dans toutes les écoles et salles de loisir de la province. C'est le début showbizz québécois. L'arrivée de la télé videra les salles et viendra mettre fin à cette grande épopée.

Le 27 octobre 1913, Guimond épouse Euphemia (Effie) MacDonald, une danseuse de la troupe, une jeune Écossaise de 16 ans à peine. Il l'épouse une seconde fois, le 8 avril 1914, à la Cathédrale Marie Reine du Monde, selon le rythme catholique cette fois.

Olivier naîtra sept mois après... le premier mariage protestant (cherchez l'erreur?). Oliver, en fait, puisque le plus célèbre comique du Québec a un prénom anglais. Comme un ancien premier ministre, dirait Mme Tremblay de Rimouski, aussi fort douée pour le punch...

Enfant de la balle, le p'tit Oliver accompagne ses parents en tournée. Il a la piqûre mais doit d'abord faire ses classes; on le met pensionnaire. A 16 ans, Oliver monte sur les planches, mais est intimidé par l'auréole du paternel. Il quitte la troupe du père pour celle de Jean Grimaldi, enfant de l'Ile de beauté, père de la première femme turbanisée au Québec.

Après un court mariage avec une jeune Américaine, Oliver tombe amoureux d'Alys Robi, «la première star internationale du Québec». Oliver sera l'amour de sa vie mais c'est Jeanne-d'Arc Charlebois qu'il épousera en 1946 à Woonsocket, Rhode Island. Le couple aura deux enfants, dont l'un mourra au Danemark dans un accident d'auto. L'autre fils, Richard Darbois, comédien français, spécialiste du doublage, est devenue la « plus belle voix de France ». Connu pour sa voix grave, il a doublé Richard Gere, Patrick Swayze, Harrisson Ford et George Clooney.

Du père, né en Ontario, au fils, marié au Rhode Island, aux petits-fils européens, à travers tout le burlesque américain qui a fait leur succès, nos deux grands comiques ont constamment baigné dans les eaux de la diaspora.

LE PARCOURS FAMILIAL DES GUIMOND

« Je n'ai presque plus de doigts (...). Nous sommes ici trois Français qui avons été tourmentés ensemble (...) Les Iroquois nous faisaient danser autour du feu pour nous faire tomber dedans; ils étaient autour du feu plus de quarante et nous jetaient à grands coups de pied, les uns vers les autres... et après qu'ils nous avaient bien brûlés, ils nous mettaient dehors à la pluie et au froid. Je n'ai jamais ressenti si grande douleur, et ils n'en faisaient que rire. »

Les Agniers lui ont coupé les lèvres et l'ont achevé à coup de bâtons. La fin du premier Guimond d'Amérique n'a rien eu de comique.

L'histoire, bien réelle, a été relatée par un certain François Hertel dans Les Relations des Jésuites, une mine d'or pour qui s'intéresse le moindrement au début de la colonie. Kidnappé lui aussi, Hertel avait réussi à échapper aux « tourments » des Iroquois, un euphémisme pour parler d'affreuses tortures qui pouvaient s'étirer sadiquement des jours durant.

Publiées chaque année, Les Relations étaient lues par le Tout-Paris. Elles visaient à donner le goût de venir en Nouvelle-France et à participer à l'œuvre d'évangélisation des Jésuites. On raconte que Maisonneuve et Jeanne Mance auraient eu l'idée de fonder Ville-Marie en lisant Les Relations (c'est pas d'hier que Montréal repose sur les « relations »...)

Originaire du Perche, la vie de Louis Guimond (1625-1661) en Nouvelle-France n'a rien eu de banal. Quelques années avant les événements tragiques, affligé d'une grande douleur aux reins, Louis se déplace péniblement sur le chantier de construction de la chapelle de Beaupré. Pour guérir son mal, il place trois pierres dans le solage de la chapelle, invoquant la bonne Ste-Anne. Ses reins guérissent (les pierres ont passé...). La nouvelle, attestée par l'abbé Morel, se répand dans toute la colonie. C'est le début de l'industrie des miracles sur la « Coste des Beaux prés ».

Des pages torrides dans LesRelations. De la torture. Un miracle. Et le lieu de pèlerinage le plus important en Amérique du Nord. Guimond avait vraiment le sens du spectacle. Pas étonnant que ses descendants soient devenus de grands artistes (Louis est aussi l'ancêtre de Céline Dion, Madonna, Jack Kerouac et Diane Tell).

Claude (1661-1738), son fils cadet, change de rive histoire peut-être de fuir la chaleur des Iroquois; il s'établit à Cap St-Ignace près de Montmagny. C'est là que les Guimond se multiplieront.

Son fils François (1690-1773), qui se mariera trois fois et aura 12 enfants, continue l'œuvre familiale. Junior (1730-1790) ajoutera un autre 12 enfants à la descendance des Guimond avant de mourir à Rivière-du-Loup.

Jacques (1763-1822) met le cap à l'ouest. Il épouse Victoire Tousignant à Ste-Anne....des-Plaines . Les Guimond y prospèrent pendant un siècle (la grand-mère de Jésus semble avoir beaucoup porter chance aux Guimond) avant le déménagement de Napoléon en Ontario, à la fin du 19e.

La présence française en Ontario remonte à 1610, à Étienne Brûlé, le premier Franco-Ontarien qui, lui, a fini dans l'estomac des... Hurons.

Les Jésuites se sont établis au Pays des Hurons dès 1639. L'histoire a mal viré aussi : les Hurons, pratiquement exterminés par les Iroquois en 1649; les Jésuites, torturés à mort, un par un. Autant d'horreurs relatées en long et en large dans Les Relations. Et lues par le Tout-Paris.

Mais c'est surtout la Confédération canadienne qui a amené des Québécois à s'établir le long du chemin de fer qui traversait le nord de l'Ontario vers les Prairies. Afin de ramener les Franco-Américains au pays, le Curé Labelle rêvait de peupler tout ce corridor, de l'Abitibi jusqu'au Manitoba.

En 1911, l'Ontario compte 200,000 francophones (contre 1,6 million au Québec). L'arrivée importante de Canadiens français crée des tensions linguistiques et mène à l'adoption du règlement 17, en 1912, qui impose l'anglais comme seule langue d'enseignement dans les écoles publiques. Il faudra attendre 15 ans pour le rétablissement des écoles bilingues. La communauté franco-ontarienne demeurera profondément marquée par ce traumatisme.

Ti-Zoune échappera au tumulte en s'établissant au Québec. Et en mariant une Écossaise...

LIGNÉE PATERNELLE D'OLIVIER GUIMOND

GUIMOND, Olivier (1893-1954)

McDONALD, Effie (1897-1996)

Mariés le 27 octobre 1913, Montréal

GUIMOND, Napoléon (1860-1944)

LEGARE, Cécilia (1860-1937)

m. 1 juillet 1883, Pembroke, Ontario

GUIMOND, Pierre (1827-1909)

GOYER, Domithilde (1824-1899)

m. 23 mai 1848, Ste-Anne-des-Plaines

GUIMOND, Pierre (1800-?)

FOURNEL, Judith (1807-1863)

m. 9 mai 1825, Ste-Thérèse-de-Blainville

GUIMOND, Jacques (1763-1822)

TOUSIGNANT, Victoire (1774-?)

m. 23 août 1791, Ste-Anne-des-Plaines

GUIMOND, François (1730-1790)

SIMON dit DARAGON, Angélique (1727-1804)

  1. 22 avril 1749, Québec

(le couple a eu au moins 11 enfants)

GUIMOND, François (1660-1739)

FORTIN, Élisabeth (1695-1733)

m. 5 février 1714, L'Islet

GUIMOND, Claude (1660-1738)

ROY, Anne (1653-1719)

  1. 8 octobre 1685, Québec

(le couple a eu 9 enfants)

GUIMOND, Louis

BITOUSET, Jeanne

m. 11 février 1653, Québec

GUIMOND, François

DE LAUNAY. Jeanne

  1. Champs, Perche