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30/03/2017 09:26 EDT | Actualisé 30/03/2017 09:26 EDT

Pâques la niaiserie

Remplaçons Pâques la triste par la Fête du Printemps joyeux. Saison qui donne la vie. Saison généreuse qui réchauffe les cœurs, les chevelures et les épaules.

Ce titre parait sacrilège. En fait, je réponds à feu Jean-Paul Desbiens, le Frère Untel (1927-2006), artisan de la Révolution tranquille, qui a célébré Pâques toute sa vie, croyant avoir une âme immortelle et un corps «ressuscitable».

Ce fumeur est mort d'un cancer du poumon tout en ayant rejeté mon désir d'interdire le tabagisme à notre collège. «Je n'ai que des poumons mortels», lui avais-je dit.

Ce Frère m'a dit un jour, en toute confidence dans son bureau: «Le féminisme, cette niaiserie... ». Employé prudent, j'ai enregistré; d'où le titre de ce billet.

Comment peut-on encore fêter cette Passion, ce spectacle nécrophile? Pourquoi commémorer le supplice d'un être malade, profondément masochiste, qui fonce sciemment sur ses bourreaux tortionnaires? «Sacrifice par amour» pour nous sauver d'un péché originel qu'on n'a pas commis? Quelle aberration! Il ne s'est même pas aimé lui-même dans ce suicide à peine dissimulé. Comme l'écrit Diderot: «Se faire tuer ne prouve à rien, sinon qu'on n'est pas le plus fort».

Helvétius nous met en garde: «On sacrifie les plus grands plaisirs de la vie à l'orgueil de les sacrifier». Un stupide sacrifice, vaniteux et mégalomane. Il contredit la sagesse que définit si bien le Prince Ilango Adigal: «Les buts de la vie sont triples: la vertu, la richesse et le plaisir».

À Pâques, le crédule célèbre la conclusion à ce parcours pitoyable: il serait ressuscité.

On nous a forcés, tout enfant, à une communion cannibale, renouvelable, d'un homme qui serait vivant. Il ne mourait pas quand on le mangeait ce dieu incarné? Bref, on nous obligeait à ne pas penser. Il y a de la folie dans l'homme.

L'Occident laisse encore célébrer sans mot dire cette fête indigne de la modernité. Ses universités riches à craquer restent indifférentes (ou sympathiques...) à cette démence qu'on trouve dans Jean (12, 25): «Celui qui cherche à sauver sa vie la perdra; celui qui haït sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle».

Prenons pioche et pelle pour fouiller dans tous les cimetières et nous convaincre que les cadavres ne ressuscitent pas. Qui encore connait les simples mots «bon sens» pour donner encore crédit (la croyance) à de telles aberrations, à une telle capitulation de l'intelligence la plus minimale? «Ne croire que ce qui est possible» comme nous le conseille Thomas Browne.

Soit que nous ayons honte de notre passé pour nous être fait berner à ce point, soit que nous ne souhaitons pas ameuter les crédules, les superstitieux, les fragilisés, les désespérés ou les malades en besoin de consolations pas chères. Nous ne protestons pas.

Mais nous laissons nos enfants s'en faire gaver par le cours ECR à même nos impôts. Nous finançons des Facultés de théologie dont Martial, il y a 2000 ans aux théologiens de son époque, disait que deux haruspices ne pouvaient se croiser dans la rue sans éclater de rire. Nous payons des ânes diplômés à pontifier sur des invisibles qu'ils disent n'avoir jamais vus. Ils les ont simplement reniflés, soit en s'agenouillant les yeux fermés en bons chrétiens, soit en bons musulmans, nez par terre derrière en l'air. Et tous ces incultes profonds s'entre-tuent sur toute la planète par drones, AK-47 ou obus.

L'attitude de soumission est le fond de leur démission. La leur d'abord, et ensuite, celle de leurs adversaires. Le profil bas des religions, repues de capital immobilier et pétrolier, ne peut cacher l'intention nihiliste profonde des monothéismes: Saint Paul citant Isaïe xxix, 14: « Je détruirai l'habilité des habiles, et l'intelligence des intelligents, je l'anéantirai» (Corinthiens, 1, 19).

Les attaques récentes à la liberté d'expression, au théâtre à Québec ou à l'UQAM en sont les relents. Que de gens incultes haïssent et jalousent ceux qui pensent. La liberté, si emblématique en Occident, a du plomb dans l'aile parce que certains n'aiment pas la liberté. Ils s'y sentent mal à l'aise, sans repères ou jaloux profonds. Ils sont en quête de démagogues pense-bête, prompts à brimer la liberté des autres. Ils ne supportent pas qu'on pointe leur asservissement volontaire, en fait, leur médiocrité. Pourtant, disait déjà Platon, «une vie à laquelle l'examen fait défaut ne mérite pas qu'on la vive».

Si les trois monothéismes ont sévi 4000 ans, et sévissent encore, nos maux procèdent encore largement de leur permanence. Cette influence délétère est en infinies gradations, instillée partout, du crucifix de l'Assemblée nationale au refus politique d'une laïcité impeccable. Surtout, en contraintes cachées ou publiques, et en élans stoppés par la crainte, la gêne et le manque de confiance en l'homme.

Célébrons la beauté de la vie, la jouissance du printemps, les amours multiformes, la contemplation et l'étude des splendeurs de la nature et des grandeurs de l'univers. À la place de la mastication des vieux textes sacrés, de cette propagande la plus infantile, de cette lucidité endormie, offices assommants, rituels funèbres, corps dissimulés, mystique délirante, abyssale niaiserie, affirment la modernité.

Bloquons l'influence néfaste des trois monothéismes (judaïsme, christianisme, islam) qui dérivent du premier monothéisme de l'histoire. Ils sont les avatars-plagieurs du pharaon totalitaire Akhenaton (-1355 à -1337). Enseignons à notre jeunesse que l'Histoire occidentale fut asservie par la secte chrétienne vers 330. Nous avons lutté 1500 ans contre cette «grande Noirceur» pour nous en libérer. Bien incomplètement, sans laïcité, à cause de ces dévots d'un Dieu malade.

Remplaçons Pâques la triste par la Fête du Printemps joyeux. Saison qui donne la vie. Saison généreuse qui réchauffe les cœurs, les chevelures et les épaules.

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