LES BLOGUES
14/04/2017 09:00 EDT | Actualisé 14/04/2017 09:00 EDT

À la fin, ma mort-résurrection

En cette Semaine sainte, à la lumière de la mort et de la résurrection du Christ, je vous partage un poème sur ma Pâques, passage de la mort à la vie. Il constitue la dernière partie du recueil Un souffle de fin silence. Il faut une certaine folie ou inconscience pour évoquer ainsi sa mort et ses funérailles. Ma foi au Grand Vivant m'en donne l'audace.

2017-04-09-1491748272-7615869-MortNuages.jpg

À la fin

Et je prierai l'amour de toi, chaîne de feu,

De me bien attacher au bord de ton calvaire

Et de garder toujours mon regard sur ta face

Pendant que reluira par-dessus ta douleur

Ta résurrection et le jour éternel.

(Saint-Denys Garneau, Et je prierai ta grâce)

Un jour

la mort m'enlacera

dans son linceul

Je serai assis sous l'arbre

tranquille

à côté de mon ombre

à regarder le ciel

ou alité dans la chambre

espérant une présence

le visage tourné vers le jardin

croix de réconfort à la main

Je ne la défierai pas

lui tournerai le dos

tendrai les bras au Vivant

et mon âme me quittera

pour fleurir

dans l'éternel aujourd'hui

*****

Je me prépare à sa venue

la chanson lente du générique

avec la force vitale

du désir d'aimer

Elle pourra s'étendre

près de moi

me tenir la main

pour la dernière agonie

me libérer de la souffrance

une fraction de seconde

par l'ultime baiser

qui me fera tomber en Dieu

l'extase définitive

Je ne la crains pas

elle tient ma maison en ordre

pétrie d'argile et d'eucharistie

J'assiste à son action en moi

travail de sarclage

grain de blé

jeté en terre

fruit en abondance

*****

Tout es prêt

sans regret

pardon donné

et reçu

Au point d'arrivée

un comité d'accueil

communion des saints

l'assurance de ma foi

obscurément

J'ignore l'heure

mais je ne serai pas seul

pour cet aller simple

ma sœur la mort

créera du neuf

sur le chemin du retour

sans billet

au matin du huitième jour

*****

Un nom de braise m'accompagne

au plus bas du passage

il est ma carte de visite

le sésame caché

sous ma signature

le trait d'union

sur ma pierre tombale

le trésor de Marie

pour mieux lui appartenir

le baiser sur mon front

pour l'enciellement

*****

Je veux danser à mon trépas

sur une hymne de La Tour du Pin

franchir la barrière

en courant vers l'autre rive

confiant et joyeux

attraper la main trouée

l'étreindre à perdre pied

À ce point de séparation

des jointures et des moelles

où tout m'échappera

je m'en irai en disant

adieu la terre

vallée de larmes et de rires

je vous laisse tout

ce qui a formé

rides et cheveux blancs

Vous me fermerez les yeux

pour que les vôtres s'ouvrent

sur ma naissance

mon baptême

*****

À Dieu

je retourne

chez moi

avec cette part secrète

qu'il renouvelle

dans sa miséricorde infinie

transformant le tombeau

en berceau

Je ne pars pas

j'arrive au Royaume

je ne disparais pas

j'apparais autrement

je n'expire pas

j'aspire la pure lumière

je ne perds pas le souffle

je le retrouve dans l'Esprit

je ne suis pas éteint

je m'ensoleille au feu du Ressuscité

J'entre dans la vie

un chapelet de grains noirs

entre les doigts

*****

Autour de mon cercueil

ouvert comme un évangéliaire

je vois femme et descendance

confidents de toutes les saisons

et à proximité

une bibliothèque garnie

de mes livres

enfants de papier et de beauté

Que mon dernier repos

soit une œuvre d'art reliée

*****

Qu'il y ait de la poésie

à mes funérailles

qu'elle respire dans les prières

rites et symboles revivifiés

témoignages silencieux

chants émerveillés

l'amen final

À la margelle de l'église

que le puits de l'aspersion

rafraîchisse l'assemblée

à l'ombre du cierge pascal

que les grains d'encens

crépitent sur le charbon brûlant

des cœurs greffés

au grand corps

*****

Je suis l'enfant

rendu à maturité

habillé de lumière

qui s'amuse au cimetière

mime le sommeil

s'évapore en louange

dans la béatitude suprême

J'éprouve la folle espérance

de vous aider sur la terre

avec ma petite Thérèse

et sa pluie de roses

*****

Au dernier adieu

versant de l'enfouissement

où tout commence

l'enterrement debout

en état de résurrection

pieds nus et mains vides

l'une ouverte sur le cœur

les jambes légèrement écartées

pour m'envoler agile au paradis

avec mon ange rieur

qui me devance

Je traverserai le pont

au-dessus du tourbillon

vers ces grands espaces

que mon coeur a tant rêvés

je participerai au chant du monde

en disant simplement

comme dans un miroir

après tant de saisons

me voici

Abba

*****

Ô mort

où est ta victoire

tu n'as pas le dernier mot

depuis que le Premier-né

t'a plongé dans son sang

t'a délivré du trou noir

qui te retenait captive

Entends-tu l'alléluia

résonner dans les rues

de la Jérusalem nouvelle

l'étonnante annonce du peuple

Christ a vaincu la mort

il a ouvert les portes du banquet

des noces éternelles

Ce billet est d'abord paru sur le blogue de Jacques Gauthier

Extrait d'Un souffle de fin silence, Noroît, 2017, p. 69-77.

Pour aller plus loin: Récit d'un passage; L'ensoleillé; La vie inexprimable.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photoLes billets de blogue les plus lus sur le HuffPost Voyez les images

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter