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25/01/2016 10:58 EST | Actualisé 25/01/2017 05:12 EST

Si j'étais Jane Philpott

Si j'étais Jane Philpott, nouvelle ministre fédérale de la Santé, je porterais une attention particulière au Québec.

Si j'étais Jane Philpott, je serais la nouvelle ministre fédérale de la Santé, mais je n'oublierais jamais mes racines de médecin de famille dans le comté de Markham-Stouffville, ni mon vécu de santé communautaire dans les villages et auprès des personnes atteintes du VIH-sida en Afrique.

Si j'étais Jane Philpott, je saurais que la connaissance est un élément clé dans toute action que l'on veut mener, et que le rétablissement par mon gouvernement du questionnaire long de Statistique Canada est une excellente nouvelle. Parce qu'il est un instrument essentiel de connaissance des conditions de vie des citoyennes et des citoyens, permettant de prendre en compte les effets sociosanitaires des politiques et de mieux agir sur les déterminants de la santé que sont les conditions de vie. C'est un outil de santé publique nécessaire si l'on veut travailler à la prévention, et c'est une orientation que je voudrais privilégier dans le futur.

Si j'étais Jane Philpott, je m'empresserais de mettre sur pied dans les prochaines semaines une large campagne publique de promotion des grands principes de la loi canadienne de la santé, à savoir la gestion publique, l'universalité, la transférabilité, l'intégralité et l'accessibilité, de même que l'interdiction de surfacturation et d'imposition de frais modérateurs. Je ferais cette campagne pour ensuite m'assurer de l'application de la loi et de son respect par tous les gouvernements provinciaux.

En ce sens, je porterais une attention particulière au Québec. Je contacterais le ministre Barrette pour lui expliquer clairement que sa tentative de rendre légaux les frais accessoires ne sera pas tolérée par mon gouvernement, et je prendrais tous les moyens pour l'en empêcher. Je lui ferais part de mes inquiétudes quant au fait que les services sociaux publics ont été les grands perdants des réformes de la dernière décennie et qu'il ne peut les laisser de plus en plus dépendants de la charité.

Je l'aviserais que je vais dorénavant surveiller étroitement le développement au Québec des cliniques privées et même des services privés d'urgence, qui accroissent les inégalités et créent deux catégories de citoyens: ceux qui ont les moyens d'avoir des droits, et ceux qui ne les ont pas ! Et que je légifèrerai au besoin pour en limiter le développement et la portée. Je lui rappellerais que la loi canadienne de la santé et l'assurance-maladie doivent demeurer des remparts signifiant qu'ici, au Canada, la santé est un droit, pas une occasion d'affaires !

Si j'étais Jane Philpott, je m'assurerais que les provinces aient les moyens d'appliquer et de respecter la loi canadienne de la santé. Pour cela, j'agirais à deux niveaux :

• je réviserais l'entente fédérale-provinciale pour le financement de la santé, et j'augmenterais adéquatement les transferts aux provinces en tenant compte des particularités et besoins de chacune ; et

• je ferais adopter une politique du médicament et mettrais en place une assurance médicaments entièrement publique, et non à l'image du régime hybride en vigueur au Québec ; de cette façon, je favoriserais l'accès aux médicaments à un meilleur coût pour la population, j'assainirais les finances publiques fédérales et provinciales en contrôlant les coûts des médicaments, et je soutiendrais économiquement les entreprises en diminuant leurs coûts d'assurance collective.

Si j'étais Jane Philpott, je m'assurerais aussi que le Partenariat transpacifique (PTP), ainsi que les accords de libre-échange actuels et futurs respectent notre souveraineté quant à nos décisions en santé, afin que ces décisions qui sont les nôtres le demeurent !

Enfin, si j'étais Jane Philpott, je garderais toujours en tête ce que disait Rudolf Virchow : que «la politique n'est rien de plus que la médecine pratiquée en grand»1.

Et je ferais tout en mon pouvoir pour que jamais mon gouvernement ne fasse de politique comme les deux docteurs et les trois banquiers qui sont en train de rendre malade la majorité de la population du Québec...


1Merci à Ryan Meili d'En Amont pour cette citation.

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