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15/02/2016 10:51 EST | Actualisé 15/02/2017 05:12 EST

Donne-lui une banque

De voir apparaître le plan caché permet enfin de comprendre que ce gouvernement-là ne fait pas n'importe quoi, il sait très bien où il s'en va!

- Tiens, v'là le grand voyageur!

La phrase fit réagir la bande.

- Le commis voyageur?...

- L'autobus Voyageur?...

- Non, non, la sonde spatiale!...

Tout cela rendait bien l'atmosphère du petit bar où on m'avait donné rendez-vous pour fêter l'anniversaire d'un ami de longue date, et militant de plus longue encore.

- Pis, c'était comment, le Saguenay-Lac-Saint-Jean? demanda-t-il.

- Pis la Haute-Mauricie, ai-je ajouté. Je passais aussi par LaTuque.

Mon ami expliqua que j'étais allé faire des présentations publiques sur le plan du gouvernement pour marchandiser et privatiser de notre système public de santé et de services sociaux.

Dans le groupe, nous n'étions que deux militants. Tout le monde n'avait pas la même compréhension des enjeux politiques. Je me mis tout de même à raconter pour le groupe.

- D'abord, la grande découverte, pour la majorité, c'est de voir les lois et actions du gouvernement dans un portrait d'ensemble. Ils ont plutôt l'habitude d'analyser séparément chaque intervention. De voir apparaître le plan caché, ça leur permet enfin de comprendre que ce gouvernement-là ne fait pas n'importe quoi, il sait très bien où il s'en va! Ils comprennent les liens qui unissent les lois comme les morceaux d'un même puzzle dont l'objectif est d'ouvrir au marché nos services publics de santé avec la sous-traitance et la privatisation. Sa stratégie politique, que le premier ministre Couillard avait comparée à la pêche au saumon, en a choqué plus d'un. Il y a même une dame qui a dit que ça venait de changer totalement sa façon de voir le gouvernement: elle avait toujours cru qu'il travaillait au bien public.

- Oui, mais ce n'est quand même pas tous des pourris au gouvernement, s'exclama tout à coup un du groupe.

- Non, non, pas tous, reprit mon ami. Mais ceux qui mènent, ceux qui contrôlent le pouvoir, eux, ils savent très bien ce qu'ils font. Les autres suivent et répètent ce qu'on leur a dit. Ceux qui savent ne parlent pas et ceux qui parlent ne savent pas. C'est comme des loups déguisés en moutons qui sont entrés dans la bergerie. Ils organisent la place pour faire disparaître les brebis les unes après les autres. Quand le troupeau va s'en apercevoir, il va être trop tard!

J'ai toujours aimé comment mon ami explique les choses : ses images font sens pour tout le monde. Je poursuivis.

- Assez rapidement, les discussions ont porté sur ce qu'on peut faire, sur ce qu'on devrait faire pour arrêter le gouvernement. Encore là, à part les manifestations et protestations habituelles, les gens se sentaient limités parce que, ultimement, ça prendrait une alternative politique. Or, ils savent bien que le déficit zéro, ça vient du PQ. Et il fallait voir les airs de dépit quand quelqu'un faisait référence à PKP pour comprendre la désillusion grandissante. La CAQ, qui trouve toujours que le gouvernement actuel ne va pas assez loin, ne séduit personne. Quant à QS, je ne sais pas comment décrire ce que j'ai ressenti dans les discussions... Disons, comme un inconfort...

- De toute façon, les partis politiques sont tous pareils, laissa échapper l'un du groupe.

- La politique et le pouvoir, ça corrompt, c'est bien connu, lança un autre.

- Un parti politique, c'est un moyen, un outil, répliqua mon ami. C'est comme des souliers: quand ils sont neufs, tu les portes, ils se forment à tes pieds, ils deviennent plus confortables, mais en même temps, ils s'usent. Des fois, faut que tu les fasses réparer. Tu vas chez le cordonnier, mais à un moment donné, ils sont trop usés, il faut que tu en achètes une nouvelle paire. Tu dis pas: ah, les souliers sont tous pareils, ça ne sert à rien, ça s'use, ça se brise, je n'en achète plus!... Ben non, tu en achètes une nouvelle paire. Ben un parti politique, c'est pareil. Quand il est trop usé, tu ne le répares plus, tu en fais un autre pour tes besoins!

La paire de souliers fit son effet autour de la table! Définitivement, les images de mon ami atteignaient leurs cibles. Je continuai.

- Évidemment, j'ai senti que les gens auraient voulu que je leur propose une solution magique qui allait tout régler. Mais la seule solution, c'est toujours de bâtir notre rapport de force avec le gouvernement. Pour ça, il faut déconstruire son discours sur les finances publiques que les médias reprennent tous en chœur. Pis un bon moyen pour ça, c'est la campagne qu'on mène «LE REMÈDE AUX COUPURES, ÇA EXISTE!». Avec une assurance médicaments entièrement publique, le gouvernement pourrait économiser d'UN à TROIS milliards de dollars par année, au lieu de couper dans nos services publics et nos programmes sociaux!

- Trois milliards par année, s'écria l'un. Où c'est qui va, cet argent-là?

- Dans les poches des pharmaceutiques, des assureurs privés pis des pharmaciens, répondis-je. Cette campagne-là, c'est vraiment un bon moyen pour déconstruire le discours sur les finances publiques. Pis en plus, les gens peuvent écrire à leur député. Ça, c'est direct, comme action! C'est concret.

- Ton histoire de pêche au saumon, c'est quoi? demandèrent-ils.

Après mon explication, quelqu'un ajouta:

- J'pensais que c'était une variante du dicton «donne un poisson à un homme, il mangera une journée, mais donne-lui une canne à pêche et il mangera toute sa vie»... Parce que j'en ai entendu une bonne cette semaine! Ça disait: «Donne un revolver à un homme et il volera une banque, mais donne-lui une banque et il volera le monde!»

La bande éclata de rire et se mit à déconner. Et on enchaîna les toasts et les tournées à la santé de notre «fêté»: après tout, on était là pour ça.

Mais jusqu'à la fin de la soirée, une question m'a trotté dans la tête: que serait-il arrivé si on avait donné un revolver à Carlos Leitão?...

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